Dans 'Anywhere', Élise Vigneron prête son âme à une marionnette

© Vincent Beaume
| Élise Vigneron aime travailler avec des matériaux éphémères, comme la glace.

La plasticienne et marionnettiste française Élise Vigneron s'inspire du roman de Henry Bauchau, Œdipe sur la route, pour livrer un spectacle étrange et fascinant où une marionnette de glace incarne le personnage transformé par son parcours d'exil.

Avec Anywhere, Élise Vigneron invite le spectateur à vivre un poème visuel comme une expérience. Dans ce spectacle, inspiré par le roman Œdipe sur la route de Henry Bauchau, elle convoque le spectateur à faire corps avec la matière, la glace, l'eau, la brume. Ces matériaux qui se déploient et s'animent de manière assez aléatoire entrent en résonance avec les sens et le corps du spectateur pour le plonger physiquement dans ces états de fragilité et de transformation que vivent les personnages.

Comment s'est passée votre rencontre avec Œdipe sur la route ?
Élise Vigneron : J'avais cette idée de travailler avec une marionnette de glace et je cherchais un texte pour mener le récit. Je peinais à trouver. Parallèlement je lisais Œdipe sur la route que je trouvais très, très beau. Ce que j'en ai retenu, c'est la transformation du personnage. Il y avait comme une correspondance métaphorique entre le personnage d'Œdipe et la marionnette de glace. Même si on garde un lien avec Œdipe sur la route, on n'est pas du tout dans un traitement littéral.

Vous vous êtes formée aux arts du cirque, aux arts plastiques et aux arts de la marionnette, ces trois disciplines sont-elles devenues complémentaires ?
Vigneron : J'ai commencé par les arts plastiques où il y a le rapport à la matière, mais une fois qu'on avait créé l'œuvre, elle était là sans plus de rapport vivant et j'avais aussi besoin qu'il y ait un rapport avec d'autres gens. Je me suis tournée vers le cirque qui était une passion de petite fille. J'ai fait une école de cirque de manière très passionnée mais je me suis blessée. Dans le cirque aussi, il me manquait quelque chose. C'était tellement intense physiquement et j'aspirais à plus de réflexion. Le corps était trop pris et la tête n'arrivait plus à suivre. Pour moi, les arts de la marionnette, au sens des arts animés, c'est vraiment l'endroit où pouvaient se rencontrer les corps, les matériaux et le rapport au spectateur et à la littérature puisque je travaille toujours avec des textes.

L'idée d'une marionnette en glace préexistait au choix du roman, comment vous est venue cette idée ?
Vigneron : Dans un autre de mes spectacles, Impermanence, j'avais travaillé avec des matériaux éphémères et avec la glace. Et la glace a cette particularité de permettre le passage par trois différents états de matière, le solide, le liquide et le gazeux. Et puis, comme notre corps est aussi rempli d'eau, il y a quelque chose de très proche de nous dans cette matière. Avec un personnage de glace anthropomorphe, le lien et l'identification sont d'autant plus directs et physiques. Et ça, c'est vraiment très fort.

La force de la marionnette, c'est qu'elle est un réceptacle à la projection ?
Vigneron : La marionnette est un langage assez direct qui touche en nous un endroit assez intime qu'on ne peut pas vraiment situer. Ça ne parle pas uniquement à la raison, c'est physique aussi, et c'est en lien avec les rêves. Pour moi, la marionnette, c'est un langage de l'indicible et c'est pour ça que je n'aime pas trop quand les marionnettes parlent parce qu'alors elles deviennent trop proches de la psychologie humaine et elles perdent leur caractère d'entre les mondes. Ici ce n'est pas un personnage qui parle, on est touché par la marionnette par ce qu'elle vit, ce que le corps ressent et comment il se transforme, mais pas par les émotions qu'il va déployer. Dans la marionnette, j'aime ce côté un peu radical et très épuré.

Êtes-vous encore en lien avec des traditions ?
Vigneron : Avec la marionnette on n'est jamais loin des traditions. Ici on s'est inspirés du système de contrôle à fils traditionnel. Dans les origines de cet art, il y a un lien fort à l'animisme parce que dans une marionnette, on charge la matière. Et c'est ça qui m'intéresse dans la tradition, comment ces objets sont chargés, comment ça permet de traiter les mythes, le rapport aux éléments et à notre existence.

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