Vincen Beeckman: Voyage au bout du restaurant chinois

« Les gens que je photographie se demandent souvent pourquoi je leur consacre une exposition. Ils disent qu’il n’y a rien à raconter. Mais c’est faux, ils regorgent d’histoires. » L’artiste urbain Vincen Beeckman, photographe attitré d’un couple de sans-abri des Marolles, des jeunes Afghans du Petit Château ou encore des gueules brisées de l’hôpital Saint-Pierre, débarque chez Été 78 avec une expo en trois volets consacrée aux restaurants chinois, ces lieux à la fois familiers et mystérieux dont nous ne connaissons, finalement, pas grand-chose.

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Fidèle à lui-même, l’artiste hyper sensible à son environnement transforme l’acte banal de « se faire, vite fait, un petit resto asiatique » en une expérience artistique unique, mêlant photographie, performance, collection, prise de son et écriture. À Dudelange, à Rio et à Téhéran, le Bruxellois globe-trotteur s’est posé pendant une semaine entière, chaque midi et chaque soir, à la même table d’un restaurant chinois de son choix. Jusqu’à épuiser toutes les suggestions de la carte. Mettant un point d’honneur à finir son assiette. « C’était étrange pour le personnel et les patrons, ils ne savaient pas toujours comment gérer cette relation. »

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Entre deux bouchées, Beeckman prend des notes. Rassemble ses impressions et sensations, consigne chaque détail. Photographie les lieux, s’invite en cuisine, dépoussière de vieux albums photo. S'immisce, avec sensibilité et un intérêt sincère, dans la mémoire familiale grouillante de ces hommes et femmes à qui nous avons pris l’habitude de nous adresser en déclamant les numéros anonymes d’une carte aseptisée, adaptée aux goûts des consommateurs occidentaux blasés que nous sommes. « Autrefois, les restaurants chinois étaient extrêmement populaires. Dans les années septante, on raffolait du kitch et de l’exotisme. Aujourd’hui, c’est devenu quelque chose d’un peu rétro et pourri. Les gens préfèrent aller chez le Thaï ou chez le Vietnamien. »

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Cette matière précieuse et foisonnante, récoltée depuis 2011 avec passion et détermination, Beeckman la transforme en une série poétique dotée de sa propre étrangeté. Un univers à part entière qui en dit autant sur l’artiste que sur l’histoire de l’immigration, de la restauration, de l’intégration, de la mondialisation, de l'exotisme, de la famille ... Et tout ce que le spectateur voudra bien y voir, pourvu qu’il prenne le temps, cette fois, de s’y attarder.

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