Le retour de La Trêve: la plus bruxelloise des séries ardennaises

© Ivan Put

Qui n’a jamais cru reconnaître en rue, au café ou dans le métro un acteur ou une actrice de La Trêve ? Notre paparazzi attitré, Ivan Put, a pris sur le vif la bande bruxelloise et son réalisateur, Matthieu Donck, qui remettent le couvert avec une saison 2 pleine de surprises, de rebondissements et de frissons. L’occasion de sonder la part d’imaginaires urbains dans ce Nordic Noir aux accents et décors bien de chez nous. 

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© Ivan Put

La Trêve, un fantasme urbain sur les Ardennes ?» La question semble amuser Matthieu Donck qui se laisse volontiers embarquer dans nos élucubrations de journaliste bruxello-centrée. « C’est vrai que nous sommes des Bruxellois qui écrivons sur les Ardennes. Mais j’y vois une déclaration d’amour à la région, dont le potentiel cinématographique avait été jusqu’à présent sous-exploité », se défend le réalisateur et coscénariste de La Trêve avec Stéphane Bergmans et Benjamin d’Aoust, aka le trio infernal qui avait jadis fait le pari fou de hisser le format de la série télé belge au niveau du septième art.
Ses premières rencontres en territoire ardennais, Matthieu Donck les doit à quelques camps scouts mémorables: « Ce sont les premiers espaces que l’on peut investir seul. Construire une cabane, dormir dans les bois, c’est le début de l’indépendance. Les parents ont moins peur de nous laisser libres en forêt qu’en ville. Je n’oublierais jamais le jour où j'ai croisé des sangliers. »
Dans La Trêve, Donck et ses complices dans le crime exploitent les particularismes de nos contrées reculées pour en faire un haut lieu d’exotisme et de mystère, le décor sur mesure d’une série bien obscure, et bien trash. « Je n’éprouve aucune excitation à filmer la violence », précise l'intéressé. « Mais c'est comme pour la nudité, on ne veut pas la cacher non plus. C'est une série sensorielle, nous voulons que le spectateur ait le sentiment de pouvoir toucher la blessure. » Un polar nordique à la sauce locale qui n’aura pas tardé à taper dans l’œil de Netflix, de la chaîne flamande Canvas et de télés du monde entier.
« La Flandre a été la première à l’acheter et ça m’a fait extrêmement plaisir. La RTBF devrait faire de même avec les séries flamandes. À l’étranger, les gens imaginent les Ardennes comme un Far West, ça leur donne même des envies de voyage. Je crois qu’il y a un ton dans la série qui plaît. C’est une série qui nous ressemble dans la manière de mêler l’humour à quelque chose de très sombre. Avoir une identité, c’est notre force, je crois. »
Pour le spectateur belge, La Trêve dotait la télévision de visages locaux; des acteurs dans des décors familiers que l’on pouvait croiser au détour d’une rue. « Quand les gens me disent qu’ils ont bien aimé La Trêve, j’ai le réflexe, un peu maladroit, de répondre que moi aussi », dit Matthieu Donck en esquissant un sourire. «C’est ce sentiment de partager une identité commune, un peu comme avec Girls in Hawaii ou les Diables Rouges. Sans être nationaliste, c’est bien d’être fier de ce qu’on fait ici chez nous. Par exemple, le talent de l’acteur de théâtre Yoann Blanc (le rôle principal dans La Trêve, NDLR) est désormais reconnu par un très grand nombre de gens.»

 

Dans la saison 2, l’acteur bruxellois est de retour dans les habits de l’anxieux et énigmatique Yoann Peeters. Quatre ans après avoir accepté un poste dans les Ardennes, l’ancien inspecteur, aujourd’hui professeur de criminologie, ne parvient décidément pas à trouver l’apaisement qu’il était venu chercher auprès des sapins et des vaches. «C’était assez évident pour moi que s’il y avait une saison 2, c’était pour continuer à suivre ce personnage », explique Matthieu Donck. « La saison 1 est une immersion dans la tête de Yoann Peeters, dans la saison 2, on plonge encore plus en profondeur. » Avec une nouvelle victime, une nouvelle enquête, un nouveau coupable présumé. Des zones d’ombre, des secrets, des bavures et des magouilles mais aussi du cran, de l’intuition et de la volonté. Si, dans la première saison, La Trêve interrogeait le statut de la victime quand elle incarne la figure isolée de l’étranger, la saison 2 questionne la position de coupable dans toute son ambiguïté et sa détresse.
«Que valent les aveux et ceux-ci font-ils de nous un coupable ?», demande Matthieu Donck. « Pour écrire le scénario de la saison 2, on s’est beaucoup inspiré de l’affaire Patrick Dils, un gars qui avoue un crime qu’il n’a pas commis. Ça semble improbable. Mais si tout le monde autour de vous est persuadé que vous êtes le coupable, et pour peu que vous soyez dans un état psychologique fragile, combien de temps allez-vous tenir avant de vous mettre à penser que vous êtes bien le criminel pointé du doigt? » Réponse à partir de dimanche soir.
 

