Passerelles entre art et B.D.

(© Antonio Seguí & Ever Meulen)

Ils sont quatre-vingt. 40 artistes contemporains et 40 dessinateurs de bandes dessinées à s’être emmêlé les pinceaux, les pastels et les crayons dans des oeuvres réalisées à deux et présentées à Bruxelles dans l’exposition Quelques instants plus tard, après Paris, Angoulême et Perpignan.


Dans le numéro 1392 du journal de Spirou du 17 décembre 1964, Pierre Vankeer et le dessinateur Morris initièrent une rubrique qu’ils intitulèrent Neuvième Art. Il s’agissait pour eux d’une façon de faire entrer la B.D au musée. Depuis lors, la bande dessinée a gagné ses galons en terme de reconnaissance artistique. Les grands auteurs sont reconnus comme artistes à part entière, des expos d’envergure ont eu lieu dans des musées prestigieux, et dernière évolution, les « petits mickeys » commencent à se faire une niche dans le marché de l’art. Même si les Warhol, Lichtenstein, Erró (et bien d’autres) ont abondamment puisé dans l’imagerie des comics, les deux univers s’estiment mais se fréquentent peu. Directeur de la galerie Petits Papiers, Alain Huberty a eu envie de brouiller les frontières en invitant une quarantaine d’artistes contemporains et une quarantaine de dessinateurs de B.D. à créer deux oeuvres ensemble. Une rencontre attendue des deux côtés. « Beaucoup d’auteurs actuels de bandes dessinées sont passés par des écoles où ils ont été initiés à l’art contemporain et beaucoup d’artistes, de leur côté, sont touchés par la B.D., dans laquelle ils ont baigné pendant l’enfance. » 

Le pouvoir d’attraction de l’Art
Ce n’est pas la peine de chercher une quelconque unité de thème ou de format, les artistes des deux disciplines ont eu carte blanche. Au milieu de cette réjouissante diversité, une première constatation saute aux yeux : ce sont surtout les dessinateurs de B.D. qui ont été vers la peinture et non l’inverse. Comme si le pouvoir d’attraction de l’art avec un grand A l’emportait naturellement. Seule exception : Ben Vautier, niçois d’adoption, qui se dessine dans la B.D. d’un autre niçois, Edmond Baudouin, pour sept planches d’une balade érotico-philosophique sur les traces d’une belle inconnue. Le résultat de ces rencontres artistiques transdisciplinaires ne pouvait que déboucher sur des collages plus ou moins fusionnels en fonction des circonstances. Peintre, homme de théâtre et de performance, Ricardo Mosner a porté son choix sur Killoffer, pilier de l’Association, avec qui il partage un même goût pour les références littéraires et les carambolages dadaïstes. « On a fait chacun ce qu’on fait régulièrement, mais on l’a fait ensemble. » résume l’Argentin. Dès le départ, les deux artistes se sont donné quelques contraintes : ils allaient travailler en noir et blanc sur un long panoramique. « A l’époque, je lisais L’Enfer de Dante, qui m’a semblé une thématique intéressante. » reprend Mosner. « Dans l’atelier, c’était un vrai ping-pong, chacun réagissait à ce que l’autre faisait, parfois pour se venger » sourit-il. « Au bout du compte, il y a une cohérence graphique et narrative, même si on reconnaît l’intervention de chacun. C’est un vrai travail à quatre mains. »

(© Marc Giai-Minier & Loustal)

Entre Velickovic et Enki Bilal, les convergences sont évidentes, ils sont tous les deux serbes, nés à Belgrade, à près de vingt ans de différence. « On se connaît très peu. » précise Velickovic « J’ai accepté la proposition à condition que ce soit avec Bilal. » Ici, les deux artistes n’ont pas travaillé ensemble, ils ont accolé leurs univers et leur symbolique dans un travail de qualité, mais sans réelle surprise. « Je ne suis pas sorti de mon lit et lui non plus. » résume le peintre. Dans ce travail de collage, de superpositions et de cadavres exquis, une catégorie d’artistes ne pouvait que se sentir bien à l’aise, ceux issus du street art. « Je viens de la peinture de graffitis. On se retrouve toujours à plusieurs devant un mur et il faut sans cesse trouver des solutions pour intégrer et prolonger le travail de l’autre. » explique l’artiste-graffeur Alëxone qui a partagé deux toiles avec CharlÉlie en invitant son pingouin des rues dans un dialogue entre Paris et New-York.

Bruxelles-Buenos Aires
Parmi les nombreuses réussites, citons celle de Loustal associé à Marc Giai-Miniet où le travail de l’un complète celui de l’autre dans un jeu de miroir  venant prolonger la narration. Pour encadrer la boîte-maquette d’une maison aux inquiétants sous-sols, les dessins de Loustal dévoilent le crime perpétré par un étrange personnage masqué. Le travail de Claude Viallat, l’un des membres fondateurs du groupe Supports/Surfaces, est a priori aux antipodes de la ligne claire de François Avril. Et pourtant, ils se sont trouvés avec bonheur dans une oeuvre lumineuse et apaisante.
(© Claude Viallat & François Avril)

Antonio Seguí et Ever Meulen étaient destinés à se rencontrer sur une toile. Les deux artistes partagent un même goût pour des villes-puzzles, habitées de petits personnages chapeautés. Une passerelle invisible relie leurs deux univers si proches, comme s’il s’agissait d’un trait d’union entre Bruxelles et Buenos Aires.
Encouragé par la réussite du projet, Alain Huberty invitera désormais régulièrement artistes et dessinateurs de B.D. à partager les cimaises de sa galerie et prépare déjà une future rencontre au sommet, cette fois sous le signe de la narration. 

Quelques instants plus tard • > 21/7, wo/me/We > zo/di/Su 14 > 17.00 (w-e 14 > 18.00), €2/3, Centre d’Art de Rouge-Cloître, Rokloosterstraat 4 rue du Rouge-Cloître, Oudergem/Auderghem, 02-660.55.97, www.rouge-cloitre.be

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