Gogolplex : le trio qui fait disjoncter le MIMA

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Il y a du Dr Jekyll et Mr Hyde chez le collectif Gogolplex, trois jeunes Français établis à Bruxelles qui réalisent des vidéos déjantées pour Stikstof ou Juicy et qui livrent des films ripolinés à des entreprises et administrations, a priori sérieuses. Et avec tout ça, ils ont trouvé le temps de créer une installation pour Dream Box, la nouvelle exposition du MIMA. 

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© Ivan Put

Le gogolplex est un nombre qui compte tellement de zéros qu’il est impossible à écrire et qui est plus grand que le nombre estimé d’atomes dans l’univers. Les membres du collectif Gogolplex ont eu le bon sens de se limiter à trois. Pour l’infini, il faut le chercher dans l’esthétique de montage de leurs vidéos où les images se télescopent dans le plus grand désordre apparent. C’est dans un bâtiment industriel à proximité de la place communale de Molenbeek qu’Antoine, Aurélien et Philémon ont établi leur quartier général.

En ce début 2019, leur priorité c’est de boucler l’installation qu’ils présentent au MIMA tout proche dans le cadre de l’exposition Dream Box. « Ce sera un parcours interactif qui joue sur l’angoisse des administrations et de tout ce genre d’endroits où l’on sent la moquette et on ne sait pas pourquoi il faut attendre, » explique Antoine.

Ils n’en diront pas beaucoup plus pour préserver la surprise. Au milieu du désordre qui résulte de la cohabitation dans un même espace avec plusieurs créateurs, une illustratrice et un créateur de bijoux, émergent quelques bornes interactives défraîchies. « On les a récupérées chez Actiris et on les a trafiquées pour les intégrer à notre installation. Le visiteur y répondra à quelques questions et à l’issue de son parcours il recevra en échange une œuvre d’art personnalisée en réalité augmentée. »

Les Gogolplex sont arrivés à Bruxelles, il y a dix ans, avec deux envies, quitter la France et faire du cinéma documentaire. Ils s’étaient rencontrés au lycée de Fessenheim en option cinéma et ils y avaient surtout fait de la théorie. Dès leur arrivée dans la capitale belge, ils ont sorti leurs caméras et réalisé un film sur les services gériatriques de la Clinique Saint-Jean. « On aurait voulu se concentrer sur le documentaire, mais ça n’intéressait pas grand monde, alors on s’est éparpillé dans des expériences visuelles qui font mal aux yeux. »

En mode DIY


Émergeant là où on ne les attendait pas, c’est en clippant la scène rap flamande de Bruxelles que les Français de Gogolplex se sont fait un nom. Comme toutes les belles rencontres, c’est le fruit du hasard. « On avait réalisé un montage de vidéos psychédéliques pour l’Expérience Claude Silver au cinéma Nova. Un des rappeurs de Stikstof est venu nous voir après la projection pour nous demander de leur faire un clip. » Le courant est plutôt bien passé puisqu’ils ont illustré cinq chansons pour la bande à Omar-G et, dans la foulée, pour le collectif Le 77 ou pour le duo féminin Juicy.

Le clip pour 'Ja Dan' de Stikstof par Gogolplex.

Comme de parfaits caméléons, les gogols s’adaptent au sujet et s’amusent à changer d’univers et de style à chaque livraison. Pour chacun des clips réalisés pour Stikstof, ils ont changé de style. « On écoute toujours très attentivement ce que racontent les artistes, mais on ne fait jamais rien de ce qu’ils ont demandé, » s’amuse Aurélien.

Entre les effets graphiques DIY sur Dobberman, les images de caméra de surveillance baveuses sur Gele Blokken et les images à 360 degrés dans le vertigineux clip de Frontal, on ne voit pas trop le lien. « Notre but, c’est de ne pas nous arrêter à une seule technique et de montrer qu’on peut faire beaucoup de choses avec peu de moyens et un matériel basique. Pour Ja Dan, par exemple, on s’est amusé à faire de la 3D mais en lo-fi. Il y a dans beaucoup de clips une tendance au 3D léché. Nous, on trouve ça drôle de montrer qu’on peut le faire avec trois fois rien. »

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Ce serait une erreur de réduire Gogolplex à leur esthétique bricolée, car depuis leurs débuts, ils se sont efforcés d’autofinancer leurs productions. Du coup, à côté de leurs petits films foutraques, ils travaillent aussi sur commande pour des cabinets d’avocats, des entreprises ou des institutions pour qui ils font semblant d’être sages et de ne pas trop faire trembler l’image.

Le clip pour 'Mouldy Beauty' de Juicy par Gogolplex

« C’est ce qui nous insupporte qui nous inspire le plus. On se nourrit de tout ce qu’on fait. Et l’ironie, c’est notre ADN. » On ne peut pas s’appeler Gogolplex sans glisser peu à peu dans une dimension parallèle. Les trois faiseurs d’images ont beau ne pas savoir quelle planète ils squattent, ce n’est apparemment pas celle de l’art. « On a été un peu surpris, et en même temps ravis et honorés, que le MIMA fasse appel à nous. On ne s’est jamais positionnés comme artistes. On veut faire des films documentaires et de fiction et on se retrouve un peu malgré nous dans le monde de l’art contemporain. »

Après Dream Box, les gogols vont prendre le temps d’écrire le scénario de leur premier film de fiction. « On a des idées qui traînent, mais c’est encore très vague », glisse Philémon. « On sait ce qu’on a envie et ce qu’on n’a pas envie de faire. Il y aura de la science-fiction et ça ne rentrera pas dans les schémas trop balisés. » Si on peut se fier aux affiches de films épinglées aux murs de leur repère, on les découvrira peut-être un jour avec d’autres ovnis du festival Offscreen.

DREAMBOX 1/2 > 1/9, MiMa

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