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William Allen: Good Fish, Bad Fish

Onze score

Le peintre et poète américain William Allen expose pour la première fois à Bruxelles une œuvre qui crée des images à partir des mots. Avec de l’émerveillement, de l’humour et une pointe d’ironie politique.

William Allen aime jouer avec les mots. Il a confiance dans leur pouvoir d’émerveillement et de suggestion. Poète, il a fait des mots la matière première de son travail visuel. Comme deux rivières nées à la même source, son œuvre littéraire et picturale suit des cours différents. Méthodiques et formalistes, ses compositions rassemblent des suites de mots peintes d’une typo soignée sur des panneaux de dimension identiques couverts d’un fond uni de couleur pastel ou à même le mur de la galerie. La pièce qui donne son nom à l’exposition est inspirée pour la forme par un célèbre livre pour enfants du Dr. Seuss où l’auteur jouait d’allitérations et d’énumérations de poissons en tous genres, et pour le fond par une liste fournie par l’aquarium de Monterey avec les poissons durables qu’on peut manger et ceux que l’on déconseille de mettre dans l’assiette.

Réduits à quelques syllabes, à une suite de lettres, les mots sont apprivoisés même si on ne les comprend pas. Ils acquièrent une qualité méditative, hypnotique. Une autre pièce rassemble des espèces animales ou végétales disparues, ou encore des noms de quartiers de New York ou de spécialités culinaires et de produits associés au nom d’une personnalité. Je vous ressers une portion d’Alexander Torte, un Tootsie Roll, une poignée d’Obama O’s ou une Jesus Sausage ?


Trumpismes


L’homme qui se présente avec dérision comme une espèce en voie de disparition, à savoir le socialiste américain, reconnaît avoir été choqué par l’élection de Donald Trump. Il n’a pas voulu y faire allusion dans son travail artistique jusqu’à très récemment. En repensant à l’usage que faisait le président-businessman des surnoms dénigrants attribués à ses adversaires, Allen a commencé à rassembler tous les surnoms qui se rapportent à Trump ou à ses idées. Il s’est vite retrouvé avec plus de 500 noms qu’il a fait apparaître et disparaître dans une vidéo également présentée dans l’exposition.

William Allen ne peint jamais sur toile, il préfère des petits panneaux de métal ou de bois. Pour sa série My friend the Dog il a peint sa liste de races de chiens improbables sur des petits panneaux où sous la couche d’émail étaient inscrites des injonctions intimidantes telles que « No Trespassing » ou « Beware of the dog ». Il n’en reste plus rien. Comme si ces mots soigneusement choisis avaient agi comme un baume apaisant. Si sa poésie peut être sombre et engagée, quand William Allen peint il a envie de créer quelque chose d’agréable à l'œil, de léger et d’humoristique, qui stimule l’imagination. Son amour des listes a un côté encyclopédique, mais s’il emprunte à la science et aux classifications, c’est pour créer des poèmes visuels sans images. « Mon travail est du côté de la vie, du ravissement, de l’ouverture et de l’imagination », résume-t-il.
Ce n’est pas pour rien qu’il cite les haïkus et leur capacité à voyager loin en peu de mots.

WILLIAM ALLEN: GOOD FISH, BAD FISH >30/6, Super Dakota

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