Nouvel arrivant cherche homebuddy: l'amitié pour surmonter le confinement

© Saskia Vanderstichele

En réponse au double isolement dans lequel le confinement devait plonger les nouveaux arrivants à Bruxelles, l'asbl SINGA lançait une vaste campagne de recrutement de Homebuddies - des "potes" pour mieux traverser la quarantaine. Rencontre avec les binômes Aurélie-Cyrille et Abraham-Abdoulaye. "Je ne sais pas comment ils ont fait pour nous matcher, mais on s'est bien trouvés !"

« Quand on s’appelle, ça peut durer 2 ou 3 heures. Je te jure ! La dernière fois, on a débattu sur le coronavirus et on a tellement parlé que j’en ai eu une crampe à l’oreille », dit Cyrille d’un ton amusé. Le 25 mars dernier, Cyrille, 27 ans, jeune Camerounais récemment débarqué à Bruxelles, et Aurélie, 28 ans, Ixelloise, entraient pour la première fois en contact via le projet Homebuddy de l’asbl bruxelloise SINGA. Depuis, ils échangent régulièrement sur WhatsApp. « Il y a des jours où Aurélie est occupée mais quand elle a le temps, elle n’hésite pas à m’appeler », dit Cyrille. « Je ne sais pas quels ont été les critères de SINGA pour nous matcher mais en tout cas, on s’est bien trouvés ! », se réjouit la voix douce d’Aurélie.

Logé en centre d’accueil Fedasil, c’est par l’intermédiaire d’un voisin de chambre que Cyrille prend connaissance des activités organisées par SINGA pendant le confinement : drinks, tables de discussion, jeux de cartes et autres divertissements virtuels encadrés par un(e) membre de l’asbl. Alors connecté au groupe Facebook de l’association, le jeune homme voit circuler une annonce proposant à tout membre intéressé de briser la solitude de la quarantaine en se liant d’amitié avec un « homebuddy ». « J’ai tout de suite répondu à la proposition en disant que c’était une bonne initiative et que ça m’arrangeait beaucoup », dit Cyrille.

« Comme je suis en centre d’accueil, j’évite de beaucoup causer aux gens. J’aime me sentir en sécurité et je n’aime pas m’exposer », confie Cyrille. « J’ai pensé que ce serait bien de trouver quelqu’un à qui parler en dehors du centre. » En temps de confinement, alors que les possibilités de sorties et d’activités sont drastiquement réduites, un tel contact s’est révélé pour le jeune homme « primordial ! ». « Ici, après avoir mangé, les gens se regroupent pour jouer au baby-foot mais moi je n’aime pas trop ça. Je préfère rester de mon côté. Alors à part manger, dormir et faire du sport, il n’y a pas grand-chose à faire. Moi j’aime échanger sur des idées, parler de ce qu’il se passe dans le monde mais au centre d’accueil, entre la barrière de la langue et ceux qui ne sont pas allés à l’école, c’est difficile d’avoir ce genre de conversation. »

1709 BUDDY Aurelie en Cyrille
© Saskia Vanderstichele
| «Il n’y a pas un sujet qu’on n’ait pas abordé ! », dit Cyrille, 27 ans, originaire du Cameroun , matché avec Aurélie, Ixelloise de 28 ans, depuis le 25 mars dernier.

Biceps et plats mijotés

« Les échanges avec Cyrille sont très fluides », dit Aurélie. Au-delà des discussions et débats sur l’état du monde – « Depuis que je connais Aurélie, il n’y a pas un sujet qu’on n’ait pas abordé ! », l’amitié naissante du binôme s’épanouit autour de deux thématiques principales : le sport et la nourriture. « Je lui ai envoyé des vidéos de mes exercices et elle a kiffé ! », s’enthousiasme Cyrille. « De son côté, Aurélie m’envoie des images des plats qu’elle cuisine et c’est un plaisir de les ajouter à ma liste de découvertes. Au centre d’accueil, on n’a pas la possibilité de cuisiner mais j’aime beaucoup. » Si la crise sanitaire rend la chose impossible pour le moment, Cyrille espère bientôt pouvoir partager un moment culinaire réel et non plus virtuel avec Aurélie : « Si Dieu nous le permet ! ».

« J’aime que le lien entre Cyrille et moi soit naturel et non pas formel », explique Aurélie. « Le projet Homebuddy s’inscrit dans l’idée de partage et pas dans l’idée d’aider quelqu’un. Ici, c’est comme aller boire un verre avec un ami. »

Lorsque le confinement s’abat sur le pays au mois de mars, Aurélie égraine les initiatives citoyennes avec l’envie de se rendre utile. Sensible depuis longtemps à la question de l’immigration et au sort réservé aux personnes réfugiées, son choix se porte rapidement sur l’asbl SINGA (« le lien » en lingala), une plateforme créée sur le modèle de son homonyme français (SINGA est présent dans 8 pays et 22 villes) dans la foulée de l’aide citoyenne apportée aux migrants du parc Maximilien. Son objectif  ? Répondre – au-delà des nécessités primaires – au besoin des nouveaux arrivants de s’inclure dans le tissu social belge, de participer activement à la vie citoyenne bruxelloise en développant des contacts et des amitiés avec des locaux.

Ainsi depuis juin 2017, l’agenda de SINGA se décline sous la forme de diverses activités (culturelles, sportives et artistiques) visant la rencontre, d’un programme Buddy (la formation de binômes entre nouveaux arrivés et locaux) ainsi que d’un programme d’hébergement et d’accompagnement administratif d’une personne réfugiée.

