Moya Michael: "Je voulais interroger ma brunitude"

La danseuse et chorégraphe Moya Michael inaugure sa série Coloured Swans avec un solo imprégné de l’univers provocateur de l’artiste Tracey Rose et habité par des ancêtres sud-africains communs. Où a-t-elle puisé son inspiration ? 

 

Moya Michael

« Un jour, alors que je regardais des ballets sur You Tube, l’algorithme m’a dirigé vers Le Lac des Cygnes et puis vers le solo Black Swan. Une des nombreuses vidéos montrait une ballerine noire sud-africaine en cygne noir, rejointe par une danseuse blanche en cygne blanc. Je trouvais la scène trop comparative. Ce voyage sur You Tube m'a donné envie de créer Coloured Swans. Une série de collaborations artistiques qui aborderait le multiculturalisme, l’« entre-deux-isme » et la « brunitude ». Je voulais questionner l'institutionnalisation de ma couleur. En Afrique, pendant l'Apartheid, j'étais classée parmi les Coloureds. Il m'est arrivé pendant des spectacles que des gens quittent la salle parce que des danseurs de différentes couleurs de peau se produisaient ensemble. Lorsque je suis arrivée en Europe (Moya Michael a étudié la danse au P.A.R.T.S, la prestigieuse école d’Anne Teresa De Keersmaeker, NDLR), je ne correspondais pas aux stéréotypes de l'Africaine. Parallèlement, on me renvoyait à mon exotisme. Vous voulez sortir de la catégorie qu'on vous assigne mais vous ne savez pas vous-même qui, ni quelle artiste, vous êtes. »

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« C’est l’image de ce bushman Khoïsan et sa peau ridée par le soleil, qui ont attiré mon regard dans la librairie. J’ai acheté Affluence without Abundance: The Disappearing World of the Bushmen juste avant de me rendre en Afrique du Sud avec l’artiste Tracey Rose, avec qui je partage des origines et une réflexion communes, pour présenter notre première version de Coloured Swan 1: Khoiswan au milieu d’un parc rural. Dans son livre, l'anthropologue James Suzman raconte le contact des Bushmen avec la modernité. Mon solo est aussi un voyage à la rencontre de mes origines Khoïsan. Savoir d'où je viens m'aide à dépasser les catégories qui me collent à la peau. Le peuple Khoïsan a longtemps été isolé et moqué par les colons. Aujourd’hui, ils se battent pour la reconnaissance de leur identité et de leur patrimoine. J’appartiens à ce peuple et ma démarche est, quelque part, similaire. »

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« Kezia, ma fille de sept ans, m’inspire énormément. Qui l’eût cru, j'ai épousé un Belge et ma fille est donc métisse. Je pense tout le temps à elle parce qu’elle va grandir dans ce monde en délire et faire face au racisme. Car, quoi qu’on en dise, la couleur noire conserve une connotation négative. Ça me rend triste de penser qu’elle va devoir traverser ces mêmes obstacles et que les questions de discrimination sont toujours d’actualité. Aujourd’hui, les parents noirs doivent expliquer à leurs enfants comment marcher et se comporter en rue. C’est difficile d’être optimiste. J’espère qu’en voyant mon spectacle, Kezia me demandera ce que je fous (rires) et qu'une réflexion naîtra. »

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