interview

Black Francis des Pixies: « J'aime la stabilité »

Pixies

De retour dans l’actualité avec l’album Beneath The Eyrie, les Pixies lustrent leur légende sans trop frotter. Fidèle à l’esprit du groupe, le disque met ainsi de l’électricité au cœur de l’action avec humour et dérision. Chef des opérations, Black Francis s’apprête aujourd’hui à secouer Forest National. Cela valait bien quelques mots d’explication.

Le statut des Pixies n’est pas simple à gérer. Comment répondre aux attentes quand on a été le meilleur groupe du monde ? De 1986 à 1991, le gang de Black Francis a, en effet, tutoyé les sommets du rock alternatif avant d’imploser en plein vol. Reformé après dix ans d’absence, le groupe est parvenu à surmonter les tensions le temps d’une tournée. Puis, Kim Deal est retournée à ses Breeders, laissant la basse à Paz Lenchantin (A Perfect Circle, Queens of The Stone Age). Depuis ce changement de personnel, le groupe a célébré l’anniversaire de l’album Surfer Rosa (1988) et revisité son passé à travers de nouveaux disques. Troisième essai post-reformation, Beneath The Eyrie souffre encore des comparaisons. Reste que si les nouvelles compos rappellent des mélodies d’autrefois, les bonnes chansons sont là (On Graveyard Hill, St. Nazaire). De quoi planter le décor : en 2019, le groupe américain écrit son histoire sans jamais brader sa légende.

Suite au départ de Kim Deal, en 2013, vous avez confié la basse à Paz Lenchantin. Son intégration au sein des Pixies a-t-elle été facile ?
Black Francis : Facile, c’est un grand mot. Avec le batteur David Lovering et le guitariste Joey Santiago, nous sommes comme de vieux frères. Notre petite famille a dû s’adapter à l’arrivée de Paz. Mais aujourd’hui, nous la considérons vraiment comme notre petite sœur.

Paz Lenchantin a donc dû trouver sa place. Aujourd’hui, elle participe pleinement aux enregistrements des Pixies. Peut-on parler d’un processus démocratique ?
Francis : Les journalistes utilisent souvent le mot « démocratie » pour symboliser notre dynamique. Les médias utilisent-ils aussi cette métaphore pour évoquer l’organisation des autres groupes ? J’ai parfois l’impression d’être à l’origine de cette comparaison. Alors que, dans les faits, ça ne colle pas réellement à notre mode de fonctionnement. À un moment, j’arrive avec des idées de morceaux et je les soumets aux autres. Si tout le monde est d’accord, c’est validé. Mais il y a des choses que je valide moi-même. Quand je suis persuadé du bien-fondé d’une décision, je passe à l’action. Car, depuis toujours, c’est moi qui donne l’impulsion. J’écris les chansons. J’indique la direction à suivre. Ce n’est pas spécialement démocratique.

Avez-vous changé votre façon de travailler à l’heure d’aborder le nouveau Beneath The Eyrie?
Francis : Pas vraiment. Même si l’écriture diffère un peu d’un album à l’autre. Quand j’écris de nouveaux morceaux, je soupèse mon sac à dos. Je sais ce qu’il y a à l’intérieur. J’ai conscience du passé des Pixies. Cela influence sensiblement ma méthode de travail. Ce n’est jamais un changement radical. Mais il y a toujours un léger virage. Beneath The Eyrie ne fait pas exception à la règle.

Avez-vous pris du plaisir durant les sessions d’enregistrement de ce nouveau disque ?
Francis : Bien plus que sur le précédent Head Carrier. Celui-là n’était pas une sinécure. La situation était vraiment inédite. Kim (Deal) n’était plus là. Suite à son départ, nous sommes partis à la recherche d’une nouvelle bassiste. Dans le même temps, nous avions lancé les bases du disque avec un nouveau producteur. Il fallait donc mettre en place une nouvelle dynamique entre cinq personnes. À présent, nous avons trouvé nos marques et tout est bien plus cool.

Comme sur le précédent essai, le producteur Tom Dalgety (Ghost, Royal Blood, Rammstein) opère à la technique. C’était important de repartir avec la même équipe ?
Francis : Oui. Parce que j’aime la stabilité. Quand je rencontre une personne que j’apprécie, je n’ai pas envie de la remplacer du jour au lendemain. Avec les Pixies, nous avons toujours été honnêtes. Nous n’avons jamais fait semblant ou cherché à être autre chose que ce que nous étions. Si nous sommes encore là, c’est parce que nous sommes droits dans nos bottes. Nous faisons confiance aux gens. Ceux qui bénéficient de cette confiance s’en rendent compte assez vite...

Sur l’album, vous affirmez votre penchant pour les mélodies nerveuses et bien secouées. On touche d’ailleurs au meilleur des Pixies sur le morceau St.Nazaire. Que vous évoque cette ville ?
Francis : Déjà, elle me fait penser à Tom Waits. En découvrant la ville, son port et ses bateaux, j’ai tout de suite songé à lui. Il devrait écrire un album là-bas. Moi, j’y suis resté une journée avec mes enfants. Nous avons observé l’océan et visité la base sous-marine construite par les nazis. J’ai enregistré beaucoup d’informations ce jour-là. Je me suis posé énormément de questions aussi. J’aime l’atmosphère de Saint-Nazaire, son aspect à la fois maritime et industriel. Je ne pourrais jamais vivre là-bas. Mais si je devais noyer ma solitude dans l’alcool pendant une année sabbatique, ce serait l’endroit idéal.

Les Pixies sont souvent cités en référence par d’autres artistes. Pour votre part, quel est le groupe qui vous a donné envie de jouer de la guitare ?
Francis : La première chanson que j’ai réussi à jouer, c’était As Tears Go By des Rolling Stones. J’adorais ce morceau. Je le connaissais sur le bout des doigts. Paradoxalement, je serais incapable de le rejouer aujourd’hui.

Votre groupe est apparu en 1986 dans les bars de Boston. Trois décennies plus tard, quel rapport entretenez-vous avec l’industrie musicale ?
Francis : Aujourd’hui, les musiciens ne sont plus obligés de vendre des disques pour vivre. En revanche, ils doivent absolument jouer des concerts. À la fin des années quatre-vingt, les disques se vendaient bien. Mais de nombreux intermédiaires se servaient dans la manne. Si bien qu’il ne restait pas grand-chose dans la poche des musiciens. En ce sens, je préfère la situation actuelle. Elle est bien plus transparente. Avant, les maisons de disques tenaient les artistes en otage. À présent, les labels vendent moins d’albums. Dès lors, ils se montrent beaucoup plus coopératifs. Du coup, le pouvoir de décision des groupes est plus important.

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