interview

Jakomo: la bande-son décontractée de l'automne

© Anne Ballon

Finaliste du dernier Humo's Rock Rally, Jakomo rassemble d'anciens basketteurs autour de refrains rêveurs. Ambassadeur d'un rock suave et hyper décontracté, le groupe bruxellois profite de l'automne pour sortir la bande-son de l'été : un disque ensoleillé à ranger entre King Krule et Mac DeMarco. Que du bonheur !

Pour rencontrer les deux voix de Jakomo, il faut prendre un peu de hauteur, monter quelques étages en ascenseur. Perchés au sommet d'un immeuble du centre-ville, le guitariste Julien Tanghe (guitare, voix) et son compère Wout Vermijs (guitare, voix) ouvrent des caisses en carton avec un masque sur le nez. Étrange, la scène s'ajuste pourtant à l'actualité. En pleine crise sanitaire, Jakomo a décidé de déballer un nouveau disque. En cinq morceaux extra cool, Fastbreak brave la pluie, le froid et les microbes pour embrasser des mélodies chaleureuses et décomplexées à souhait.

Les premières traces de votre projet remontent à octobre 2016. Qui est à l'origine du groupe ?
Julien Tanghe : Il y a quatre ans, je jouais mes chansons, tout seul, dans mon coin. À l'époque, je me présentais déjà sous le nom de Jakomo. Il s'agit d'un hommage un peu cocasse à mon grand-père. Il s'appelle Jacques. Je l'adore. Mais à part Jacques Brel, il déteste la musique. À un moment, j'ai remodelé mes compos pour être en mesure de les jouer avec d'autres musiciens. En février 2017, j'ai rencontré Wout Vermijs sur le terrain de mon club de basket-ball. Entre un dunk et un panier à trois points, on parlait toujours de musique...
Wout Vermijs : Notre association est à la base du groupe, mais aussi à l'origine de Breakfast, le premier enregistrement de Jakomo. Depuis cette sortie, nous n'avons plus le temps de jouer au basket.

En marge de Jakomo, vous avez poursuivi des études universitaires. Depuis quelques jours, vous êtes d'ailleurs diplômés. Cela a-t-il un impact sur votre musique ?
Vermijs : Nous mettons nos connaissances au service du groupe. Julien, par exemple, a étudié l'histoire à Louvain. Il possède également un diplôme en gestion culturelle. Cela nous est bien utile pour organiser les activités de notre petit label indépendant (ET!KET Records, NDLR). Pour ma part, je suis architecte. Mes qualifications se retrouvent plutôt dans notre charte graphique. Je dessine les pochettes de disque, j'illustre nos affiches, mais aussi les t-shirts et tout le merchandising. Cet été, j'ai réalisé le clip du morceau 'Luna Park'. Dans cette vidéo, tous les visuels s'imprègnent de l'architecture chaotique de Bruxelles. Ce côté désordonné se rapporte également à notre mode de vie actuel. Nous essayons en effet de vivre de la musique dans un milieu particulièrement touché par la crise sanitaire. À l'image des constructions bruxelloises, c'est un beau bordel en ce moment.

JAKOMO - Luna Park

Entre Breakfast et Fastbreak, qu'est-ce qui a changé pour Jakomo ?
Tanghe : Notre premier enregistrement était immature, un peu maladroit. À l'époque, Jakomo cherchait encore son identité. Aujourd'hui, le groupe est le juste reflet de nos quatre personnalités. Dans le jargon des basketteurs, le terme "fastbreak" fait référence à une contre-attaque. En anglais, ce mot est également utilisé pour évoquer une transition. En tant que jeunes diplômés, nous en sommes là. En transition. Via la musique, nous cherchons notre chemin dans le monde complexe des adultes.

Récemment, Jakomo s'est hissé en finale du Humo's Rock Rally. Depuis ses débuts en 1978, le concours a révélé des groupes comme Evil Superstars, Goose ou Whispering Sons. Quelle était votre motivation à l'heure d'aborder cette compétition ?
Tanghe : Déjà, je tiens à dire que je n'aime pas les concours. C'est beaucoup d'efforts pour jouer dans des conditions qui ressemblent à un examen de fin d'année. Se produire face à un jury, c'est nettement moins fun que de jouer devant n'importe qui... Toutefois, le Humo's Rock Rally, c'est un peu différent. Historiquement, il s'agit d'un rendez-vous important. C'est le plus vieux concours de Belgique. C'est aussi celui qui offre la meilleure visibilité. Pour nous, c'était une façon de toucher les professionnels du secteur. Atteindre la finale, c'est aussi gagner en crédibilité. Certains de nos potes ont compris que nous étions réellement musiciens en découvrant la liste des finalistes. Au début du concours, il y avait plus de 900 inscriptions. Alors, forcément, quand il ne reste que 10 prétendants à la victoire, ça devient sérieux. Même si nous n'avons pas gagné, ça reste un beau parcours.

Par le passé, Jakomo a eu l'occasion de se produire au Botanique, à l'AB ou au Dour Festival. Cette année, votre actualité est perturbée par le contexte sanitaire. Avez-vous l'impression de "griller une cartouche" en sortant votre disque aujourd'hui ?
Tanghe : Peut-être que les concerts ne seront pas au rendez-vous. Il ne faut pas se voiler la face, c'est une possibilité... Mais il fallait sortir Fastbreak. Pour nous, ce disque marque une évolution. D'autant plus qu'il sortira en vinyle. Nous avions besoin de laisser cette trace matérielle, de poser les fondations de notre carrière. En cela, Fastbreak n'est pas un prétexte pour jouer des concerts. Il s'agit du premier étage de l'immeuble que nous sommes en train de construire.

En parlant d'immobilier, la pochette du vinyle est illustrée par les images de quatre bâtisses. Que représentent-elles ?
Vermijs : C'est ce que chacun de nous aperçoit depuis sa fenêtre. De chez moi, on voit la gare de Bruxelles-Nord et les grues du chantier alentour. Jef, notre bassiste, vit le long du canal. Julien habite juste à côté de la station Simonis. Le batteur, Marvin, est plutôt en périphérie. Sur la pochette, il y a aussi des escaliers. C'est une métaphore. Jusqu'où sommes-nous capables de monter au cours d'une vie ou d'une carrière musicale ? Mais grimper, c'est aussi prendre le risque de tomber… Cette peur de glisser ou d'échouer est aussi à mettre en relation avec un événement tragique que nous avons traversé : un équipier de notre équipe de basket a sauté d'un immeuble. Il y a laissé la vie. Son acte nous a bouleversés, bien sûr, mais cela nous a aussi beaucoup fait réfléchir. Cet épisode est abordé en catimini dans le morceau 'Luna Park'.

Un morceau dans lequel vous faites aussi référence à "Jenny from the Block". C'est une déclaration d'amour à Jennifer Lopez ?
Tanghe : Plutôt un clin d'œil aux différents genres musicaux qui ont nourri notre génération. Les filles et les gars de notre âge ont grandi en écoutant du R&B, du rock, mais aussi du rap, de la pop, du jazz ou de la soul. Cet éclectisme est notre réalité. Cela s'entend d'ailleurs dans notre musique.

JAKOMO
Sortie de l'EP Fastbreak: 28/10, ET!KET Records

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