La photographie féminine au secours des femmes: 'Nous regardons le monde autrement'

© Kaat Pype

En réponse à l'exacerbation en temps de confinement des violences faites aux femmes, la photographe Ans Brys lançait une action solidaire intitulée The Female Gaze. Soit la vente de photographies signées par des femmes pour venir en aide aux femmes. À l’heure d’aujourd’hui, l'initiative affiche quasiment sold-out. « J'ai lancé un mouvement à mon insu.»

« En tant que femmes photographes, nous avons plus facilement accès à des situations privées, les femmes nous ouvrent la porte de leur intimité. Je voulais faire quelque chose pour ces femmes qui sont aujourd’hui prisonnières de ces mêmes espaces », dit Ans Brys, photographe et professeure à la Sint-Lucas (KdG University College) à Anvers, initiatrice de la campagne de solidarité The Female Gaze.

C’est dans les premières semaines du confinement, alors qu’une infection au coronavirus lui vaut une double peine d’isolement, que la photographe prend conscience de l’importance d’avoir un chez-soi sécurisant. « J’entendais parler de la recrudescence des violences conjugales et je pensais à toutes ces femmes pour qui leur foyer était l’opposé d’un safe space. Ces femmes qui ont peur dans leur propre maison, qui sont menacées physiquement ou sexuellement. »

© Brigitte Grignet

Solidarité féminine

Afin de soutenir les femmes fragilisées par le confinement, Ans Brys imagine une campagne solidaire par les femmes et pour les femmes. Soit la vente en ligne de 58 impressions (125 euro l'image) de photographes belges et néerlandaises, francophones et néerlandophones, des grands noms affiliés aux agences Magnum (Bieke Depoorter) ou VII (Ilvy Njiokiktjien ) aux étoiles montantes de la discipline. Les photographes bruxelloises (Marie Sordat, Stéphanie Roland, Isabelle Detournay, …) n’ont pas hésité non plus à répondre positivement à l’appel lancé par leur collègue anversoise.

Trois associations (une belge francophone, une flamande et une néerlandaise) impliquées, chacune dans leur domaine, contre les violences faites aux femmes se verront reverser les fonds récoltés par la vente : Garance vise l’empowerment et la sécurité des femmes vulnérabilisées, Ne(s)t fournit protection et abri aux victimes de proxénètes d’ados et Moviera lutte contre les violences domestiques. « Ces associations ont besoin d’un soutien financier car, en ce moment, les fonds sont à la baisse alors que la demande d’aide est clairement à la hausse. »

Charlotte Lybeer
© Charlotte Lybeer

Rien contre les hommes

« Je n’ai rien contre les hommes », précise la photographe en riant. Si Ans Brys dément tout agenda féministe, c’est avant tout pour le female gaze, la particularité du regard féminin, qu’elle milite. « Nous regardons le monde autrement, c’est indéniable », dit la photographe. « Quand j’ai vu arriver les 58 images de mes collègues, ce constat ne m’a jamais autant frappée : la photographie féminine est plus fragile, plus émotionnelle et plus intime. La photographie existe depuis 200 ans et elle a été dominée par les hommes. Ce qui signifie que toute notre imagerie a été façonnée par des hommes. Mais j’ai conscience aujourd’hui que nous sommes différentes. »

Ans Brys
© Ans Brys

Lancée il y a une semaine à peine, la galerie virtuelle de The Female Gaze affiche déjà presque sold-out. Ans Brys est la première à s’étonner du succès inattendu de son action : « Je l’espérais au fond de moi, mais je ne m’y attendais pas. Je pense que l’immense réseau que constituent les photographes et l’attention médiatique dont nous avons bénéficié (l'initiative s'est frayée un chemin jusqu'au Guardian britannique, NDLR) ont leur part à jouer dans la réussite du projet. »

Forte d’un premier exploit, une seconde édition de The Female Gaze s’impose. « Si une nouvelle vague de coronavirus se déclare en octobre ou novembre, on n’hésitera pas à lancer une nouvelle édition mais, cette fois-ci, les photographes profiteront aussi partiellement des bénéfices. Il faudra réfléchir à une nouvelle approche, mais je ne compte pas me lancer dans un collectif féministe », insiste Ans Brys dont le projet, vitrine indirecte de la photographie féminine, a généré à son insu un mouvement en faveur des femmes photographes: « Ce n’était pas le but et un tel collectif ne me semble pas nécessaire. Je suis surtout contente d’avoir pu réunir toutes ces photographes. »

Vous désirez acquérir une impression pour soutenir The Female Gaze? Rendez-vous sur thefemalegaze.works.

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