Han Bennink : Outsider revendiqué

Han Bennink

La sagesse, c’est d’abord la connaissance de soi. Et c’est pareil pour Han Bennink, toujours fier de son statut d’outsider à l’âge de 75 ans. Pas étonnant que Les Ateliers Claus l’aient invité pour une résidence où, comme à son habitude, il jouera de la batterie avec tout ce qui lui tombe sous la main.

Han Bennink s’apprête à se produire à Bruxelles en compagnie du guitariste blues Roland Van Campenhout, de son trio avec le saxophoniste et clarinettiste Joachim Badenhorst et le pianiste Simon Toldam, et de l’orchestre renommé ICP. D’ici là, le thermomètre devrait afficher quelques degrés supplémentaires. Mais à l’heure où nous lui passons un coup de fil, sa demeure située dans la charmante province néerlandaise de la Drenthe est toujours « glaciale ».

Même si la vue sur le jardin est splendide, nous dit-il. En plus d’être le batteur le plus célèbre et le plus obstiné des Pays-Bas, Hendrikus Bennink est un amoureux des oiseaux notoire. « On a ici des mésanges bleues, des mésanges charbonnières, des mésanges noires, des mésanges à longue queue, des bouvreuils, des troglodytes, des rouges-gorges, des pies et, oui, aussi des geais flamands ! Allô ? De vrais voleurs ceux-là. Vous vous imaginez dans quel Eldorado je vis? ».

1608 Han Bennink
© Jelmer de Haas
| Han Bennink

Le titre de ses albums et ses collages artistiques, où surgissent régulièrement des oiseaux et des lièvres, trahissaient déjà son intérêt pour la nature, où tout est plus primitif et plus instinctif. Jeune, il avait l’habitude de faire des allers-retours dans son grenier entre sa table de dessin et sa batterie, ce qui lui a valu une exposition à l’âge de 75 ans au Musée Kranenburgh en Hollande. « C’est un grand musée. Je me sentais honoré. J’ai de la peine à dire ‘oui, je suis à la fois batteur et artiste’. C’est trop lourd à porter, comme si je devais me comparer à toutes ces pointures belges, comme Raveel et Claus. »

« Des atlas fantaisistes avec des objets trouvés », c’est comme ça qu’il nommera plus tard son art outsider fait de découpages et de collages. Une marque de fabrique que l’on retrouve dans la puissance intuitive de son jeu de batterie qui fut, bien entendu, au centre des festivités l’an dernier, d’autant plus que l’Instant Composing Pool soufflait ses cinquante bougies. L’orchestre que Bennink a mis sur pied en 1967 avec le saxophoniste Willem Breuker et le pianiste Misha Mengelberg s’est hissé cette dernière moitié de siècle en label de qualité pour l’improvisation libre.

Le départ de Breuker (en 1974) et le décès de Mengelberg l’année dernière ne l’ont pas empêché de poursuivre ses activités. « J’ai sélectionné chacun des musiciens de l’orchestre à l’exception d’un seul. Faire les choix moi-même me paraît toujours être la meilleure option, qu’il s’agisse des line-ups, des concerts ou des posters. »

Il fait référence à son récent travail comme curateur de l’éclectique festival de musique à Utrecht Le Guess Who?, où, en novembre, il est monté sur scène pas moins de sept fois pour jammer avec des musiciens de tout poil. À Bruxelles, le musicien blues Roland Van Campenhout est l’invité qui sort du lot. « Oh, mais lui, je le connais depuis longtemps vous savez. Amai, quel oiseau rare. Il est issu d’une tout autre discipline, mais je me sens lié à lui. J’ai un jour réalisé un disque avec Sonic Youth, et la semaine où j’ai enregistré un CD avec le pianiste jazz Cécil Taylor, je me produisais avec Percy ‘When A Man Loves A Woman’ Sledge! » « Il ne te juge pas sur ta discipline ou sur ton genre », a dit un jour du batteur le guitariste Thurston Moore. « C’est vrai » acquiesce Bennink. « Mais ça ne veut pas dire que les disciplines doivent se heurter sur scène. Je ne suis pas contre un cloisonnement musical ». Bennink établit sa setlist une fois sur place seulement, et ce sera pareil à Bruxelles. « Ça maintient l’excitation ».

Merde volante sur papier blanc
« Je suis content de ne pas savoir lire la musique, parce qu’au bout d’un moment, vous finissez toujours par entendre le bruissement du papier ». Lors d’un passage remarqué en prime time sur la télé néerlandaise, il a même traité les notes sur la partition de « merde volante sur papier blanc ». Son aversion pour le solfège et toute autre tentative de le forcer dans un carcan artistique remonte à son plus jeune âge. « Je suis soit très bon, soit lamentablement mauvais, et c’est là que naît le dégoût. C’était déjà comme ça à l’école: il ne fallait pas me parler d’algèbre ou de géométrie, mais quand il était question de nature, de géographie, d’histoire ou des langues, là je répondais présent. J’ai bien essayé vous savez. Je courrais avec le livre de méthode de batterie de Gene Krupa et deux baguettes sous le bras, comme tous les jeunes batteurs. Mais je n’ai jamais dépassé la première page du bouquin. Au début de ma carrière, j’ai accepté des concerts dangereux, comme celui avec le grand Golden Gate Quartet. C’était de la débrouille. Mais aujourd’hui je peux jouer les yeux fermés avec tout le monde sans ces feuilles tachées de merde d’oiseau. Le fait d’être arrivé aussi loin, en me fiant toujours à mon intuition, tout en restant dans le camp des outsiders et des alternatifs, ça, j’en suis plutôt fier ».

> HAN BENNINK. 28 > 30/3, Les Ateliers Claus

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