Dans l'antre d'artistes : Younes Baba-Ali

Younes Baba-Ali s’apprête à s’ancrer plus profondément encore dans la cité, à la faveur d’une résidence d’artiste à la MAAC. « J’ai envie de mener des projets en lien avec Bruxelles, de dresser une sorte de compte rendu de ma relation avec cette ville. Mon but, c’est de poser des questions, de toucher des points sensibles tout en restant constructif ». Bruxelles, tiens-toi prête ! 

Commune : Molenbeek
À voir actuellement à Bruxelles : > 27/4, Nass Belgica - L’immigration marocaine en Belgique (expo collective), Botanique
Galeries : Voice Gallery, Marrakech ; Sabrina Amrani, Madrid
Projet de plate-forme radiophonique et sonore : Saout Radio, avec Anna Raimondo, www.saout-radio.com
Prix récents : Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles au Prix Médiatine 2014, Prix Léopold Sédar Senghor (Premier Prix) à la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar 2012
Info : www.younesbabaali.com

Photos © Heleen Rodiers 


L’hymne national marocain chanté en claquements de langue par un ânier, l’appel à la prière diffusé en morse, un solarium pour le repos éternel... les installations et vidéos de Younes Baba-Ali condensent absurdité et poil à gratter. Longtemps braqués sur son Maroc natal, ses traits affûtés visent à présent son nouveau port d’attache: la paradoxale Bruxelles.
Posé dans l’entrée de l’atelier, l’objet est un hybride façon Do It Yourself. Une sorte de croisement entre un caddie et une chaîne hi-fi. Il est constitué très concrètement d’un châssis de poussette pour enfant sur lequel est fixée une caisse en bois en deux sections refermables contenant deux enceintes et un lecteur CD pour voiture raccordé à une batterie. Un système mobile et autonome utilisé par les innombrables vendeurs ambulants de CD coraniques – un vrai business - au Maroc et dans de nombreux autres pays musulmans. Cette « carroussa », qui revêt pour beaucoup, vu les contenus qu’elle transmet, une dimension sacrée, a été détournée par Younes Baba-Ali. Sa carroussa, qui s’est notamment promenée à Bruxelles en 2012 à l’occasion du festival Daba Maroc, ne diffuse plus des versets du Coran mais des créations sonores d’artistes marocains contemporains. Un sacrilège ? Plutôt une manière de réinvestir un espace sonore public que certains accaparent.
Arrière-petit-fils spirituel de Marcel Duchamp, Younes Baba-Ali, né en 1986 à Oujda, à la frontière algérienne, produit des ready-made. « Je pars d’objets quotidiens, communs, je prends l’objet tel qu’il est. Ce qui change, c’est la manière dont il se comporte, ce qu’il diffuse ou l’endroit où il est montré », explique-t-il. Le mot d’ordre, c’est la simplicité : « C’est très basique. Je travaille beaucoup par images, avec des croquis et puis je cherche les moyens de réaliser mon idée, de la manière la plus épurée possible, sans que ça ne tombe dans le grandiose, dans des choses que je ne maîtrise pas. Quand j’ai commencé à créer des pièces avec de l’électronique, je me suis fait surpasser. Il y avait des comportements que je ne comprenais pas, et là, je me perdais. Ça ne m’appartenait plus. Je pense que c’est important en tant qu’artiste de maîtriser son travail ».
(© Younes Baba-Ali)

Dans ses installations, simples effectivement, absurdes souvent, des sèche-cheveux s’activent et s’animent, comme mus par une volonté propre, un concert assourdissant de klaxons se déclenche inopinément, une antenne parabolique pivote sans cesse de droite à gauche et de gauche à droite, en quête désespérée d’un signal, un mégaphone diffuse l’appel à la prière en morse. Les vibrations sonores ou le vent produit touche physiquement celui qui regarde, et l’englobe. Les objets ne sont pas choisis au hasard. Dotés d’une vraie charge symbolique, ils ont trait à l’immigration, aux questions d’identité, aux relations de pouvoir, à nos sociétés consuméristes en général ou à la société marocaine en particulier. Société marocaine que l’artiste a quittée à l’âge de 4 ans pour la France, tout en y revenant régulièrement, et sur laquelle, la distance aidant, il pose un regard lucide et implacable.
Dans Untitled (Landscape), créé pour une exposition à Casablanca, le souffle de ventilateurs secoue d’ondulations gracieuses des sacs en plastique noir accrochés à des branches d’oranger. Belle, l’installation n’en souligne pas moins une réalité peu reluisante : la pollution massive causée par ces sacs jadis omniprésents – et aujourd’hui interdits – dont l’opacité faisait le succès. « Ces sacs permettent de véhiculer des choses de manière discrète, que ce soit des pommes de terre ou des bouteilles de vin. C’est important dans un pays comme le Maroc, où les gens aiment bien s’occuper des affaires des autres… » Mais attention à la paille et à la poutre : il n’y a pas qu’au Maroc que les gens jettent leurs sacs en plastique – et leurs déchets divers - n’importe où. « À Molenbeek, c’est flagrant : j’ai l’impression de vivre dans une poubelle ».
Après avoir vécu à Nantes, à Strasbourg, à Aix-en-Provence, à Marseille mais aussi à Wroclaw, en Pologne (la ville du basculement artistique, où il a quitté la peinture pour se diriger vers un travail sur le son, la vidéo et l’espace), Younes Baba-Ali, nomade dans l’âme, a aujourd’hui Bruxelles et Casablanca comme ports d’attache. En deux ans et demi, il a développé une relation d’amour/haine avec la capitale belge. « Comme beaucoup de gens, je pense.
Bruxelles est une ville qui présente différentes facettes, différentes strates de vie. C’est très rare de trouver des villes avec autant de caractère en Europe actuellement. Bruxelles garde une richesse intellectuelle et en même temps un côté très populaire qu’on a perdu dans beaucoup de villes européennes. Très riche et très pauvre : c’est un paradoxe total. C’est une ville qui donne beaucoup, je trouve, mais une bonne partie de ses habitants ne savent pas lui donner en retour. On a l’impression que c’est une ville où les gens se servent, de manière égoïste, et ne considèrent pas les gens qui vivent avec eux ni l’endroit où ils sont. La faille, c’est que Bruxelles est tellement fragmentée que tout le monde se jette la pierre ».

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