Maud Joiret: 'Je voulais dépoussiérer l'image de la poésie'

© Alice Khol
| "Je crois que la position couchée favorise l'écoute", dit la poétesse bruxelloise Maud Joiret.

Récompensée en 2020 du Prix de la première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Maud Joiret est une des auteur.ice.s à l'affiche d'une sieste poétique diffusée en podcast. Ses mots frappent et enveloppent. Renvoient au réel pour mieux s'en extraire.

La poésie, ça se lit mais ça s'écoute aussi. Le Théâtre 140 s'est de plus en plus profilé comme un lieu de rencontre entre les mots et les oreilles. Mais pandémie oblige, la Sieste des poètes et poétesses, prévue en indoor, se passera des transats et des matelas pour être diffusée en podcast. La Bruxelloise Maud Joiret y partagera l'affiche avec Isabelle Wéry, Jean d'Amérique, Maud Vanhauwaert et Simon Johannin, accompagnés par la musique de Dance Divine.

Elle proposera des extraits de son recueil Cobalt paru en 2019 aux Éditions Tetras Lyre. Ce texte coup de poing dont les mots émergent du brouhaha contemporain ne semble pas fait pour encourager la sieste. Une sieste que la poétesse ne confond pas avec endormissement. "Je crois que la position couchée favorise l'écoute. C'est se mettre dans un état de disponibilité pour les sons et les images et libérer l'imaginaire, un peu comme dans un rêve éveillé."

Cobalt, qui a reçu en 2020 le Prix de la première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles claque comme "une mitraillette de mots pointée sur le désir." Des mots qui résistent à l'atomisation pour donner forme à des possibles. C'est un flux déversé à la première personne, en prise directe avec la ville, avec ses paysages, sa violence, son énergie et ses orgasmes. La ville-récit de la bruxelloise est traversée d'un tram et d'un canal qui reflète les néons fluo du K-NAL.

FORCE DE FRAPPE
"J'avais envie de partir de choses réelles que je côtoie au quotidien et puis de pousser le curseur un peu plus loin dans l'imaginaire. Je voulais aussi dépoussiérer l'image de la poésie, telle qu'on l'enseigne encore parfois à l'école pour affûter une force de frappe, comme on en trouve dans le monde du slam."

Si Maud Joiret fait de la poésie aujourd'hui, c'est un peu par hasard même si le contexte l'a un peu aidée avec un père poète, des études en philologie romane et une passion dévorante pour la lecture. "On m'a proposé d'écrire un texte pour un magazine de femmes artistes qui venait de se lancer. Je me suis tout de suite sentie à l'aise dans la poésie. C'est une forme libre. Je ne me sentais pas encore la force ou l'envie de me lancer dans la narration, ce qui m'intéresse, c'est de happer des éclats du réel."

Après ce premier recueil, Maud a multiplié les projets d'écriture en cherchant à explorer de nouveaux territoires. Elle a participé au projet Fleurs de funérailles lancé par le Poète National Carl Norac qui a rassemblé des textes pour les mettre à disposition des familles qui ont perdu un être cher sans pouvoir organiser des funérailles dignes et humaines. "Ça m'a fortement touché de sentir que la poésie pouvait être utile."

DEVENIR VACHE
Ensuite, elle a enfilé ses bottes en caoutchouc pour le texte et la vidéo Paysage avec vaches réalisés pour la Maison de la poésie de Namur. Dans un face-à-face bovin, elle cherche à apaiser son désir de campagne et éventer les clichés du retour à la nature. "Devenir vache, c'est une prière à désapprendre qui m'occupe", écrit-elle.

"La poésie est faite d'images. C'était un chouette défi pour moi de chercher des images pour amener les mots dans d'autres directions". À l'occasion de la Saint-Valentin, elle participe avec le collectif PAN! 21 à un projet de poésie contemporaine autour du désir.

Aujourd'hui, et c'est paradoxal, la poésie manque de visibilité dans sa forme littéraire. Pourtant elle est partout. La ville exsude de poésie si on veut bien la voir. Les mots d'un graffiti dialoguent avec des injonctions publicitaires ou des mots sur une façade.

"Au-delà des signes que l'œil peut capter dans la ville, j'ai l'impression qu'il y a un renouveau de la poésie. Il y a pas mal de jeunes qui s'en emparent. La magie de la poésie tient à un effet d'immédiateté et de beauté qui peut toucher et parler à tout le monde. Grâce à l'influence du slam, la poésie n'a plus cette réputation d'élitisme. La poésie crée des étincelles dans le circuit électrique de la pensée. Ça disrupte, comme on dit aujourd'hui, et en même temps on y retrouve exactement ce qu'on a ressenti ou ce qu'on pense. C'est étrange et familier à la fois."

LA SIESTE DES POÈTES ET POÉTESSES
14/2, 14.00, BX1+, Facebook : Theatre140 & midisdelapoesie

Lees meer over

Bruxelles dans votre boîte mail?