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Léa Belooussovitsch: Aux portes de la perception

Avec les outils de l’artiste, Léa Belooussovitch aiguise notre regard et explore la distance entre le sujet et sa représentation. En dessins et en photos, entre la présence et l’absence, elle dévoile le réel et ce qu’en disent les images qui nous inondent.

Les grands dessins sur feutre de Léa Belooussovitch ont pour titre une ville, un pays et une date. À première vue, les compositions n’évoquent rien de très précis. Des couleurs acidulées et pastels et des formes comme en suspension. Dans cette série, la jeune artiste française établie à Bruxelles, s’est inspirée d’événements violents qui inondent la presse, démultipliés par des photos souvent volées de victimes et de témoins qui ne comprennent pas trop ce qu’ils faisaient là.

Léa Belooussovitch a voulu prendre le contre-pied de ce voyeurisme en gommant de ces images tout ce qui les rattache au réel, pour rendre aux sujets leur anonymat. L’artiste ne reproduit pas ces photos, elle restitue ce qui l’a imprégnée après les avoir beaucoup regardées. Le pouvoir de séduction de ces dessins est renforcé par la technique et le matériau choisi.

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En dessinant aux crayons de couleurs sur des morceaux de feutre industriel, Léa Belooussovitch fait décoller la fibre et crée comme une fine couche de couleur vibrante en suspension entre le regard du spectateur et le support du dessin. L’effacement qui part d’une réflexion sur la violence des images se poursuit dans l’intime et l’introspectif.

Dans sa série Blue wall of silence, l’artiste efface jusqu’à l’absence pour mieux révéler une présence. L’œuvre se présente comme une succession de fardes en plastique bleu comme on en trouve dans toutes les administrations. Chaque farde contient une feuille blanche avec une photo imprimée en haut à gauche. Des photos extraites de vidéos amateurs documentant des bavures policières. Tout semble normal sauf que la victime a disparu, elle a été effacée avec un logiciel de retouche. Il ne reste plus que des policiers engagés dans une étrange chorégraphie, matraque au bout du bras ou mains agrippant le vide.

En effaçant, ce que certains tentent de minimiser ou de nier, elle révèle des événements. Le silence au centre de l’image fait résonner l’indifférence collective. Plus qu’une dénonciation, ces photos retouchées interrogent notre regard sur le monde. Et tout ce que l’on perçoit sans le voir.

LÉA BELOOUSSOVITCH: PERCEPTS > 16/2, Esther Verhaeghe Art Concepts

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