Anima: dans les hauteurs du cinéma d'animation

L’année passée, le festival bruxellois du film d’animation Anima a attiré pas moins de 45.175 spectateurs. Cette année, la programmation riche et variée du festival devrait vous convaincre d’être de la partie. Voici d’ores et déjà dix incontournables. 

1651 Mirai ma petite soeurCineart

Le chagrin du grand-frère

Mamoru Hosoda était voué à devenir célèbre dans nos contrées. Fidèle à lui-même, il fait de l’anime (film d’animation en provenance du Japon) subtil et sage, sans recourir à la violence. Après les perles d'orfèvre Les Enfants Loups, Ame & Yuki et Le Garçon et le Monde, c’est au tour de Miraï, ma petite sœur d’être loué à Cannes. Un film qui parle de l’expansion familiale dans les yeux d’un bambin. Le petit Kun, quatre ans, accueille avec tristesse la naissance de sa sœur Miraï. Las de ne plus recevoir d’attention de ses parents, il enchaîne les bêtises. Mais ils n’ont pas le cœur à plaisanter, ils sont tellement sollicités qu’ils n’arrivent plus à rire du tout. Les jeunes parents et autres personnes se souvenant du quotidien avec des enfants en bas âge reconnaîtront la situation et pourront probablement en rire (ou en pleurer ?). Mais ceci n’est qu’un détail. Ce qui rend ce film merveilleux, c’est qu’il parvient à nous faire entrer dans la tête du petit, jaloux à crever, qui se sent blessé et abandonné. À travers lui, on reçoit une leçon de vie inoubliable, tout en douceur et sans forcer. Grâce au jardin magique, Kun voyage dans le temps et apprend à connaître des versions futures ou historiques des membres de sa famille. Et ces aventures lui font comprendre qu’il n’est pas seul. Le dessin subtil et les détails bien observés et expressifs font de Miraï un film familial pour les fines bouches et âmes sensibles de tous les âges. Et si vous le ratez à Anima, vous aurez encore l’occasion de le voir au cinéma.

1651 ANIMA Le conte de la princesse KaguyaLumiere

Monsieur Ghibli

Outre Pixar et Walt Disney, aucun studio d’animation n’est aussi réputé que le studio japonais Studio Ghibli. Cette réputation leur vient principalement du Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké et autres chefs-d’œuvre d’Hayao Miyazaki. Mais il n’était pas seul. Il a fondé Ghibli avec son frère d’armes, à la personnalité et à la vision très différentes, Isao Takahata (1935-2018). En collaboration avec la Cinematek, Anima organise un hommage à ce maître de sensibilité. Le talent de dessinateur de Takahata était moins virtuose que Miyazaki, mais grâce à cela, il se sentait plus libre et variait davantage les styles, ce qui explique la diversité des classiques qu’il laisse à la postérité. À la première place se trouve Le Tombeau des Lucioles, un magnifique anime à vous toucher l’âme. Takahata y montre la lutte sans pitié pour la survie d’un garçon de quatorze ans et de sa sœur de quatre ans. Peu de films parviennent à montrer avec tant d’émotions les cruautés de la Seconde Guerre mondiale. Les marcheurs pour le climat, quant à eux, iront plutôt voir Pompoko, une joyeuse fable subversive de 1994 dans laquelle des animaux psychédéliques protègent leur forêt contre les pelleteuses des promoteurs immobiliers. Ou d’un tout autre calibre, Princesse Kaguya (photo) sorti en 2013, une espèce de testament artistique auquel Takahata a travaillé pendant huit ans. Dans un style sobre mais poétique, à l’aquarelle, il ressuscite un ancien conte de fées dans lequel une petite fille est trouvée dans une branche de bambou et devient une des princesses les plus appréciées du pays. Son statut s’accompagne malheureusement d’une tragique perte de liberté.

1651 ANIMA Another day in the life

Un autre jour en Angola

Eté 1975. Après une longue lutte pour l’indépendance, l’Angola est déchiré par une hallucinante et sinistre guerre civile à laquelle se mêle la communauté internationale. Une combinaison époustouflante d’images d’archives, de témoignages en direct et d’animation passent en revue une sombre histoire. Another Day of Life se base sur le livre du même nom, dans lequel l’écrivain et journaliste polonais Ryszard Kapuscinski parle de sa tentative de rendre compte de la guerre civile sur place. À ne pas rater si vous avez aimé Valse avec Bachir.