À l’annonce du lockdown, dans le souci de soulager son public d’autant plus isolé, SINGA se lançait dans une intense campagne de recrutement de homebuddies. « C’est un programme qui a remporté énormément de succès », explique Chloé Overlau, coordinatrice chez SINGA. « En six semaines, on a formé 93 binômes. On sent qu’il y a vraiment une demande de la part des nouveaux arrivants. Quand on n’a plus de boulot et plus de contacts sociaux, les journées sont extrêmement longues. Et du côté des locaux, on observe un réel élan de solidarité parce que les gens sont plus disponibles pour le moment. »

Le choc du Parc Maximilien

« Je viens moi-même d’une famille de réfugiés, ma famille a immigré pendant la guerre du Vietnam et j’ai toujours grandi dans des communautés. C’est normal pour moi de garder l’esprit assez ouvert que pour rencontrer des gens venant d’autres horizons », explique Aurélie. « Je pense que mon envie de m’impliquer est née du petit choc que ça a été pour moi de voir comment la Belgique a traité les réfugiés au parc Maximilien. Je n’imaginais pas qu’une telle situation puisse se produire dans mon propre pays. Ce sont les initiatives citoyennes comme la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés et SINGA qui m’ont donné espoir en l’avenir. »

Alors que la relation des deux homebuddies grandit de jour en jour, Aurélie et Cyrille se réjouissent de devenir d’authentiques buddies du post-confinement et de participer ensemble aux activités proposées par l’asbl SINGA hors crise sanitaire: rencontres, cuisine, théâtre, foot, course à pied, bien-être, jeux de société, écriture, swing, salsa, … « J’avais déjà causé avec des gens vivant en Belgique mais je n’étais jamais arrivé à ce stade d’amitié avec une personne locale », confie Cyrille. « En général, tu leur écris deux, trois fois et elles perdent ton numéro. Aurélie, elle, n’a pas hésité à m’envoyer un petit colis avec une huile de toilette dont j’avais besoin. J’ai noté ce geste dans un petit agenda, ça m’a beaucoup marqué. » De son côté, la jeune femme aura pu compter sur Cyrille pour « conserver le moral et la motivation » pendant la période de quarantaine. « Une amitié prend du temps à se développer », dit Cyrille. « Mais ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est qu’il y a un grand respect entre nous. »

Les gladiateurs

« Dès le premier jour où j’ai parlé avec Abraham, je me suis senti bien », dit Abdoulaye d’une voix calme et posée. Arrivé à Bruxelles il y a un an, le jeune homme de 21 ans originaire de Guinée Conakry est entré en contact avec le projet Homebuddy par l’intermédiaire de son psychologue. « Victoria de l’asbl SINGA m’a contacté en me proposant d’appeler une première fois mon buddy. J’ai composé le numéro, on a échangé un peu », dit Abdoulaye. « J’aime l’idée de rencontrer quelqu’un qui vit à Bruxelles. Abraham est mon premier ami bruxellois. Je l’appelle si j’ai des questions à lui poser. De son côté, il prend de mes nouvelles. »

1709 BUDDY Abraham en Adoulaye
© Saskia Vanderstichele
| Mis en contact via l’asbl SINGA, les buddies du confinement Abraham (à gauche) et Abdoulaye se rencontrent pour la première fois pour les besoins du shooting photo.

Abdoulaye n’est pas très loquace mais chacun de ses mots est pesé. S’il espère pouvoir bientôt entamer une formation d’électricien, cet amoureux de la littérature nourrit le rêve d’un jour prendre la plume et de devenir écrivain. « Quand des choses de mon histoire me reviennent, je les note. Parfois tu te retrouves dans des situations difficiles et le fait de les écrire t’aide à les surmonter. Écrire fait déjà du bien. »

À la grande joie d’Abdoulaye, Abraham, son homebuddy désigné, partage sa passion pour les livres. Ensemble, ils échangent sur Machiavel, L’Enfant Noir de Camara Laye ou encore l’épopée mandingue (poème fondateur en Afrique de l’Ouest).

« SINGA m’envoie régulièrement des messages en me suggérant des sujets de conversation à soumettre à mon homebuddy. C’est comme ça qu’on s’est mis à parler de nos loisirs et qu’on a dérivé sur la lecture. L’asbl fait des suggestions mais moi je n’hésite pas à déborder du cadre », explique Abraham, directeur d’agences immobilières ucclois de 37 ans.

« Je suis métis, d’origine sénégalaise et portugaise, et en tant que fils de la diaspora africaine, cela me fait plaisir de donner humblement un coup de main et une aide psychologique à mes petits frères africains », poursuit Abraham. « Les réfugiés qui arrivent ici en Belgique ont souvent une histoire chargée derrière eux, ce sont des gladiateurs. »

C’est en sondant Google à la recherche d’une activité bénévole pour mettre à profit son temps libre pendant le confinement, qu’Abraham s’est lancé dans l’aventure Homebuddy. Depuis le 11 avril, il appelle son buddy à raison d’une à deux fois par semaine. « J’imagine qu’il doit en être heureux et en même temps ça doit être étrange de se faire contacter par un parfait inconnu qui te demande de tes nouvelles. Mais j’entends bien, à l’accueil qu’il me donne, que ça lui fait plaisir. »

« Abraham est comme un grand frère pour moi, » dit Abdoulaye. « Il est ouvert d’esprit et quand il te parle, tu sens que c’est avec le sourire. J’y vois le début d’une amitié. »

Devenir un homebuddy?

SINGA continue de rechercher activement des homebuddies. Pour rejoindre le projet, contactez victoria@singa-belgium.org.

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