Trois panneaux pour Frances McDormand

Frances McDormand dans Three Billboards

Une interprétation oscarisée dans Three Billboards: Les Panneaux de la Vengeance a propulsé Frances McDormand à sa juste place : sous les projecteurs. La Cinematek projette les grands films de sa carrière, BRUZZ s’offre trois panneaux d’affichage. Inébranlable et inoubliable. Mais toujours pas une star ? Que se passe-t-il Frances McDormand ?

Pour mettre un homme à terre, John Wayne use de ses poings ou de sa carabine Winchester, Frances McDormand fait pareil avec son regard et ses mots à la charge mortelle et implacablement précise. Pensez au prêtre dans Three Billboards: Les Panneaux de la Vengeance qui se permet de sonner à sa porte pour la sermonner. « When a person is culpable to altar-boy-fucking, or any kinda boy-fucking, then they kinda forfeit the right to come into my house and say anything about me, or my life, or my daughter, or my billboards. So, why don't you just finish your tea there, Father, and get the fuck outta my kitchen ». Voilà comment McDormand règle son compte au calotin. Un simple mouvement de sourcil lui suffit à terrasser un ennemi. Son interprétation d’une mère rongée par le chagrin, la culpabilité et la rancœur qui met un coup de pied aux fesses de la police de Ebbing pour qu’elle retrouve l’homme qui a violé et assassiné sa fille, a valu à McDormand un second Oscar. La Cinematek se penche sur les moments forts de sa carrière, et ils sont nombreux. Mais n’auraient-ils pas dû l’être encore plus ?

Inébranlable et inoubliable
À deux ans, Frances McDormand fut adoptée par une infirmière et un pasteur qui changeait régulièrement de paroisse. Après une formation de théâtre au Bethany College et à l’université de Yale, elle a joué dans diverses pièces de théâtre avant d’être approchée en 1982 par deux frères inconnus. Accepterait-elle de jouer une épouse adultère dans leur film noir et sanglant aux personnages marquants, aux dialogues rythmés et à l’humour sec et intensément noir ? Le nom du film : Blood Simple. Le nom des frères : Joel et Ethan Coen. McDormand a épousé Joel Coen. Ils sont toujours ensemble.

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Frances McDormand dans Fargo

Il lui arrive de plaisanter en disant que si elle a pu jouer dans tant de films des frères Coen, c’est parce qu’elle partage son lit avec l’un d’eux, classez ça dans le registre des mauvaises blagues. L’humour lui va pourtant comme un gant. Dans la comédie loufoque des frères Coen Burn After Reading, elle se tourne en ridicule avec la même aisance que George Clooney. Son interprétation dans le film noir comme la neige Fargo, dans le rôle d’une policière enceinte et sous-estimée en permanence, coincée dans une affaire de kidnapping très étrange, est inoubliable. Ce film lui a valu son premier Oscar.

Sur son CV se trouvent également de nombreux rôles hors mariage qui se soldèrent par un succès. Elle doit sa première nomination aux Oscars à son rôle d’épouse d’un agent de police appartenant au KKK dans Mississippi Burning d’Alan Parker. Dans Secret défense (Hidden Agenda), un thriller politique de Ken Loach, elle joue la partenaire d’un avocat droit-de-l’hommiste assassiné, qui défendait les prisonniers d’Irlande du Nord. Elle appartient aux castings qui ont fait de Short Cuts un classique de Robert Altman et de Moonrise Kingdom un classique de Wes Anderson. Et si vous pensez qu’une conversation téléphonique ne peut être une scène de film époustouflante, écoutez donc le coup de tonnerre avec lequel elle remet la rock star Billy Crudup à sa place dans Presque célèbre (Almost Famous) de Cameron Crowe. Ce qui lui garantira une troisième nomination aux Oscars. North Country accompagne sa quatrième nomination, un film #meetoo datant de 2014 sur des femmes travaillant à la mine qui se battent en justice pour mettre un frein au sexisme et à l’intimidation sexuelle par leurs collègues masculins.

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Frances McDormand dans North Country

Il n’en faut pas beaucoup à McDormand pour marquer les esprits, et c’est un art à ne pas prendre à la légère. Mais le nombre de vrais premiers rôles qu’elle a endossé est bien trop restreint comparé à son énorme talent d’actrice. Il n’y a pas un accent qu’elle ne sait pas faire. Et elle use avec brio de son visage exceptionnellement expressif qui trahit les émotions de son personnage sans devoir les expliquer. Elle n’a aucun problème à se glisser dans la peau de personnages peu attrayants de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle laisse sa coquetterie au vestiaire lorsqu’il le faut. Une évidence que toutes les actrices hollywoodiennes ne veulent ou ne peuvent pas s’autoriser.