1651 ANIMA Funan

Larmes rouges

Durant la deuxième moitié des années septante, Pol Pot et ses Khmers Rouges ont essayé de faire du Cambodge un état parfaitement égalitaire, engendrant un génocide, des famines, des tortures, du travail forcé et des camps de travail inhumains. Funan, un film d’animation subtil et d’une grande délicatesse graphique, permet de ne pas oublier ce qui s'est passé. Le réalisateur Denis Do se base sur le témoignage de sa mère, qui a survécu à l’horreur intenable au quotidien.

1651 ANIMA The-Tower-Mid Wardi aunt-hanan

Valse avec Wardi

Dans le camp de réfugiés de Bourj-el-Barajneh à Beyrouth, la timide Wardi, 11 ans, se met à explorer l’histoire de sa famille, stimulée par son arrière-grand-père Sidi. Avec la guerre israélo-arabe de 1948, Sidi fut forcé de quitter son village. Depuis, la famille palestinienne vit en exil. Dans The Tower, le Norvégien Mats Grorud combine techniques 2D et animation en argile. En résulte un mélange de la réalité amère d’aujourd’hui et de flash-back des années septante, où aucune solution ne semblait possible. Le scénario est basé sur les témoignages que le réalisateur a récoltés.

1651 ANIMA ce magnifique gateau 2

Un double régal

À la fin du 19e siècle, dans une colonie africaine, cinq personnages très différents vivent des aventures romanesques qui sont bien loin de leur nature. De ce contraste naît une tristesse qui vous noue la gorge. Les touches absurdes mais de bon goût permettent, malgré tout, de digérer Ce Magnifique Gâteau !, un film sombre, lauréat de plusieurs prix amplement mérités. Anima jouera le moyen-métrage à marionnettes du duo Emma De Swaef et Marc James Roels et exposera leurs personnages et décors (dont une réplique des Serres Royales de Laeken). Deux événements à se lécher les babines.

1651 ANIMA
© Lemonade3d

Le top du top

Les habitués d’Anima le savent. Les longs-métrages reçoivent le plus d’attention mais ce sont les courts-métrages qui forment le cœur du festival. C’est là qu’on peut s’attendre aux plus grandes surprises. Les sélections de courts-métrages offrent un aperçu du monde de l’animation et de la diversité incroyable qui y règne. Les sélections sont très strictes. Pour 100 films soumis, seuls les quatre meilleurs sont sélectionnés pour la compétition internationale, et seuls 27 des 109 entrées se retrouvent dans la compétition nationale.

1651 Royal Corgi
© nWave

Enfants admis

Les films d’animation ciblent tous les âges mais ce n’est pas un hasard si le festival Anima a lieu pendant les vacances de Carnaval. L’offre pour les jeunes (des tout-petits aux retraités à la jeunesse éternelle) est royale. Royal Corgi est la nouvelle aventure familiale de nWave, la société d’animation basée à Forest qui a conquis le monde avec Le Voyage Extraordinaire de Samy et Bigfoot Junior. Le Géant de Fer est un classique de l’Américain Brad Birdn (Indestructibles). Ma Vie de Courgette du Suisse Claude Barras est en bonne voie pour devenir un classique. L’embarras du choix, donc.

1651 ANIMA Ernest  Celestine
© Cineart

Sacrebleu

Cette année, Anima vibrera aux couleurs bleu, blanc, rouge. Et ce Focus France est bien mérité. L’industrie de l’animation française s’est développée de façon spectaculaire. On pense à la dizaine de longs-métrages qui sortent chaque année et qui sont très appréciés des connaisseurs et du grand public. Mais c’est avant tout la quantité et la qualité des courts-métrages qui est de bonne augure pour l’avenir. Anima a rassemblé des joyaux, anciens et nouveaux, au sein de quatre programmes. Le Cinéma Palace reprend les longs-métrages couronnés par un César, comme l’irrésistible Ernest et Célestine.

1651 ANIMA The Five Minute Museum
© Ancient Mariner productions, Schattenkabinett

Ville sans soleil

C’est le tableau La Tour de Babel de Pierre Bruegel qui a fourni l’inspiration à l’artiste britannique Paul Bush pour son documentaire expérimental sur l’architecture et l’avenir de la ville de Babeldom. À l’aide d’images issues des grandes villes modernes, il invente une ville tellement massive qui grandit tellement vite que la lumière du soleil ne parvient plus à y pénétrer. Cinéma Galeries a couplé une expo à la sortie du film. Anima passe en revue les œuvres caractéristiques de ce réalisateur qui aime expérimenter avec les pellicules rayées, le stop-motion, le collage vidéo, les gravures et les images trouvées.

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