La crème des artistes belges des années 20

À l’heure où le Musée d’Art Moderne est toujours rayé de la carte, l’art moderne belge à Bruxelles trouve aujourd’hui un salut provisoire dans la périphérie. À Drogenbos, le FeliXart Museum accueille l’étonnante reconstitution d’une exposition organisée à Grenoble en 1927. James Ensor, Rik Wouters, Constant Permeke, Léon Spilliaert, Fernand Verhaegen, Edgard Tytgat, Gustave Van de Woestyne, René Magritte, Felix De Boeck et bien d’autres s’y côtoient dans une sorte de panorama idéal.

C’est en menant ses recherches de doctorat sur la présence et la réception des artistes belges en France pendant l’entre-deux-guerres que Céline De Potter (Université de Lille 3 / Université Libre de Bruxelles) a découvert l’existence de cette exposition particulièrement audacieuse. « Je me souviens du jour où j’ai eu ce catalogue en main. C’était en 2006, au Centre Pompidou », raconte-t-elle. « J’ai vu tous ces noms qui s’alignaient, dont Magritte, présenté sous la bannière surréaliste en 1927 alors que sa période surréaliste commence en 1925 seulement, les expressionnistes, les abstraits... Assez rapidement, je me suis dit que si je devais monter aujourd’hui une exposition sur l’art belge des années 20, je ferais exactement la même ». Grâce à l’enthousiasme du FeliXart Museum, l’idée de reconstituer l’exposition de Grenoble - où Felix De Boeck, à qui est dédié le musée de Drogenbos, était présent - est devenue réalité. Sur la septantaine de pièces exposées alors, 31, conservées depuis 1927 à Grenoble, sont réunies ici (et complétées par d’autres). Elles n’ont pour la plupart plus jamais été présentées en Belgique.
C’est un peu étonnant de savoir que le Musée de Grenoble, perdu là-bas dans les Alpes françaises, possède une aussi belle collection d’art belge, et d’art moderne en général.
Céline De Potter: Et cela, le Musée de Grenoble le doit à un sacré personnage : Pierre-André Farcy, qui en a été le conservateur à partir de 1919 et qui voulait en faire un grand centre d’art contemporain, le premier en France. Il présentait dans son musée des œuvres d’artistes encore peu connus et en échange, ceux-ci lui en faisaient don. Il n’avait absolument aucun moyen financier, mais il est parvenu ainsi à faire rentrer dans ses collections des tableaux de Picasso, de Léger, de Matisse... Juste parce qu’il était capable d’écouter les artistes, contrairement à la scène muséale parisienne qui était plus fermée et traditionnelle. Cette exposition consacrée à l’art belge faisait partie d’un projet plus global de galerie internationale d’art moderne. Il voulait que tous les pays d’Europe soient représentés au Musée de Grenoble. Pierre-André Farcy avait aussi une forme de génie communicationnel. Pour attirer les Grenoblois à son exposition d’art belge, il a demandé directement à la reine Elisabeth de Belgique le prêt de La Chute d’Icare de Bruegel l’Ancien. Et il l’a obtenu. Il reliait ainsi l’art belge contemporain à l’art flamand historique, qui était déjà très apprécié en France. 
L’exposition de 1927 - comme celle d’aujourd’hui, divisée en deux niveaux - comprenait deux parties. Pourquoi?
De Potter: Il y avait deux groupes, présentés successivement. Le premier était géré par l’Association belge de Propagande artistique à l’étranger. Pendant l’entre-deux-guerres, il était très courant que les pays européens s’équipent
de ce genre de structure pour s’offrir une publicité culturelle. L’Association avait pour habitude de présenter, parmi d’autres, quelques artistes très connus. En France, on appréciait alors surtout James Ensor. Mais d’autres avaient beaucoup de succès, comme Eugène Laermans, Jakob Smits et Rik Wouters, décédé en 1916, à 34 ans. Wouters, qu’on pourrait appeler aujourd’hui « le James Dean de l’art belge », était le seul artiste mort de cette exposition, tout en étant un des plus jeunes. Le second groupe a été pris en charge par André De Ridder et Paul Gustave Van Hecke, qui ont donné à l’expressionnisme flamand l’aura qu’on lui connaît aujourd’hui grâce à leur revue et à leur galerie Sélection. Quand ils ont eu vent de ce projet d’exposition, ils ont décidé de s’en mêler. Ce second groupe rassemble des artistes émergents à l’époque : Constant Permeke, Edgard Tytgat, Gustave Van de Woestyne, Hubert Malfait, Felix De Boeck, René Magritte... C’est ce qui explique qu’on a ici un ensemble si étendu, avec différents styles qui coexistaient à cette période. On a tendance actuellement à tout séparer dans des cases, mais la plupart de ces artistes se connaissaient et se fréquentaient. 
Est-ce qu’il y avait alors un trait commun qui pourrait caractériser «l’art belge»?
De Potter: À l’époque, on souligne une grande qualité de peintre, une maîtrise technique héritée de la peinture flamande depuis Bruegel. On parle de couleur, de richesse de la matière, en opposition à l’art français en général, censé être conceptuel et modéré... Le naturalisme au niveau des sujets est une autre caractéristique de l’art belge. Je crois aussi qu’il y avait plus de liberté en Belgique qu’ailleurs, dans l’art et la pensée en général. Il me semble que les artistes belges avaient un autre rapport à l’argent. Beaucoup avaient choisi de vivre dans des conditions très modestes. Ne pas dépendre du marché est un vecteur de liberté. Ces gens n’avaient pas peur de poser des choix de vie radicaux pour faire ce qui leur plaisait. Ensor, par exemple, était extrêmement connu à la fin de sa vie, mais il a toujours habité sa petite maison d’Ostende, il n’a jamais eu besoin de s’acheter une villa.

Images:
- Léon Spilliaert, Marine, 1923
- René Magritte, Les épaves de l'ombre, 1926
- Gustave Van de Woestyne, Gaston et sa soeur, 1923
- Felix De Boeck, Autour d'une naissance, 1926

Grenoble 1927 - Een panorama van de Belgische kunst/Un panorama de l’art belge
> 27/5 • do/je/Th > zo/di/Su 10.30 > 17.00, €2,50/5
Felixart Museum Kuikenstraat 6, Drogenbos, 02-377.57.22, info@felixart.org, www.felixart.org

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