Un nouveau lieu pour la photographie à Bruxelles: 'La Nombreuse est un espace résilient'

Récemment installé à Saint-Gilles, l'atelier-galerie La Nombreuse accueille sa toute première exposition intra-muros. "Nous voulons être un tremplin entre l'école de photographie et les institutions."

Loin de se laisser asphyxier par le virus, la scène bruxelloise de la photographie contemporaine semble connaître un nouveau souffle. Après l'exposition à ciel ouvert Exi(s)t en juin dernier, suivie de l'ouverture de la galerie L'Enfant Sauvage à deux pas du parc Royal et de la Lokal Fototek Foundation dans le quartier Heyvaert, sans oublier la nouvelle revue de photographie Tropical Stoemp, c'est désormais au tour du collectif La Nombreuse de contribuer à faire vibrer la jeune photographie dans la ville, et plus particulièrement à Saint-Gilles.

Comment ? Via un lieu multifonctionnel (servant d'atelier la semaine et d'espace d'exposition les week-ends), des expositions sur les murs et vitrines du quartier – fruits d'opencalls lancés aussi bien aux photographes établis qu'aux amateurs – et une revue annuelle, La BeNombreuse.

Composé de pas moins de dix membres, dont neufs photographes émergents (Sarah Lowie, Téo Becher, Solal Israel, Marie Aynaud, Romain Cavallin, Martin Gallone, Nicolas Catalano, Lucas Castel et Tom Lelait), tous sortis de l'école bruxelloise Le 75, et d'une historienne de l'art (Charlotte Lalau), l'identité plurielle de La Nombreuse est intrinsèquement liée au confinement. "À l'heure où chacun travaillait dans son coin, il nous manquait une énergie commune", dit Romain Cavallin. Et Sarah Lowie de compléter: "La crise nous empêche d'être ensemble mais on en a besoin. La Nombreuse est un espace résilient."

Hier is da feestje
"Notre premier opencall en décembre dernier sur le thème 'Hier is da feestje !' avait pour but de ramener une ambiance festive dans le quartier à un moment où il nous était interdit de faire la fête", dit Solal Israel. À ce jour, quelques photos grand format de ballons argentés et de festins garnissent encore les vitrines et rideaux de fer des commerces de Saint-Gilles. Le prochain opencall, programmé pour octobre, sera placé sous le signe de L'Odyssée. "On veille à proposer des thématiques les plus ouvertes possible afin d'attirer un maximum de gens, y compris des personnes qui ne se perçoivent pas comme photographes", dit Sarah Lowie.

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La toute première exposition à La Nombreuse est signée Anne-Sophie Guillet. La photographe bruxelloise y propose sa série 'Together',

On l'aura compris, La Nombreuse se veut tout sauf un espace élitiste réservé à un public de connaisseurs. "Un simple passant attiré par notre vitrine doit pouvoir se sentir le droit de franchir notre porte", dit Lowie. Et pour être encore plus en phase avec le quartier, le collectif a prévu des workshops photo et vidéo en tous genres avec ses habitants. "On compte aussi mettre en place des permanences pour les gens désireux de venir consulter notre petite bibliothèque photographique mise à disposition", dit Solal Israel.

Quand La Nombreuse ne sert pas d'atelier à ses membres et aux habitants de Saint-Gilles, le lieu se transforme les week-ends en un lumineux espace d'exposition destiné à éclairer la jeune photographie contemporaine, belge et internationale. "On avait envie d'être un tremplin entre l'école de photographie et les institutions comme Contretype et Bozar. On est nous-mêmes photographes, on connaît cette galère à la sortie des études de ne pas réussir à se frayer un chemin vers les lieux d'exposition. Ça n'est pas spécialement facile de rédiger des appels à projets. Il faut également avoir une bonne connaissance de ces institutions et de leur fonctionnement", dit Sarah Lowie. "Et puis la concurrence est rude. On ne nous apprend pas tout à l'école. Un coup de main, c'est quelque chose qui nous a manqué", ajoute Solal Israel. "On essaie de dépanner à plusieurs niveaux, notamment en aidant des jeunes photographes à rédiger un dossier", dit Romain Cavallin.

Une ode à la fluidité
La toute première exposition à La Nombreuse est signée Anne-Sophie Guillet. La photographe bruxelloise y propose sa série Together, des portraits puissants et lumineux explorant avec fluidité le vaste panel des identités de genre. "On a été attirés par la manière dont Anne-Sophie questionne la normativité dans notre société très binaire. Elle va s'intéresser aux nuances, aussi bien en matière de genre que de photographie", dit Solal Israel.

"Ce faisant, elle pose également la question de savoir ce qu'est le nouveau couple aujourd'hui. On aime la façon qu'Anne-Sophie a de redéfinir les codes. Cet aspect militant, on le retrouve dans l'ADN de La Nombreuse, sans pour autant être politisés", dit Romain Cavallin. Et Sarah Lowie de conclure: "Je pense qu'on est tous d'accord pour dire que La Nombreuse est un lieu engagé !"

Facebook: LaNombreuse

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