interview

Zed Yun Pavarotti: l’avenir du hip-hop français

© Fred de Pontcharra

Tatoué sur le visage comme Post Malone ou XXXTentacion, cet ancien guitariste de metal a trouvé le salut à travers des mélodies gonflées à l’Auto-Tune. Toujours sur le fil, Zed Yun Pavarotti se cramponne au rap pour évoquer la réalité d’une jeunesse paumée dans des villes désœuvrées. Sale et romantique, belle à pleurer, sa musique doit autant à la chanson française qu’aux bad trips dans les clubs de striptease d’Atlanta. À 22 ans, Zed Yun Pavarotti écrit l’avenir du hip-hop made in France. Le tout avec une seule main. Grosse performance.

Visage fermé sous une mèche rebelle, gueule tatouée, une main posée sur la table, l’autre remplacée par une prothèse bionique, Zed Yun Pavarotti a tout pour attirer l’attention sur lui. Pourtant, le Français est un adepte de la discrétion. Avare en révélations personnelles, le garçon préserve d’ailleurs sa véritable identité à l’heure de l’interview. Bien après notre rencontre – durant l’été –, nous apprendrons qu’il s’appelle en réalité Charlan Zouaoui-Peyrot. Pour retracer l’itinéraire de celui que l’on surnomme Le Yun, Zed et même, parfois, Le Grand Vautour, il convient de pister l’animal depuis son point de départ.

« J’ai grandi à Saint-Etienne », révèle-t-il. C’est là, en 2014, qu’il enregistre ses premiers morceaux, en accordant sa voix aux tonalités métalliques du logiciel Auto-Tune. A priori, l’usage de cet outil informatique suppose une attraction magnétique pour un chef-d’œuvre vocodé de la trempe du 808s & Heartbreak. Pourtant, son intérêt pour l’invention d’Andy Hildebrand ne doit rien à Kanye West. « À la base, je ne suis même pas un amateur de hip-hop », révèle Zed Yun Pavarotti. « J’ai découvert le rap via le metal. Au début, j’écoutais les albums de Machine Head ou Slipknot, puis ceux de Limp Bizkit, Korn ou Linkin Park : des groupes qui mélangeaient des influences venues du hip-hop et du metal. C’est comme ça que le rap est arrivé dans ma vie. La révélation ? C’est Booba. Pour moi, c’est le premier référent, le seul Français capable d’amener l’Auto-Tune ailleurs que les Américains. »

Zed Yun Pavarotti
© Fred de Pontcharra

Aux commandes de French Cash, sa première mixtape, Zed Yun Pavarotti roule pourtant sur les autoroutes auto-tunées de T-Pain, Future, Young Thug et autres Travis Scott. « Moi, dans la musique, j’aime la mélodie. C’est ce qui me pousse vers l’Auto-Tune : une technologie qui ne peut fonctionner sans apport mélodique. À mon sens, ce n’est pas un instrument, mais un truc de sportif. Car pour l’apprivoiser, il faut énormément s’entraîner. Cet outil se situe à la croisée de l’humain et du numérique. » Sous les couleurs chatoyantes et la richesse des textures sonores, les paroles de Zed Yun Pavarotti vibrent de noirceur.

Ainsi, dans French Cash, la pose n’est qu’un trompe-l’œil. Ici, la désolation croupit au cœur des chansons et la flemme menace de tout faire péter. « Ce n’est pas de la mélancolie », assure le cerveau des opérations. « C’est une simple observation de la société à un moment donné. Je décris une réalité sans porter de jugement. J’ai grandi dans cet environnement. Saint-Etienne a connu le déclin industriel. Depuis, la ville ne s’est jamais relevée. Pourtant, une partie conséquente de la population rêve encore d’un redressement économique. L’espoir d’un avenir meilleur est là. Malheureusement, c’est un mirage, une pure fiction. Complétement aveuglés par leurs convictions, les gens agissent de façon irrationnelle et euphorique. Ils se comportent comme des riches alors qu’ils sont pauvres. Aujourd’hui, dans les métropoles de province, la misère s’est normalisée. Le tragique de cette situation m’inspire. Mais je ne suis absolument pas pessimiste... »

