Michel Piccoli : itinéraire d’un monstre sacré

(Les choses de la vie)

Michel Piccoli - 89 ans en septembre - a joué dans plus de 200 films. S’il s’est montré discret dans la vie, il pouvait être très provocant sur le grand écran. La Cinematek rend hommage à ce géant obstiné du cinéma français.


MERCI GODARD
Bien que le jeune Piccoli n’ait jamais eu à mendier pour un rôle dans un film, il a été difficile pour lui de percer. Son premier amour, c’était le théâtre. Au cinéma, il a enchaîné les personnages secondaires, comme dans French Cancan de Renoir.
(Le mépris)

C’est seulement après Le Doulos en 1962 que les choses changent. Il avait une seule scène dans ce film de Melville mais pour la première fois, les critiques citent son nom. Godard l’avait déjà repéré dans un polar de Pierre Chenal et c’est Godard qui va véritablement lancer la carrière de Piccoli, jusque là négligé par la Nouvelle Vague, en le choisissant avec Brigitte Bardot et Fritz Lang pour son film Le Mépris (1963). Même Lang était impressionné : « Godard a certainement eu un des ses plus beaux jours quand il a choisi Piccoli pour ce rôle ».


LADY KILLER
Si Brigitte Bardot est agacée par Piccoli dans le film-dans-le-film Le Mépris, son flegme viril, son intelligence et son aura pleine de mystère ont aussi fait de lui le partenaire idéal pour des actrices à forte personnalité.
(La belle noiseuse)

De la toute jeune Catherine Deneuve (dans Les Créatures d’Agnès Varda) et Lea Massari (La Femme en bleu) à Stéphane Audran (Les noces rouges) et Romy Schneider (Les choses de la vie) : la passion avec distinction convenait particulièrement bien à Piccoli. Il y a aussi une autre constante qui revient : Piccoli a étonnamment souvent joué des rôles où le processus créatif dans les arts était central. Un magnifique exemple : La Belle Noiseuse de Jacques Rivette, sorti en 1991, avec Piccoli en peintre qui lutte avec ses toiles et le pouvoir que son modèle Emmanuelle Béart exerce sur lui.


SUBVERSIF
Piccoli est aussi synonyme de subversion, de menace et de coup tranchant ou diabolique porté à la bourgeoisie. Il doit cette réputation et cette image à ses films avec Luis Buñuel et Marco Ferreri, fortes têtes bien connues.
(La Grande Bouffe)

Piccoli a tourné six films avec chacun des deux. « J’aime son humour, sa générosité secrète, son grain de folie et le respect qu’il ne me témoigne jamais », a dit Buñuel. Parmi ses interprétations les plus connues pour Buñuel figurent le personnage de Monteil, frustré sexuellement, dans Le journal d’une femme de chambre (avec Jeanne Moreau) et celui du visiteur de bordel cynique dans Belle de jour. Les points culminants de sa collaboration avec Ferreri sont Dillinger est mort et bien sûr La Grande Bouffe, le film à scandale de 1973 autour d’une mémorable ripaille.


SAUTET
Buñuel et Ferreri n’ont pas été les seuls réalisateurs à s’intéresser à Piccoli. « Piccoli est mon acteur fétiche », a déclaré Claude Sautet qui l’a dirigé quatre fois, notamment dans Vincent, François, Paul… et les autres.
(Les choses de la vie)

La liste des cinéastes qui ont tourné avec Piccoli est impressionnante : Jacques Demy, Alain Resnais, Costa-Gavras, Michel Delville, Pierre Granier-Deferre (Une étrange affaire, qui lui a valu le Prix du meilleur acteur à Berlin en 1982), Bertrand Tavernier, Claude Chabrol et Louis Malle (la satire de Mai 68 Milou en Mai). Mais avec Sautet, ça collait vraiment bien : Piccoli était son alter ego. « On aurait presque pu nous baptiser Jules et Jim », a dit Piccoli, qui est devenu incontournable dans le cinéma français après le succès du drame sur le destin de Sautet Les choses de la vie en 1969.


AUTORITAIRE
Des cinéastes réputés d’autres pays que la France ont aussi apprécié la stature imposante et la présence autoritaire de Piccoli : d’Alfred Hitchock (Topaz, un thriller mineur de sa filmographie) et Youssef Chahine (Adieu Bonaparte) à Raoul Ruiz (Généalogies d’un crime).
(Habemus papam)

À l’automne de sa carrière, Michel Piccoli a également collaboré avec le grand maître portugais Manoel de Oliveira. Je rentre à la maison est une magnifique ode existentielle à Paris, à l’art et au chagrin que laissent les amours perdues. Et dans Belle toujours, 40 ans après les faits, Piccoli reprend le rôle qu’il avait endossé dans le classique surréaliste de Buñuel Belle de jour. Habemus papam de Nanni Moretti constitue un autre grand moment de la fin de sa carrière : Piccoli amuse en cardinal hésitant qui a été élu pape au Vatican.


NOUVEAUX TALENTS
Malgré son statut, Piccoli, avec son penchant pour le renouvellement et le refus de se conformer, n’a jamais hésité à travailler avec des cinéastes débutants. Deux de ces jeunes réalisateurs ont été Jacques Doillon (La fille prodigue) et Léos Carax.
(Le goût des myrtilles)

« J’ai trouvé son premier film, Boy Meets Girl, magnifique », a dit Piccoli. « Lorsque Carax m’a proposé de jouer dans Mauvais sang, j’ai accepté sans lire le scénario ». Piccoli apparaît aussi dans Holy Motors, le dernier film de Carax en date, en vieil homme arrogant avec une tache de vin sur le visage. Piccoli sera par ailleurs à Flagey pour présenter Le goût des myrtilles, le nouveau film du réalisateur belge Thomas de Thier. Un film fortement poétique sur le deuil et le fait de vieillir, dans la lignée de son premier film remarqué, Des plumes dans la tête.


DERRIÈRE LA CAMÉRA
Outre Thomas de Thier, il y a un autre Belge qui a collaboré avec Michel Piccoli : Arno. Le « beau d’Ostende » a composé une partie de la bande originale de Alors voilà, une comédie dramatique sortie en 1997 où Arno joue un des rôles principaux et qui est aussi le premier des trois longs métrages que Piccoli a lui-même réalisés. Le cinéma commercial n’a jamais réussit à séduire Piccoli l’entêté : il préférait l’exploration hors des sentiers battus. Cette obstination, on la retrouve dans ce portrait d’une famille dominée par un patriarche tyrannique. « Le film est une promenade folle dans le labyrinthe du cerveau de Piccoli », a-t-on pu lire dans Libération. Ce « regard à l’intérieur » de la tête et de la carrière de Piccoli se poursuivra certainement le 10 octobre lorsque Piccoli sera à Flagey pour donner une master class.


RÉTROSPECTIVE MICHEL PICCOLI • 1/10 > 30/11, CINEMATEK, rue Baron Hortastraat 9, Brussel/Bruxelles & FLAGEY, Heilig Kruisplein/place Sainte-Croix, Elsene/Ixelles, 02-551.19.00, www.cinematek.be

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