1637 LA TREVE Yoann Blanc
© Ivan Put

L’inspecteur reconverti
« J’aime beaucoup tourner en décors naturels, » confie Yoann Blanc. « J’ai découvert les Ardennes avec la série, je connaissais très peu ». Les choses ont bien changé depuis que l’acteur bruxellois incarne son homonyme, l’inspecteur Peeters, dans La Trêve, un homme taciturne au regard triste mais d’une persévérance rare. Interné en saison 1, ses entretiens avec une psychiatre révélaient, au fil des épisodes, sa sanglante descente dans les enfers ardennais. « Mon personnage a traversé des moments très difficiles en saison 1, il fallait que ça puisse se ressentir sur la saison 2, » dit Yoann Blanc. « Dans l’écriture, il est un peu différent. Je dirais que c’était un homme en colère dans la première saison, et que là on retrouve quelqu’un qui est face à ses fantômes et à la folie. » Pour se mettre en condition, l’acteur, qui pour les besoins de la première saison était allé à la rencontre d’une psychiatre pour parler psychotropes, est allé trouver des confrères de son personnage, reconverti en professeur de criminologie dans la saison 2: « Je voulais comprendre le parcours de ces professeurs. Ça permet de faire face à une réalité qui n’est pas fantasmée, ça aide à éviter les clichés, » dit Yoann Blanc qui ajoute s’être « surtout inspiré de personnages de fiction féminins pour construire son personnage de policier dans la première saison.»

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© Ivan Put

La transformation de Zoé
« Avant La Trêve, je ne connaissais pas tellement les Ardennes », confie Sophie Maréchal. « Un peu avant le tournage de la saison 1, je me suis rendue dans la région de Libramont pour voir à quoi le personnage de Zoé pourrait bien ressembler. J’ai passé du temps dans les cafés et avec les nénettes qui traînent sur les places avec leur mec en scooter. » Fille de la bourgmestre du village imaginaire d’Heiderfeld dans la saison 1, on se souvient du personnage de Zoé Fischer comme celui d’une adolescente perturbée et malmenée dont les cernes précoces, la teinture rouge délavée et le franc-parler indiquaient qu’elle avait dû grandir bien trop vite. « On s’inspire toujours un peu de soi pour incarner un rôle », explique l’actrice bruxelloise. « à l'époque, j’étais moi-même une ado à problèmes. » Depuis l’affaire Driss Assani dans la saison 1, quatre années se sont écoulées, et c’est en même temps que son personnage que Sophie Maréchal a grandi. « Je pense que les spectateurs ne s’attendent pas du tout à ce que Zoé soit partie dans cette direction-là. En lisant le scénario de la saison 2, j’étais très agréablement surprise car elle reste la même tout en subissant une transformation physique impressionnante. Il y avait tout un nouveau travail d’observation à effectuer, je devais reconstruire le personnage. » Le genre de défi qui attire la jeune femme comme un aimant. « J’adore changer de look. À chaque fois que je tourne un film, je change de teinture et de coiffure. Je change même de parfum! Il y a des acteurs qui se ressemblent dans tous les films, moi j’aime être à chaque fois une personne différente. »

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© Ivan Put

La psy mène l’enquête
« Sur le tournage de La Trêve, les éléments naturels, le vent, le froid, la chaleur, les pieds mouillés, me perturbaient un peu et je m’en suis servie pour nourrir mon jeu », explique Jasmina Douieb. Psychiatre de l’inspecteur Yoann Peeters dans la saison 1, l’actrice bruxelloise incarne un personnage tout en retenue. Une discrétion qui ajoute à l’anxiété et au mystère ambiants. « On ne sait pas très bien d’où elle vient. J’ai construit mon personnage comme une citadine qui avait immigré parce que je ne me sentais pas vraiment de là-bas. » Dans la saison 2, Jasmina Douieb retrouve Peeters, non plus pour sonder ses traumas mais pour le convaincre de l’aider à sauver un jeune patient, dont son instinct lui dicte qu’il est victime d’une effroyable erreur judiciaire. « Dans la saison 1, on sait très peu de choses sur la psy, elle est surtout dans la réception. On ne sait pas très bien ce qu’elle pense parce qu’elle est là pour écouter l’autre. Dans la saison 2, elle est beaucoup plus offensive dès le départ. C’était un vrai défi d’être, d’un coup, beaucoup plus dans l’action. C’est tout à fait une autre manière de jouer. »

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