Barouf punk au centre commercial

La poésie de l’anarchie, des blagues qui ne sont pas drôles, des grossièretés vraiment grossières et quelques images qui vous hantent bien plus longtemps que l’intrigue : on pénètre à ses risques et périls dans l’univers de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Le Grand Soir, le duo d’Aaltra et de Mammuth a remporté le prix du jury de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Pour eux, Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel ont dû se transformer en vieux punks. Curieux de savoir si ça leur a plu ?

Le Grand Soir démontre avec verve que Delépine et Kervern peuvent faire plus de ravages dans un centre commercial qu’un troupeau d’éléphants ivres dans un magasin de porcelaine. La famille Bonzini tient le restaurant La Pataterie. Le fils aîné, Not, est le plus vieux « punk à chien » d’Europe. On reconnaît un Benoît Poelvoorde mordant. Son frère Jean-Pierre, incarné par l’acteur et réalisateur Albert Dupontel, est vendeur dans un magasin de lits. Les deux frères se retrouvent après le licenciement de Jean-Pierre. La famille se révolte de la seule manière qu’elle connaît. «Écoutez, les gars, j’ai une idée. Nous allons faire la guerre. Ce ne sera bien sûr pas fastoche fastoche. Bien sûr, il y en aura qui se fâcheront. Et nous restons des traîtres ». Car comme Albert le dit si bien dans le film lorsqu’il est à terre : « On ne frappe pas un traître ! », déclame Poelvoorde avec une voix enrouée qui trahit la manière dont il survit au cirque cannois : en s’y jetant à corps perdu. « Dis, tu serais pas flamand, toi, d’ailleurs ? Le plus grand acteur du moment est un Flamand. Matthias (Schoenaerts) est beau, talentueux et il sait parler anglais. Je lui passe le flambeau. Je vais lui expliquer comment ça marche ». Et comment ça marche ? « À l’époque, j’ai dû choisir : apprendre l’anglais ou opter pour le cinéma populaire. J’ai choisi la deuxième option, imbécile que je suis. Et aujourd’hui, je suis toujours dedans ».

Nul mais rigolo

Mais que pense le célèbre Belge du Grand Soir. « Le film est génial. Mais je ne fais pas d’effort pour la promo. Tu as entendu ce que Gustave Kervern a fait ? Tu n’as pas encore vu les photos ? Il s’est pointé tout seul à la séance photo de Killing Them Softly et lorsque Brad Pitt a refusé sa main, il lui a fait un doigt d’honneur (il éclate de rire). C’est nul mais c’est rigolo. Cannes, c’est la fête de la grande classe française et voilà ce que fait ce porc. C’est vulgaire, mais ça m’a fait rire. Delépine et Kervern sont sur la même longueur d’onde que moi. Seulement, eux, ils osent ce que moi je n’ose pas. Aujourd’hui, Kervern s’est promené avec un seau sur la tête. Et le plus beau : il ne le fait pas pour les caméras. Gus (Kervern) est le plus grand punk. Je pense que Kervern est le Che Guevara breton ».
D’après Poelvoorde, il ne faut pas trop s’attarder sur le fait que son personnage est un punk. « Le punk, c’est une mode, rien de plus. Ce qui compte, c’est qu’il est complètement détaché. C’est très belge. Pourquoi penses-tu qu’ils sont venus me chercher ? » En 1992, Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde ont mis Cannes sens-dessus-dessous avec un faux documentaire sur une équipe de tournage qui suivait un tueur en série. La violence, la satire et l’humour acerbe ont fait de C’est arrivé près de chez vous un vrai film culte. Ce vingtième anniversaire fait-il quelque chose à Poelvoorde ? « Ce que ces vingt années ont été longues. Terriblement longues. Et au final, où est-ce qu’on se retrouve ? Ici, à Cannes. Rien n’a changé. C’est arrivé près de chez vous a fait plus d’un million d’entrées. Ce n’est pas comparable avec le nombre atteint par les autres films que j’ai faits par la suite. Qu’est-ce que je peux dire ? C’est mon boulot, je fais rire les gens. Ou pas ».

