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'Réparation': panser l'impensable

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Dans l’écrin de ses murs finement restaurés, la Maison des Arts de Schaerbeek invite quelques artistes contemporains à sonder nos besoins de réparation. Puisant dans l’intime, le poétique ou l’ironie, leurs réponses rendent nos fragilités plus belles encore.

Réparation est un mot doux et plein d’espoir. On en a tous besoin, la terre, les vivants et les maisons aussi. C’est le thème qui a été choisi pour l’exposition de réouverture de la Maison des Arts de Schaerbeek, après plusieurs mois de restauration.

Les artistes sélectionnés y ont répondu de très belle manière et avec une rare cohérence. Elodie Antoine est présente dans les salons du rez-de-chaussée et de l’étage avec ses sculptures-objets étranges et poétiques. Une boîte à épingles-cerveau, pour mieux se souvenir, des nuisettes brodées pour rappeler que le corps de la femme est parfois un champ de douleurs à réparer.

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Dans le grand salon, Lionel Estève a tendu des voiles diaphanes de tissus colorés autour d’un lustre pour en capter tous ses éclats de scintillance. En ôtant des fils de trame, il fait de la broderie à l’envers pour jouer avec la lumière qui se reflète sur les murs inachevés. Karin Borghouts est revenue dans sa maison d’enfance ravagée par un incendie. Pour contenir la réalité carbonisée qui est tout ce qui reste après la violence des flammes, elle a pris des images d’une grande douceur. Pour apaiser le regard.

Dany Danino a lui aussi connu un incendie, dans sa chair. Le visage qu’il voit dans le miroir lui fait immanquablement penser à ceux des gueules cassées de la Grande Guerre. Par la fluidité de son dessin au bic bleu, il se répare de l’intérieur, se libère de la pesanteur et de la douleur du présent qu’il abandonne à ses traits.

Une assiette cassée, c’est la fin d’un ménage, pour d’autres c’est porter chance à un mariage. Anne Champion s’en fiche, elle recolle les morceaux. Comme un éternel recommencement. Et si réparer, c’était redonner aux objets ce qu’ils n’avaient jamais eu et peut-être mérité ?

En couvrant des objets les plus banals d’un film plastique imitant le marbre, Sébastien Delvaux disrupte avec malice la hiérarchie des objets et des matériaux. Dans sa vidéo en trompe-l’œil, Benoît Felix entre et sort d’une penderie. Les portes glissent, s’ouvrent et se ferment, il cherche sa place dans l’espace. Dans la bibliothèque, Sofie Muller a disposé ses bustes en albâtre sur des coffres métalliques. Il y a des brisures, des lézardes dans la pierre si douce, miroirs des blessures intérieures et de l’usure du temps. Pas besoin de réparer, le regard s’en charge.

RÉPARATION > 28/4, Maison des Arts

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