Interview

Summer of Photography: Vincen Beeckman feat. The Gang

Sophie Soukias
© BRUZZ
05/07/2016

Exposer des photographes amateurs à côté des grands noms de la photographie contemporaine à Bozar dans le cadre du prestigieux Summer of Photography, l’idée ne pouvait venir que de Vincen Beeckman. Cette année, le photographe récidive avec un projet 100 % bruxellois : The Gang.

« Au début, j’ai cru que c’était un spam », confie Pierre Gouzou, fonctionnaire et passionné de photographie. En janvier 2016, un message mystérieux circulait parmi les abonnés de la newsletter de Bozar, sur Facebook et par voie d’affiches, invitant à rejoindre « The Gang ». La seule condition était d’aimer la photographie. La mission : « photographier Bruxelles et tous ses recoins ». Autre détail, et non des moindres : les images seraient exposées à Bozar dans le cadre du Summer of Photography, l’incontournable rendez-vous international de la photographie contemporaine. « Inscrivez-vous ! », disait le message. Mais aucune adresse email ni lien vers un formulaire d’inscription n’était indiqué. Seul un numéro de téléphone. Celui d’un certain Vincen Beeckman. « On ne savait pas du tout qui c’était », explique Daniel Soil, ancien délégué Wallonie-Bruxelles à la retraite et photographe amateur. « J’ai appelé trois fois et ça ne répondait pas. Mais j’ai insisté, je voulais aller au bout de cette affaire. J’ai fini par l’avoir ». À l’autre bout du fil, la voix indiquait le lieu du premier rendez-vous : chez lui, dans son appartement, dans le bas de la ville. La sonnette ne fonctionnant pas, il fallait donner un petit coup de téléphone en arrivant.

« On a fait en sorte d’entretenir le mystère jusqu’au bout. Il fallait des gens qui osent, qui n’aient pas peur de se frotter à l’étrange ou à l’inconnu », explique le photographe bruxellois Vincen Beeckman. Pendant six mois, les membres du Gang ont sillonné Bruxelles : de la place du Jeu de Balle, à la Cité Modèle, en passant par les abattoirs d’Anderlecht, le piétonnier ou encore la zone périphérique de Strombeek-Bever. « L’idée était d’arriver en bande sur un territoire, de faire des photos et puis de s’échapper », raconte l’instigateur du projet. Ce faisant, les membres du Gang étaient invités à questionner leur pratique photographique et à ancrer leur travail dans une démarche personnelle. « Vincen nous disait : ‘voici les consignes que je m’impose à moi-même, à toi de voir quelles sont tes consignes, quelle est ta spécificité à toi’», explique Geneviève Thulliez, membre du Gang.

Cela fait bientôt dix ans que Vincen Beeckman travaille avec des photographes amateurs dans le cadre de la biennale du Summer of Photography. Une démarche qui n’a rien d’étonnant venant de la part d’un artiste qui n’a jamais eu peur de transgresser le cadre hiérarchique et institutionnel imposé par la photographie contemporaine. De nos jours, la crise que traverse le photoreportage, la démocratisation et la numérisation du matériel photographique - qui impliquent que tout le monde peut faire une « bonne photo » - poussent les photographes à vouloir se démarquer à tout prix des amateurs. La maîtrise technique est reléguée au second plan au profit d’un regard d’auteur.

Mais pour Vincen Beeckman, qui collectionne depuis longtemps les photos de famille d’amateurs sur les marchés aux puces, un regard ne vaut pas mieux qu’un autre. Toute personne tenant un appareil photo dans ses mains est susceptible de dire quelque chose sur le monde et de transmettre une émotion. « Les amateurs ont un regard extrêmement pur parce qu’il n’est pas formaté », nous dit le photographe. Que ce soit des jeunes du quartier, des sans-abri (voir expo Cracks à Art et Marges > 18/9) à qui il distribue des appareils photo jetables, ou des photographes amateurs/semi-professionnels disposant de leur propre matériel, « chacun fait partie d’un univers que le professionnel peut tenter d’approcher sans jamais complètement atteindre ».

Le travail photographique de Vincen Beeckman flirte d’ailleurs avec le langage de la photographie amateur, celui de la photo « souvenir » - sans prétention esthétisante (avant l’arrivée des iPhones et d’instagram, donc). Une démarche qui se traduit par l’utilisation de la couleur et par un certain type de cadrage, mais aussi par des photos qui parlent de gens ordinaires qu’il côtoie au quotidien (la famille, le quartier, la rue, …) et dont l’histoire, qui pourrait être considérée comme banale à première vue, n’en est pas moins belle. Une philosophie que le photographe a su, sans nul doute, transmettre aux membres du Gang. Comme souvent chez Vincen Beeckman, la rencontre et l’échange sont aussi importants que les images qui en naîtront.

THE GANG
> 4/9, Bozar, www.bozar.be, entrée gratuite

Summer of Photography

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