interview

'Above Zero' au Théâtre National: ce que la guerre fait à l’homme

Touchés par la tragédie du conflit syrien, Ossama Halal et son Koon Theater Group explorent les bas-fonds de la violence humaine dans Above Zero, un spectacle hybride, confrontant et universel dont on ne sort pas indemne. « Le bourreau et la victime sont en chacun de nous ».

"Il avait si froid, n'avait pas de toit et était si fatigué qu'il s'est allongé telle une couverture au-dessus des cadavres", chante en boucle, machinalement, un chœur d’hommes au rythme de ballons de basket dribblés avec fracas sur le sol. Comment la guerre - les bombardements harcelants, la promiscuité des camps de réfugiés, la mort qui rôde, la peur, la survie - transforme-t-elle un être humain, révélant chez lui des comportements insoupçonnés à faire froid dans le dos ?

C'est la question que posent le metteur en scène syrien installé au Liban Ossama Halal et sa compagnie Koon Theater Group. Se délestant des frontières désuètes entre danse, théâtre, chant, expression corporelle et musique (une très belle collaboration avec le duo électro-acoustique libanais Two or The Dragon), sept performers incarnent la violence que la guerre et l’enfermement font au corps et à l’esprit en puisant dans une multitude de références dont leur expérience personnelle et la poésie de Bertolt Brecht.

Le spectacle est né en plein conflit syrien. Comment a-t-il vu le jour?
Ossama Halal: J’ai commencé à réfléchir à ce spectacle quand j’étais encore à Damas quand la révolte a éclaté. Et puis je me suis installé au Liban en 2013 où l’on s’est retrouvés entre artistes libanais et syriens, entre musiciens, danseurs et comédiens. On a commencé à travailler à partir de questions comme: où étais-tu quand le conflit a commencé, qu’est-ce qui te fait le plus peur ?

Les performers étaient invités à répondre à la question mais également à ajouter à leur réponse une chanson, un morceau musical, une image et un poème de Bertolt Brecht qui parle de l’être humain pendant la guerre, l’être humain face à la violence, ses réactions avec son entourage. On s’est aussi basés sur des caricatures de Mana Neyestani, un caricaturiste iranien, et des images documentaires sur ce qui se passait à l’époque.

Ensuite, nous avons pris toute cette matière et ces différents points de vue, nous avons tout déconstruit pour tout reconstruire et nous avons tissé Above Zero. Le spectacle est en perpétuelle évolution parce qu’il s’agit de théâtre vivant.

Above Zero puise dans l'expérience personnelle de vos performers. Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Halal: Il y a une scène où un personnage est en train de se raser la barbe comme s'il se tranchait la gorge. Cet acteur avait la phobie d’être égorgé. À l’époque, le régime commettait des crimes pour dissuader les gens de manifester, c’est là que l’idée de l’égorgement a commencé à lui faire très peur. Un poème de Brecht parle d’un soldat mort dont le corps a été découpé et ramené dans une tombe de ferraille, personne ne le reconnaît.

Dans Above Zero, ce personnage phobique va finir par commettre un crime sur ses camarades. J’essaie d’expliquer que nous sommes tous impliqués dans cette violence. Chaque être humain est composé de forces opposées que nous découvrons seulement sous de grandes pressions. Ces réactions sont parfois surprenantes parce que nous sommes surpris par notre propre fragilité. Le bourreau et la victime sont en chacun de nous.

Vos personnages subissent diverses formes de brutalité propres à la guerre. Les femmes sont-elles davantage victimes de cette violence ?
Halal: Pour moi, il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes en temps de guerre. La femme a les mêmes responsabilités et subit les mêmes violences que les hommes. Elle est perçue comme plus fragile parce que c’est elle qui subit les viols et autres violences du même type. Quant à l’homme, il est accablé de tous les maux.

Mais pour moi, un homme de dix-huit ans que l’on kidnappe pour le forcer à faire son service militaire, c’est la même chose qu’une fille que l’on marie trop tôt. Dans mes spectacles, je ne travaille pas sur l’homme et la femme mais sur l’humain.

Votre arrivée au Liban a-t-elle changé votre regard sur le théâtre ?
Halal: La plus belle chose qui me soit arrivée dans ma carrière est d’être venu au Liban. Ce pays a vécu un temps et une succession d’événements que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. Vu l’absence d’institutions et de soutien étatique, on y trouve beaucoup d’artistes de théâtre indépendants, des gens qui luttent tous les jours pour pouvoir créer et qui parviennent avec beaucoup d’habileté à contourner la censure.

En Syrie, les structures indépendantes étaient interdites. On répétait chez moi, à la maison. Aujourd’hui, avec le Koon Theater Group, nous formons un groupe d’artistes libanais, syriens, français pour qui faire de l’art est plus puissant que l’idée de nation et d’identité.

Above Zero évoque également le traitement médiatique du conflit et les conséquences de la mise en scène de la misère au Moyen-Orient.
Halal: Les médias internationaux ont réussi à associer la révolution syrienne, qui était un mouvement citoyen, aux images des violences et aux islamistes. C’est extrêmement dangereux. Après les images des manifestations, on a commencé à montrer des slogans et la barbe islamistes, ensuite les images de victimes dans l’eau et au bord de la plage. Comme si le rôle du spectateur était de compatir et rien d’autre, on l’a écarté de l'action.

Parallèlement, on nous montrait des images du régime avec des hommes en tailleur, des femmes non voilées qui parlent l’anglais. Cette image binaire, avec un régime laïque d'un côté et une organisation terroriste de l’autre, a eu des conséquences désastreuses. Combien de victimes, combien de civilisations rasées pour que l’on dise que ce qui se passe aujourd’hui en Syrie est tout simplement inhumain ?

> Above Zero. 11/10 > 14/10, 20.30, Théâtre National, Bruxelles

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