Katherine Longly regarde dans nos assiettes

Sophie Soukias
© BRUZZ
06/02/2023

Cette année, le Photo Brussels Festival voit grand et s’empare d’une quarantaine de lieux d’art dans la ville. Dans l’exposition To Tell My Real Intentions, I Want to Eat Only Haze Like a Hermit, la Bruxelloise Katherine Longly recouvre les murs du Botanique de nourriture pour la pensée. De quoi ouvrir l’appétit.

Tout le monde ne mange pas de la même façon. Chacun.e son rythme, sa faim, ses rituels. Katherine Longly en prend conscience dès l’enfance lorsqu’on lui fait savoir que son poids ne s’aligne pas sur celui des normes. Si cette époque est aujourd’hui révolue, son envie d’en parler ne s’est jamais tarie. Armée de recul et de son regard d’artiste aiguisé, elle décide de se jeter dans la marmite des pratiques alimentaires.

Ses recherches la mènent sur le chemin du Japon et de son obsession pour la minceur. Une loi dite « métabo » légiférant le tour de taille, des balances futuristes calculant le taux de graisse dans chaque partie du corps, des photomatons déformants qui vous transforment en un flash en fillette filiforme à la peau diaphane.

Katherine Longly

Au Japon, Katherine Longly collectionne les expériences et témoignages sur la nourriture et ses obsessions.

Katherine Longly multiplie les voyages au Japon où elle collectionne, sous la forme de photographies et de collages, les traces des injonctions à la minceur et leurs paradoxes. Car si la malbouffe est proscrite, il semble y avoir autant d’interdictions que de tentations. Comme ces petits porte-clés où pendent des reproductions de délices, si réalistes qu’on se retient de les croquer.

JE, TU, IEL MANGE
Mais l’artiste visuelle ne se contente pas de glaner du « food for thought ». Son travail, pensé d’abord comme un livre photographique, comprend aussi des rencontres intensément humaines. Dix témoins (le titre du livre et de l’expo To Tell My Real Intentions, I Want to Eat Only Haze Like a Hermit, sont les mots de l’un d’entre eux) donnent chair à ses recherches. Plutôt que de les photographier, Katherine Longly préfère leur tendre un appareil photo. Munis d’un jetable ils et elles photographient seuls, en toute intimité, leur rapport passé ou présent à la nourriture.

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Katherine Longly se livre aussi sous la forme de clins d’œil ludiques et déguisés que le spectateur s’amusera à identifier.

Luca (certains noms sont des noms d’emprunt) est devenue anorexique étant adolescente. Martijn a rompu tout rapport de plaisir avec la nourriture et ne se nourrit que pour subvenir à ses besoins premiers. Quant à Mina, elle utilise la nourriture pour se reconnecter à sa mère disparue.

Autant d’histoires douloureuses, mais pas seulement, racontées à travers l’œil de photographes amateurs. Et le résultat est surprenant. Des collages kaléidoscopiques de Luca aux images abstraites et atmosphériques de Marina en passant par les autoportraits sans pitié de RPK.

Si c’est à travers l’autre que Katherine Longly évoque son parcours alimentaire, l’artiste visuelle se livre aussi sous la forme de clins d’œil ludiques et déguisés que le spectateur s’amusera à identifier. Avant de se tourner vers lui-même et de s’interroger avec plus ou moins de bienveillance sur le mangeur qu’il ou elle est.

Katherine Longly

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