Tourné vers l’avenir, Zed Yun Pavarotti a quitté Saint-Etienne pour s’installer dans la capitale. « Pendant des années, j’ai traîné dans ma chambre sans aucune perspective d’avenir. Si je voulais m’en sortir et accéder à la profession, je me devais de monter à Paris. À partir du moment où la musique devient un métier, cela implique une rigueur dans le travail. » Pour ça, Zed Yun garde toujours un œil sur sa mascotte, son totem et modèle de prédilection : Luciano Pavarotti. « À mes yeux, ce personnage représente un absolu, une marque de sérénité. Dans son domaine, c’était une sommité, un maître respecté de tous. C’est quelqu’un qui est arrivé au bout de son art. De ses débuts prolétaires à son ascension dans les hautes sphères de la musique classique, c’est un sans-faute. Il est parti de rien pour arriver tout en haut. »

Première production de Zed Yun Pavarotti, French Cash se présente sous la forme d’une mixtape. Soit une compilation de sons et de singles emboîtés les uns aux autres sans véritable logique. « Je me laisse le temps d’enregistrer un album. C’est un format qui compte beaucoup pour moi. French Cash est un panel de mes capacités : les morceaux sont comme des couleurs jetées sur une palette. C’est à partir de cette matière que je dois produire le grand tableau : mon premier album. À ce jour, j’ai trois nouveaux titres complètement finalisés. Ce sont des compos pour lesquels je ressens réellement une affection. Si un morceau ne suscite pas quelque chose de fort en moi, je l’abandonne immédiatement, même s’il s’agit d’un tube potentiel… »

Désormais signé sur un label et attendu au tournant, Zed Yun Pavarotti a les moyens de creuser son trou, quelque part, entre Hamza et PNL. « J’ai la pression », confie-t-il. « Parce que je ne suis plus seul dans le bateau. D’autres gens sont là et, en plus, ils me font confiance. Partant de là, je me dois d’assurer. Au-delà des impératifs économiques, j’entends les satisfaire sur le plan artistique. » Intègre dans son rapport à la création, Zed Yun Pavarotti cherche encore sa vérité dans l’industrie musicale. « Tout est une question de finalité », dit-il. « Moi, je n’ai aucun problème avec celles et ceux qui signent des tubes planétaires pour autant que l’authenticité soit à l’origine du succès. Quand un artiste cherche à faire un tube et que cela se ressent dans la musique, là, ça me dérange. »

« Dans la vie, je recherche le doute, l’inconnu. J’aime la sensation que cela procure. Quand j’ai demandé au tatoueur de dessiner sur mon visage, je n’ai pas eu peur. En revanche, je n’étais pas sûr de moi. La certitude n’est pas un de mes attributs. Je ne me rends pas toujours compte de ce que je fais. Souvent, je me contente de répondre à des pulsions. » Personnage désinvolte – qui a l’air de tout, sauf de rien –, Zed Yun Pavarotti chante les mains derrière le dos. Une posture qui n’est pas sans rappeler l’attitude d’un certain Liam Gallagher... « Il s’agit d’un clin d’œil assumé », explique-t-il. « Un de mes meilleurs amis est ultra fan d’Oasis. Un jour, il est venu me voir en concert et, pour la blague, j’ai adopté cette position. Comme je me sentais à l’aise, j’ai continué à chanter de cette façon sur scène. Cela étant, je n’ai pas l’impression d’être dans l’imitation. Ce n’est pas du cinéma. Inutile de compter sur moi pour faire le spectacle. Ce n’est pas mon truc. En revanche, incarner ma musique, ça, je sais faire. »

FiftyFifty Session curated by Oxmo Puccino: Zed Yun Pavarotti, 31/10, 19.00, C12, Facebook: Fifty Fifty Session
Cliquez ici pour gagner des tickets

Fijn dat je wil reageren. Wie reageert, gaat akkoord met onze huisregels. Hoe reageren via Disqus? Een woordje uitleg.
Lees meer over
Lees ook

Nieuws en cultuur uit Brussel in je mailbox?