Bill Callahan: le premier jour du reste de sa vie

Bill Callahan© Hanly Banks Callahan

Au carrefour d’un folk rural et d’un blues rugueux, Bill Callahan refait surface après une pause carrière de six ans. Entre mariage et enterrement, naissance et résurrection, le chanteur met sa vie en musique : un trip mystique, mais toujours aussi élégant.

À un moment de l’histoire, le ténébreux Bill Callahan se planquait sous le nom de Smog, faux groupe et véritable point de repère pour tous les amateurs de rock bancal et boisé. À l’orée de la country, le dandy à la voix de crooner charmait alors les foules et séduisait les filles – de Cat Power à Joanna Newsom – sans jamais trop en dire sur lui. Secret dans ses chansons, discret dans la vie, l’artiste reprenait finalement son identité. Depuis 2007, Bill Callahan avance en effet à visage découvert. Désormais marié et jeune papa, il poursuit sa quête d’authenticité à travers les chansons du récent Shepherd in a Sheepskin Vest. Imaginé entre les doutes et la peur, ce nouvel album touche à l’extraordinaire avec un sens affûté de la beauté.

Jusqu’en 2013, votre rythme de production était soutenu. Tous les deux ans, un nouveau disque voyait le jour. Cette fois, il a fallu six ans pour concevoir le nouveau Shepherd in a Sheepskin Vest. Comment expliquez-vous ce long délai de livraison ?
Bill Callahan : La vie m’a imposé un nouveau rythme : je suis devenu papa et je me suis marié. Ces deux événements ont sérieusement chamboulé le cours de mon existence. Au lendemain de la naissance de mon fils, je suis devenu père à plein temps. Physiquement et mentalement, je n’étais pas dans les bonnes conditions pour travailler sur de nouvelles chansons. Et puis, surtout, je n’avais pas le temps de m’y consacrer pleinement. Pendant de longs mois, j’étais complètement déconnecté de la réalité…

Dans les premiers instants du nouvel album, il y a la chanson Writing. Avez-vous éprouvé des difficultés à écrire ces dernières années ?
Callahan :
Entre le bébé et le mariage, j’ai eu l’impression de devenir une autre personne. Musicalement, je ne parvenais plus à extérioriser mes émotions. Comment rassembler mes sentiments dans un ensemble cohérent ? Le matin, je me levais avec l’envie de faire de la musique. J’étais motivé, plein de bonnes résolutions. Puis, mon gosse se réveillait et là, tout me semblait compliqué. L’écriture me demande de la concentration. Or, ces dernières années, les fondations sur lesquelles reposaient mes convictions se sont fissurées. J’ai remis en question tout ce que je pensais savoir. J’ai dû me reconstruire. Faire table rase. Imaginer d’autres façons de me projeter à travers les chansons. Aujourd’hui, je me sens en mesure d’assumer mes différents rôles sociaux. Je m’assume enfin en tant que mari, père et

Par le passé, les paroles de vos chansons étaient assez cryptiques. Désormais, à l’écoute d’un titre comme Watch Me Get Married, le parallèle avec votre vie personnelle semble évident. Est-ce plus facile pour vous, à 53 ans, de partager votre intimité ?
Callahan :
Bien sûr. Pourquoi ? Parce qu’être marié et devenir père, ce n’était pas dans mes plans. Même si j’avais déjà envisagé cette probabilité, j’étais incapable de me projeter... Aujourd’hui, mes perspectives ont changé. Ma vie est fondamentalement différente. Je ne peux pas l’ignorer dans mes chansons. Je me vois mal simuler une vie folle et sauvage... Faire transparaître ma réalité dans les chansons, c’est un gage d’honnêteté. Au début, je voulais faire comme si de rien n’était en écrivant sur d’autres choses. Mais je n’arrivais à rien. Finalement, j’ai compris que Bill-Callahan-le-chanteur devait également être marié et avoir un enfant. C’était la seule façon de faire quelque chose de valable.

Après une coupure de six ans, quel était votre état d’esprit à l’heure d’attaquer un nouveau disque ?
Callahan :
Rien qu’à l’idée de me retrouver en studio, j’étais terriblement anxieux. Paradoxalement, j’avais vraiment envie d’enregistrer de nouveaux morceaux. Du coup, j’ai un peu précipité les choses. Habituellement, quand je commence à travailler sur un album, j’ai déjà une idée bien précise de ce que je veux faire. Cette fois, je suis arrivé sans vision préconçue. J’étais un peu paumé. Ma maison de disques m’a alors conseillé de prendre mon temps...

Au point de départ, Shepherd in a Sheepskin Vest devait être un album en mode guitare-voix...
Callahan :
Effectivement. Je voulais enregistrer un album paisible. Plus que d’habitude encore. J’ai donc commencé à travailler tout seul avec ma guitare acoustique. Mais comme j’avais le temps, je l’ai pris. Dans l’intervalle, j’ai compris que certains titres méritaient des arrangements. Surtout, je n’avais plus envie d’être seul dans le studio. J’ai donc invité d’autres musiciens à me rejoindre. J’ai sensiblement modifié mes habitudes. Par le passé, si je décidais de me lancer en solitaire, j’y allais jusqu’au bout. Cette fois, j’ai fait un compromis. J’ai accepté de bifurquer en cours de route. C’est tout nouveau pour moi.

Vos nouvelles chansons sont bien plus courtes qu’autrefois. Pourquoi changer de format ?
Callahan :
Sur les précédents Apocalypse et Dream River, j’étirais la narration. À chaque disque, je poussais le bouchon un peu plus loin. Mes morceaux devenaient de plus en plus longs. À un moment, j’avais même envisagé d’enregistrer un titre de 22 minutes. Mais récemment, j’ai revu ma copie. J’ai abordé la création sous un autre angle : j’ai réduit la voilure et proposé davantage de compositions. Je vois ce nouvel album comme un film. Shepherd in a Sheepskin Vest parle de moi aujourd’hui, mais il est entrecoupé de flash-back.

Un des nouveaux morceaux s’intitule 747. Ce chiffre est généralement associé à la firme Boeing. Doit-on y voir un rapport à l’avion ?
Callahan
: Oui et non. Le truc, c’est que je fais des rêves récurrents avec des Boeings 747 dedans… En réalité, cette chanson parle de la vie et de la mort. Avant de l’enregistrer, j’ai traversé des émotions extrêmes. Mon fils est né en mars 2015. Ma mère est décédée d’un cancer en mai 2018. Pour mettre mes sentiments en musique, j’ai utilisé une métaphore aéronautique. Car, quand je suis dans un avion, que le soleil passe par les hublots entre ciel et terre, je me sens à la fois tout proche de la vie et très près de la mort. C’est une impression étrange. Chez moi, ça marche à chaque fois...

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