Crêtes

On ne tirera guère plus de Poelvoorde. Nous tentons donc notre chance avec son comparse Albert Dupontel, jamais avare d’opinions tranchées. « Il n’y a pas pire endroit que Cannes pour discuter du film, mais j’obéis au dieu Publicité ». Pour briser la glace, je dis en plaisantant que je suis jaloux de son look punk. « Rien ne te retient. Deux bons coups de tondeuse, on laisse pousser les cheveux restants pendant deux mois et on a une crête. Quand je vois nos têtes, je comprends pourquoi cette transformation était indispensable. Au début, mon personnage porte une cravate et il finit avec une crête : ça montre à quel point il a changé. Il dit à sa femme qu’il est devenu plus mature et plus responsable et qu’il a maintenant plus de tolérance. Alors qu’il a « dead » écrit sur le front et qu’il a la tête d’un punk ! »
Dupontel ne supporte ni les soirées déguisées ni les modes. « Moins on me reconnaît, mieux je me porte. Quand j’étais jeune, je me foutais déjà de la mode du moment. Qu’on me laisse dans mon coin. J’aime la discrétion. L’autre est une menace pour moi. Moins il y a d’autres personnes plus j’ai de liberté. Même si on est alors parfois un peu seul ». Il ne raffole pas non plus des punks. « Le mouvement n’a même pas duré dix ans. De 1977 à 1985. Le punk est une musique de protestation impuissante qui s’est opposée à l’excellence que le rock-and-roll avait atteinte. Ils connaissaient seulement trois accords et il n’y avait que quatre groupes. C’était de la provocation : la reine et son « régime fasciste ». Thatcher a fait des ravages. Une société qui souffre s’exprime. Richard Branson a fait fortune avec ça. Le mouvement était voué à être éphémère ».

Temples de la société de consommation

Mais Le Grand Soir traite-il du punk ? « En fait, non. Le Grand Soir n’est pas un film sur un punk. Le punk n’est qu’un prétexte. C’est un Charlot d’aujourd’hui : un petit vagabond qui se traîne en rue avec son clébard. La crête et le chien sont une manière de dire aux autres qu’il se fout de leur regard, qu’il est libre. Mais si tout le monde se balade avec une tête pareille, on n’est plus libre ». Le film se déroule dans un centre commercial. Dupontel appelle de tels endroits « les temples de la société de consommation ». « On nous apprend à consommer dès l’âge de 2 ans. Consommer est devenu une raison de vivre. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il faut en avoir pour le comprendre. La plupart des gens n’en ont pas et courent toute leur vie derrière des illusions. Mais ce qui me rend vraiment malade, c’est que l’on consacre des centaines de milliards à la crise de l’euro alors qu’avec moins de cent milliards on pourrait supprimer la faim dans le monde. Et il n’y a pas un dirigeant qui trouve ça aberrant. Désolé d’enfoncer des portes ouvertes, mais le monde est en train de sombrer. Le navire plonge et les gens aux commandes sont assez fous pour rester au casino ».
Dans le film, les frères Bonzini ne supportent plus cette situation et lancent une révolution. À leur manière, il est vrai. « Les Bonzini sont écrasés par le système que je viens de décrire. Ils s’en rendent compte et ils réagissent. Mais leur révolte n’est guère plus qu’une tentative pathétique. Bien sûr, le film est triste. C’était obligé. S’ils s’étaient vraiment révoltés, le film n’aurait plus été crédible. Même la révolution est impossible. Les jeunes commencent effectivement à bouger parce qu’ils se rendent compte qu’il n’y a pas d’avenir pour eux. Les indignés, les pirates, Wikileaks : il y a une protestation mais a) ça vient trop tard, b) on proteste pour se frayer une place dans la société et pas pour la changer. Je trouve ça bizarre que des ados de 15 ans battent le pavé pour leur pension. Mais bon, en 68, on avait aussi de grands discours et aujourd’hui, ces gens sont devenus capitaines d’industrie, politiciens ou grands patrons des médias. Ils ont trahi leurs idéaux ».

Le Grand Soir ●●●
FR, 2012, dir.: Gustave Kervern, Benoît Delépine, act.: Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, 92 min.

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