Mais toujours pas une star ?
En tant qu’actrice débutante, McDormand s’est beaucoup entendue dire qu’elle était trop vieille, trop jeune, trop grosse, trop maigre, trop grande, trop petite, trop blonde, trop brune, trop à gauche ou trop étrange. Elle en a fait sa marque de fabrique, se disant bien que tôt ou tard on aurait besoin d’une actrice parfaite dans ses imperfections. « Je ne me vois pas comme une star de cinéma et je peux convaincre les gens dans les magasins et dans le métro que je ne suis pas une star de cinéma. Ça s’explique, en partie, par mon apparence et, en partie, par les personnages que je joue. Tout ça est plutôt familier et acceptable », a-t-elle raconté au journal britannique The Guardian en 2001. Elle n’a jamais tourné le dos au théâtre. Elle a d’ailleurs raflé de nombreux prix dans cette discipline également.

Beaucoup d’actrices de sa génération qui n'étaient pas trop vieilles, jeunes, grosses, minces, grandes, petites, blondes, brunes, à gauche ou étranges sont entre-temps tombées dans l’oubli. McDormand fait aujourd’hui figure de leadeuse. Elle a raflé cette année son second Oscar grâce à son rôle dans Three Billboards: Les Panneaux de la Vengeance de Martin McDonagh. Il y a trois ans, elle remportait un Emmy, une variante télévisée des Oscars, pour son premier rôle dans l’éblouissant et tragicomique Olive Kitteridge. La mini-série dirigée par Lisa Cholodenko (Tout va bien, The Kids Are All Right) sur une femme dépressive chronique qui cache sa belle nature et son amour derrière une cuirasse de dureté, de grossièreté et de mauvaise humeur, est née de la propre initiative de McDormand. Elle a acheté les droits du roman d’Elizabeth Strout et a convaincu HBO.

Que se passe-t-il Frances McDormand ?
Voici ce qu’elle a confié au magazine flamand De Standaard : « Aujourd’hui, on n’arrête pas de m’offrir des rôles intéressants. Quand ils ont besoin d’une femme dans la cinquantaine qui a l’air vraie, ils viennent tout de suite me voir, parce que je ne suis pas passée par la chirurgie plastique. O.K., je ne suis pas magnifique, mais je préfère être vraie que belle. La chirurgie plastique a fait de nous une communauté de mutants : on est tous pareils. L’empathie s’évapore parce qu’il devient impossible de lire une émotion sur ces frimousses étirées. C’est une faute de format, que notre société ait décrété que personne ne pouvait avoir l’air d’avoir plus de 45 ans ». Regardez Sandra Bullock dans Ocean’s 8 et vous comprendrez.

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Frances McDormand dans Almost Famous

Comme Mildred dans Three Billboards: Les Panneaux de la Vengeance, McDormand n’a pas sa langue en poche et dit ce qu’elle pense sans se soucier des conséquences. Lors de la monotone cérémonie des Oscars, elle fut, cette année, la seule à mettre le feu en priant toutes les femmes de se lever et de montrer qu’elles ont toutes des histoires à raconter et des projets qui nécessitent d’être financés. En deux mots à peine, elle popularisait la notion d’inclusion rider. Une clause qui donne le droit aux acteurs de se retirer d’un projet de cinéma si l’équipe n’est pas assez diversifiée.

La diversité s’applique à la culture, à la couleur de peau, au sexe mais aussi à l’âge. Il y a trois semaines, l’actrice fêtait ses 61 ans, formulé ainsi dans le Times : « Un ami me parlait de trois stades dans la vie d’une femme : fille - mère - vieille dame. On nous prive de ce dernier stade et je veux le récupérer. La culture de la discrimination fondée sur l’âge nous empêche d’avoir plus de 45 ans. Une femme plus âgée est sage et expérimentée, et se tient prête en cas de besoin. Mais si nous sommes privées de reconnaissance sous prétexte qu’on doit ressembler à des jeunes femmes… c’est une des raisons pour lesquelles notre culture est à ce point immature et inculte. » McDormand a tout pour servir d’exemple en s’adressant, avec toujours plus de résolution, au monde des stars de cinéma et en racontant ses histoires. Attendez donc le prochain Three Billboards: Les Panneaux de la Vengeance et le prochain Olive Kitteridge !

Frances McDormand
> 30/8, Cinematek, www.cinematek.be

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