Flavien Berger: la bonne étoile

Producteur hors pair, rêveur d’un futur sans frontières, Flavien Berger donne un coup d’accélérateur à la chanson française, sans jamais ralentir le tempo de la musique électro. Épopée cosmique et gentiment psychédélique, la nouvelle aventure imaginée par le Parisien chamboule la ligne du temps avec une ardeur d’avance.

Alors que l’Europe évoque la possibilité d’un ultime passage à l’heure d’hiver, Contre-temps aligne treize morceaux étrangement jetlagués en guise de disque de l’année. Dès les premières secondes de l’album, une cloche sonne. Après, plus rien ne sera vraiment comme avant. Flavien Berger, 32 ans, plie la réalité et déforme le temps avec un talent confondant. Étoile montante de la scène électro, l’artiste français secoue le dancefloor, tout en bousculant les codes (génétiques) de la chanson (fantastique). En délocalisant les attentes ou en renversant le calendrier et l’ordre des saisons, le producteur déplace le curseur au gré de ses envies et d’une imagination débordante. Grand disque d’anticipation rétrofuturiste, Contre-Temps met l’amour au cœur du Big Bang. Sans théorie ni grand discours. C’est un plan parfait.

Petit, vous rêviez de devenir musicien ?
Flavien Berger: J’ai grandi dans une famille où l’on écoutait beaucoup de musique. Ma sœur jouait du piano. Mon père collectionnait des vinyles de jazz. Mon frère écoutait du hip-hop. Mais, à proprement parler, personne n’abordait la chose sur un plan professionnel. Moi, j’ai commencé à jouer par nécessité. C’était un mode d’expression, un refuge. J’ai longtemps composé des morceaux sans oser les faire écouter aux autres. C’était comme un secret. Le tout premier instrument sur lequel j’ai posé les doigts, c’est le piano de ma sœur. Je devais avoir sept ans. Par la suite, j’ai reçu un petit synthé Yamaha et, à force d’en jouer, c’est devenu une évidence: j’étais musicien.

Vous êtes la cheville ouvrière du collectif Sin~. Quelles sont les ambitions de ce projet ?
Berger: En 2010, j’ai créé un collectif constitué de plasticiens, musiciens, charpentiers, bricoleurs et autres rêveurs. Ensemble, nous élargissons la pratique musicale via le son, l’image, la vidéo et l’électronique. L’ambition du collectif Sin~ est assez futuriste. Nous avons notamment fabriqué des « dreamachines » : des appareils qui transforment le signal sonore en lumière. Ou en image. Mais ça peut aussi être l’inverse. Nous essayons de comprendre l’univers en connectant des machines les unes aux autres. En traduisant le signal sonore en lumière, par exemple, nous proposons au public une expérience sensorielle unique: celle de voir la musique.

En tant que musicien, êtes-vous animé par le désir de faire évoluer le son ?
Berger: Ma musique me permet de faire avancer les choses et de choisir un chemin. Car, sur scène, j’essaie toujours d’emmener mon public ailleurs. Cela dit, quand je compose, je n’ai pas la prétention de révolutionner l’histoire de la musique. Je cherche d’abord à exprimer mes émotions. Du coup, je ne me vois pas comme un théoricien. Même si j’aime bien parler de mon travail...
 

Vous avez tourné en compagnie de Christine and The Queens. Récemment, vous avez collaboré avec Etienne Daho. Ces deux artistes redessinent les contours de la pop en français. Avez-vous, également, l’impression de participer à une refonte de la chanson française ?
Berger: J’essaie, assez modestement, de créer un répertoire personnel, plutôt orienté électro. Comme ma voix est placée à l’avant et que je chante en français, cela fait aussi de moi un représentant de la chanson française. Cela étant, je ne mène aucun combat. Je ne défends pas spécialement des traditions. Et, a contrario, je ne suis pas là pour changer le cours de l’histoire. Je pense que la plupart des chanteuses et chanteurs qui font une longue carrière ont un point commun: ils sont, à un moment ou l’autre, en rupture avec leur époque. Quand on crée de la musique, on est toujours le révolutionnaire de son temps.

L’album précédent s’intitulait Léviathan. C’était une plongée électronique et onirique au cœur des abysses aquatiques. Partant de là, le nouveau Contre-temps est-il plus terre à terre ?
Berger: La notion de durée peut sembler plus concrète que les fonds marins. Pourtant, Contre-Temps n’est pas un album tellurique. En réalité, j’envisage tous mes albums comme des aventures. Un peu comme dans un film ou une bande dessinée. L’univers de Contre-Temps est tout aussi fantastique que celui de Léviathan. Mais ici, il s’agit d’un voyage dans le temps. Dans ce disque, on explore la conscience: une bulle dans laquelle s’entrecroisent souvenirs et présent, futur fantasmé et passé recomposé. Si tous les titres de l’album flirtent avec la notion de durée, ils racontent aussi une simple histoire d’amour. Contre-Temps est une plongée au cœur des sentiments. C’est un disque conçu au croisement d’une vague rétro et d’un récit d’anticipation.

Vous comparez souvent votre musique à une forme de science-fiction. Quelle est l’origine de cette passion pour ce genre narratif ?
Berger: Ce style me passionne depuis l’adolescence. L’imaginaire associé à la science-fiction est ultra fleuri. Tout paraît possible. C’est un cadre fascinant. J’aime beaucoup les romans de Philip K. Dick, la conquête spatiale, les histoires de robots et les navettes. Pour moi, le meilleur film de science-fiction du monde, c’est Je t'aime, je t'aime d’Alain Resnais.

Vous composez seul dans votre coin, de façon très personnelle. Pourtant, votre musique atteint désormais une audience de plus en plus large. Est-ce un paradoxe ?
Berger: Je ne pense pas que ce soit paradoxal de composer dans l’intimité et de susciter l’intérêt à vaste échelle. Parce que toucher à l’intime, c’est aborder des sujets universels. Chaque humain se pose, en effet, les mêmes questions et génère une foule de sentiments contradictoires. Nous sommes tous animés par le désir de vivre et par la peur de claquer. Du reste, le succès exponentiel de ma musique est sans doute à mettre en relation avec les outils technologiques dont bénéficie ma génération. Sans Internet et les plateformes d’écoute en ligne, mon exposition médiatique serait sans doute différente. J’avais déjà songé à la possibilité d’un succès. Parce que je n’écarte aucune piste. J’essaie de penser à tout. Même aux trucs les plus fous.

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