La galerie Champaka rend hommage au talent de Jean-Claude Mézières, avec des planches et illustrations de la série Valérian. Cette bande dessinée de science-fiction créée avec le scénariste Pierre Christin, mêle avec finesse un imaginaire inépuisable et une critique politique et sociale. 

Valérian est arrivé dans un cataclysme climatique. New York en 1986 était submergé par des raz de marée qui avaient tout emporté, privant les habitants de la grande ville et le reste de la planète de tous les bienfaits de la technologie. Cette première grande aventure de l’agent spatio-temporel de Galaxity est parue en 1967 dans le mensuel Pilote. Mais c’est avec le deuxième album L’Empire des mille planètes que la saga Valérian a vraiment décollé.

Les portes de la galaxie s’ouvraient pour un space opera haut en couleur. Et pour la découverte d’innombrables planètes avec leur univers propre, leurs villes et paysages, habitées de créatures et de peuplades qui pouvaient se montrer féroces, drôles, sournoises, mystiques, paisibles ou stupides suivant les cas. Les histoires de Pierre Christin et les dessins de Jean-Claude Mézières apportaient un vent nouveau dans la bande dessinée de l’époque par cette combinaison d’aventure, d’exotisme, d’humour, de finesse psychologique et de critique sociale. Et que dire de Laureline, la rousse comparse de Valérian, une héroïne féministe, futée, espiègle et courageuse comme on en voyait encore peu dans le neuvième art.


Née dans le bouillonnement de la contre-culture, la série était doucement iconoclaste, et libertaire. Les figures de l’autorité, le militarisme borné n’en sortent pas souvent gagnants. Contrairement à de larges livraisons des BD de science-fiction américaine de l’époque, on n’y rencontre pas de héros dotés de superpouvoirs, les terriens ne sont pas habités par la peur de l’autre ou par le combat manichéen entre le bien et le mal. Au 28e siècle, l’empire galactique est largement pacifié. L’âge des loisirs y est définitivement venu et la mission des deux héros est de patrouiller jusqu’aux confins de la galaxie pour veiller à la sécurité de la mosaïque de peuples. Quand il y a un problème, on essaie de discuter avant de sortir son flingue.
 

1667 Valerian MEZIERES-18

À la sortie du premier Star Wars en 1977, Jean-Claude Mézières doit bien constater les nombreuses similitudes entre sa série et la saga de Luke Skywalker. Depuis le design de l’astronef des deux agents spatio-temporels, étonnamment proche du Faucon Millénium, de la Cantina de la planète Tatooine, qui ressemble au bar fréquenté par une belle brochette d’aliens dans L’ambassadeur des Ombres ou encore le bikini doré de Laureline dans L’Empire des mille planètes semblable à la tenue d’esclave de Leia dans Le Retour du Jedi. George Lucas n’a jamais cité Valérian dans ses influences, pas plus qu’il n’a répondu au courrier, amical que lui avait envoyé Jean-Claude Mézières.

Au diable Star Wars
Même si ces influences supposées touchaient plutôt l’emballage et le look que l’esprit de la série, assez différente de Star Wars, les deux auteurs ont préféré, en réaction, faire évoluer Valérian dans des thématiques qui s’éloignent du space opera au profit d’histoires qui combinent l’épopée spatiale, les paradoxes temporels et des séquences plus réalistes sur Terre. D’autres influences épisodiques et sans doute inconscientes se retrouvent dans de nombreux films, jusqu’à Men in Black où on retrouve le bestiaire fantaisiste qui peuple l’univers de Valérian. Grand fan de la série, Luc Besson a fait appel à Mézières pour les décors de son film Le Cinquième Élément. Avant de tourner son adaptation de la bande dessinée qui est tombée plutôt à plat en raison d’un casting peu convaincant et d’une débauche d’effets spéciaux.


Mézières et Christin ont mis un terme aux aventures de leurs héros en 2010, au bout de 22 albums, avec L’OuvreTemps qui se conclut par un retour aux sources à Galaxity et par des retrouvailles avec la plupart des créatures et personnages marquants de la série. Tous les albums ne sont pas de qualité égale, mais aucun n’est raté. Si Valérian n’a pratiquement pas vieilli, c’est grâce à son ouverture et par un style plutôt classique qui a traversé les époques. Aujourd’hui où la science-fiction se fait noire, alarmiste ou dystopique, cette saga intergalactique à l’imaginaire fort garde ses qualités intactes. Sûr qu’à bord de l’astronef XB982, les deux agents sont en suspension, quelque part au-dessus de nous dans l’espace-temps, prêts à ouvrir les vannes de l’univers.

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