La danse funèbre d’Ali Chahrour

En juillet 2018, Ali Chahrour envoûtait le Festival D’Avignon avec son hypnotisant May he rise and smell the fragrance. Le point final de la trilogie du chorégraphe libanais consacrée aux liturgies funéraires dans le monde arabe est à voir pour la première fois à Bruxelles.

« Je ne pense pas que la danse soit un langage universel », dit le jeune danseur et chorégraphe diplômé de l’Université libanaise dont les spectacles, qui interrogent le rapport entre corps et politique, jouissent d’un succès d’envergure internationale.

« Un mouvement peut contenir des références qui ne sont pas accessibles à tous. Chacun peut apprécier, mais tout le monde n’est pas en mesure de comprendre la portée politique ou sociale du geste ». Dans ses créations profondément organiques, Ali Chahrour s’aventure dans l’héritage de la culture arabe pour interroger son propre rapport à la société qui l’a vu naître et grandir.

Embarqué depuis peu dans un nouveau triptyque dédié à l’amour, May he rise and smell the fragrance clôturait avec intensité l’exploration de Chahrour des lamentations et rituels de deuil chiites qui traversent le Liban, la Syrie, l’Irak et la Palestine, donnant à voir plus que jamais la relation intrinsèque qui unit le corps au « temps qu’on prend pour pleurer les gens qu’on aime ».

« Si on s’est plongés dans une recherche approfondie sur les rituels arabes, en étudiant l’histoire, la mémoire et les poèmes, ce sont les témoignages de gens vivants qui ont servi de références principales. Les gestes qui nous intéressent sont très contemporains. »

Dans cette cérémonie rituelle dansée, la tristesse et la fragilité masculines s’expriment sans honte et sans tabous alors qu’une figure féminine érigée en prêtresse garde la mémoire des défunts.

« Le corps masculin est prisonnier de nombre d’injonctions et de préjugés, il n’est pas censé témoigner de faiblesses. Les femmes ont le pouvoir de faire face à la tristesse avec poésie. D’un point de vue chorégraphique, les hommes sont toujours derrière la figure féminine, ils ne sont jamais capables d’atteindre sa puissance ».

Comme dans ses créations précédentes, Chahrour s’appuie sur la puissance de la gestuelle pour matérialiser le contexte culturel, émotionnel, religieux et politique auquel il souhaite donner corps. « Un simple geste peut suffire à raconter une histoire ».

Le chorégraphe évoque l’exemple d’un père palestinien désespéré à qui l’on vient de retirer ses enfants, accusés d’avoir jeté des pierres sur l’armée israélienne. « Lorsqu’il a compris qu’il avait perdu la bataille, cet homme a posé son bras sur sa tête et a retiré son foulard pour le jeter au sol. Ce simple geste signifie que ce père a tout perdu : sa terre et ses enfants ».

« On a étudié tout le voyage de ce geste, sa beauté et son agressivité, pour en faire un outil chorégraphique. Ça n’est pas tant le mouvement qui nous intéresse mais son intensité », dit le chorégraphe.

« Je ne cherche pas à changer la société. Je serais déjà content de toucher ne fût-ce qu’une personne et d’opérer chez elle un petit changement dans son système de croyances. C’est à cela que servent le théâtre et à la danse, à créer un moment intime avec les individus. »

May he rise and smell the fragrance est à voir ce mardi soir à Bozar dans le cadre de la chaire Mahmoud Darwich.

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