Figure emblématique d’un rap francophone massivement plébiscité, Lomepal met sa sensibilité à l’épreuve d’un deuxième album dédié à sa grand-mère. Entre questions existentielles et hédonisme, le complice de Roméo Elvis se raconte en musique. 

Etape cruciale dans une carrière musicale, l’escale qui mène au deuxième album met de nombreux artistes sous pression. Car, souvent, il faut confirmer les promesses, affirmer un statut et, surtout, éviter le crash en plein vol. Auteur d’un premier Flip d’anthologie, Lomepal mesure à présent l’ampleur de sa popularité à l’aune d’un disque perforé d’histoires d’amour avortées et autres annales familiales foudroyées par la folie. Plus à l’aise du côté obscur de la force qu’auprès des artifices de la célébrité, le Français lève le voile sur Jeannine, un deuxième acte de haute volée. À la fois romantique et désenchanté, le rappeur-skateur dissèque sa vie et son succès dans des morceaux partagés aux côtés d’Orelsan, Philippe Katerine ou des copains bruxellois, les incontournables JeanJass et Roméo Elvis. Toujours sur la brèche, Lomepal évoque sa passion pour le rock et exhibe ses failles émotionnelles avec un sens du flow jamais pris en défaut.

Lomepal
© Viktor Vauthier

Sur Jeannine, vous exploitez le thème de la folie. Comment cette idée a-t-elle vu le jour ?
Lomepal : En concert, quand les gens sont chauds, je leur dis souvent : « C’est beau, la folie ! ». À force de répéter cette petite phrase, je me suis demandé ce qu’elle voulait dire. Au final, j’ai compris que c’était l’expression d’un ressenti : l’envie de vivre les choses à fond. Mais je me voyais mal intituler l’album C’est beau, la folie. Alors, je l’ai appelé Jeannine. C’était le prénom de ma grand-mère qui, dans son genre, incarnait bien la démence.

Faites-vous allusion à son cas dans l’album ?
Lomepal : Oui, j’en parle dans le morceau Beau la folie. Ma grand-mère a vécu dans une secte pendant des mois, avant de partir faire le tour du monde à pieds nus. Elle est aussi passée par un hôpital psychiatrique. À côté de ses délires, c’était une femme forte et poétique. Elle était habitée d’une incroyable rage de vivre. Elle voulait changer le monde. Alors, elle partait nourrir des enfants en Inde et participait à de nombreuses actions humanitaires. Elle est décédée quand j’avais neuf ans. Je l’ai surtout connue via les histoires de ma mère. Sur mon premier album, je parlais de mon adolescence. Cette fois, je me raconte à travers mon bagage familial.


L’écriture de Jeannine a débuté à Rome. Une façon de revenir sur la terre de vos ancêtres ?
Lomepal : En quelque sorte. À l’état civil, je m’appelle Antoine Valentinelli, mais je ne connais rien de l’Italie. Pourtant, mon arrière-grand-père était un violoncelliste vénitien. Il a rencontré son épouse du côté de Saint-Tropez, et me voilà Français. Partir à Rome, c’était un clin d’œil à mes origines et un prétexte pour bosser au calme.

Est-ce plus facile d’être inconnu à Rome que célèbre à Paris ?
Lomepal : Même à Rome, des gens m’arrêtaient dans la rue. Je vis ces moments comme des micro-malaises d’une minute. Pour les fans, la rencontre est un instant incroyable. Alors que pour moi, c’est la routine. Ce décalage est cruel. Il me met terriblement mal à l’aise. À Paris, j’essaie de vivre avec cette célébrité. C’est compliqué. Parce que ça implique de trouver un juste milieu…

Sur scène, vous reprenez Someday de The Strokes. C’est une influence ?
Lomepal : Quand j’écoute leurs trois premiers albums, je me dis que c’est exactement ce que je veux faire. Sur le papier, ça n’a pas l’air d’être un groupe pour moi. Pourtant, c’est tout ce que j’aime.

Le rock est aussi présent sur l’album à travers le titre Dave Grohl. Que représente-t-il pour vous ?
Lomepal : Ce morceau parle de ma vie sentimentale. Je voulais faire une métaphore avec les battements du cœur. Parmi les grands batteurs de l’histoire, le nom de Dave Grohl me semblait incontournable...

Plusieurs titres du disque cultivent le mythe de l’amour impossible...
Lomepal : C’est que la popularité a méchamment chamboulé ma vie amoureuse. Avant, mes émotions étaient simples. Quand j’étais attiré par une fille, je me donnais à fond pour la séduire. Une fois en couple, je ne me posais aucune question. Je profitais simplement de l’instant. Désormais, je multiplie les conquêtes sans m’investir. Parce que je ne sais jamais si l’autre m’aime pour ce que je suis ou ce que je représente. Alors, j’enchaîne les relations éphémères. Je tourne en boucle en ressassant les mêmes histoires à des filles différentes. C’est moche. Le pire ? C’est qu’on ne veut jamais être seul…

Roméo Elvis chante avec vous sur 1000°C. Selon une rumeur persistante, vous avez un projet ensemble. Où en est-il ?
Lomepal : Notre duo devait s’appeler… 1000°C. C’est pour cette raison que nous avons choisi de mettre ce titre sur le morceau. C’est un clin d’œil : une façon de tourner la page. Le seul morceau abouti de cette période, c’était Billet. Un titre qui s’est finalement retrouvé sur mon premier album. Si nous trouvons le temps de monter un projet ensemble à l’avenir, on repartira d’une page blanche.

L’autre invité bruxellois, c’est JeanJass. Il chante sur X-men, mais sans Caballero…
Lomepal : Je voulais faire un morceau avec JeanJass. Caballero était sur l’album précédent. Cette fois, il a supervisé la production de Jeannine en me donnant des conseils. Caballero et moi, nous n’avons pas besoin d’un featuring pour nous entendre. Entre nous, c’est plus que de l’amitié. Je le considère comme mon frère. Caba, il dort chez moi. Même quand je ne suis pas là.

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