Kevin Morby, auteur-compositeur spirituel et inspiré

© Barrett Emke

L’ancien bassiste du groupe Woods poursuit son ascension solitaire sur les hauteurs du rock indépendant. Si Kevin Morby n’a pas encore l’âge du Christ, il a déjà enregistré quelques petits miracles. Oh My God, son cinquième album, témoigne ainsi d’une dévotion pour les bons sons. Folk, rock ou gospel, ses nouvelles chansons sont vouées aux louanges.

À une époque, Kevin Morby sillonnait les rues de New York à vélo pour livrer des repas chauds. Aujourd’hui, il parcourt le monde en avion pour délivrer sa bonne parole dans des salles de concert. En quelques années, sa vie a changé. Inspiré par les figures sacrées du rock – de Bob Dylan à Leonard Cohen –, l’artiste confronte à présent sa mythologie personnelle aux croyances universelles. De l’amour à la mort, son cinquième album solo dissèque le rêve américain à la lumière d’une expression tombée du ciel. «Oh My God» recouvre la pochette et les chansons d’un disque imprégné de passion, de piano, de rafales électriques et de chœurs gospel. Une bénédiction.

Quand on intitule son album Oh My God, se prépare-t-on à répondre à des questions sur la religion ?
Kevin Morby : Oui, forcément. Mais je ne me suis pas trop focalisé là-dessus. Car, dans les faits, j’ai utilisé cette expression comme un laboratoire. Fin 2016, suite à l’attentat perpétré à Orlando dans une boîte de nuit LGBT, j’ai composé Beautiful Strangers. Au milieu de ce morceau, il y a un chœur gospel et je répète plusieurs fois « Oh My God ». Ce mantra a servi de matrice au nouvel album.
J’ai toujours utilisé des métaphores religieuses dans les paroles de mes chansons. En cela, je reste fidèle à mon écriture. Sauf qu’ici, ça n’a rien de religieux. C’est juste l’expression favorite des Anglo-Saxons. Aux U.S.A., on dit « Oh My God » pour tout et n’importe quoi. Cette expression couvre une large palette d’émotions. Tout est parti de là.

Depuis vos débuts, la presse compare vos chansons à celles de Bob Dylan. En 1980, ce dernier partageait son engagement religieux dans l’album Saved. Vouez-vous un culte particulier à ce disque ?
Morby : Pas du tout. Je savais que Bob Dylan avait traversé une période de dévotion intense. Mais je n’avais jamais pris le temps d’écouter ce disque avec attention. Il y a peu, j’ai pris conscience de la portée religieuse des paroles. Mais jusqu’alors, cela ne m’avait pas marqué. Musicalement, on peut opérer des rapprochements avec Saved. La présence des chœurs dans les chansons y est pour quelque chose. Mais au niveau du contenu, nos démarches sont fondamentalement opposées… À l’époque, Dylan était à fond dans le délire « born again ». En gros, il avait vécu une sorte de régénération spirituelle. Il s’était repenti de ses péchés et s’était réconcilié avec Dieu. Moi, je suis à des années-lumière de ce trip chrétien.

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© Barrett Emke

Comprenez-vous pourquoi les gens ont besoin de croire en Dieu ?
Morby : Bien sûr. Tout le monde semble avoir besoin de croire en une force supérieure pour légitimer son existence. À travers leurs paradoxes, les religions m’intriguent. D’un côté, une religion permet à ses adeptes de marcher dans le droit chemin. D’un autre côté, certaines dérives extrémistes poussent des croyants à commettre des actes insensés. Dans ma famille, la religion était présente. Plus par tradition que par conviction. Pendant longtemps, je ne me suis posé aucune question. La religion était là, tout autour de moi. À l’école, chez les amis, dans les médias. En quelque sorte, c’était la norme. Et puis, je me suis interrogé pour me forger une opinion. Personnellement, je ne crois pas en Dieu…

Considérez-vous la musique comme une religion ?
Morby : À mon sens, tout peut être religion. Pour certains, ce sont les jeux vidéo. Pour d’autres, ce sera le sport. De nombreuses personnes se réfugient dans la musique pour donner un sens à leur vie. Ils adoptent un comportement proche de la dévotion. Les fans accordent une confiance aveugle à leurs artistes préférés et leur jurent fidélité dans les bons et les mauvais moments…

Si la musique était votre religion, quel serait votre livre sacré ?
Morby : Ma bible personnelle compte plusieurs chapitres importants : les disques de Leonard Cohen, ceux de Nina Simone, de Bob Dylan ou de Townes Van Zandt.

Plusieurs chansons de Oh My God se sont précisées dans les airs. Quelle est la première pensée qui vous traverse l’esprit quand vous prenez place à bord d’un avion ?
Morby : Je ne monte jamais dans un avion avec l’esprit tranquille. Le crash reste une éventualité. Chaque décollage est un terrible moment de tension. Une fois dans les airs, c’est presque irréel : on voltige par-dessus les nuages, on dépasse notre condition humaine. On touche à un truc sacré. Là-haut, je suis en mesure de me réfugier au plus profond de mon être. C’est un état d’esprit que je suis incapable d’adopter par ailleurs.

Sur la pochette de l’album, vous posez à moitié nu sous une icône. Quel est le personnage dessiné sur cette représentation biblique ?
Morby : C’est Sainte Cécile, la patronne des musiciens et des musiciennes. Je l’ai choisie parce qu’elle joue du piano aux anges. Si la musique est une religion, cette image l’illustre plutôt bien. Je m’étais procuré cette icône pour décorer le mur qui se trouve en face de mon piano, dans le salon de ma maison, à Kansas City.

Pourquoi être revenu au Kansas après avoir vécu à New York et Los Angeles ?
Morby : Déjà, la vie y est beaucoup moins chère. Ensuite, quand je rentre à la maison après deux mois de tournée, je suis réellement seul et au calme. En vieillissant, je constate que mon rapport à la ville a changé. Avant, j’accordais beaucoup d’importance à l’énergie citadine. Aujourd’hui, je n’imagine plus vivre à New York ou Los Angeles. J’aime ces endroits. Mais habiter là-bas, ce n’est plus possible pour moi. J’ai besoin de ma tranquillité.

En concert, vous endossez toujours un costume de scène. Avez-vous prévu une nouvelle tenue pour la tournée qui passe cette semaine par Bruxelles ?
Morby : Tout à fait. J’ai prévu de porter un costume conçu par mon amie Judith Rothman-Pierce. Elle a lancé la marque vestimentaire Rusty Cuts. C’est elle qui a réalisé mes tenues pour les deux dernières tournées. Quand je monte sur scène, c’est comme si je partais au travail. Et je ne peux pas y aller dans mes habits de tous les jours. J’ai vraiment besoin d’un costume original pour transcender mes chansons en public.

> Kevin Morby. 14/6, 19.00, Ancienne Belgique

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