Reality bites 4 : Clara Thomine annonce la fin du monde pour essayer de l’éviter

Clara Thomine

La réalité nous échappe et puis elle revient et nous mord. Les artistes répondent par leur imaginaire. Chaque semaine, nous invitons un(e) artiste qui puise dans la réalité la matière première de son travail. Épisode 4: Clara Thomine qui clôture sa résidence à la MAAC avec son exposition Tout doit disparaître.

Jouer avec la réalité, la réinterpréter, la réinventer. C’est ce que fait la Bruxelloise Clara Thomine depuis des années. Caméra à la main, perruque sur la tête et l’émerveillement au coin des lèvres, elle repense le monde insouciant comme décor, tout en commentant avec enthousiasme ce qui s’y passe. Comme une sorte de sous-titrage décalé de la réalité.

Avec Tout doit disparaître, elle tient en équilibre sur la corde raide entre fiction et réalité, vérité et mensonge, même si elle invite aussi le monde réel dans sa fiction : un magasin des Éditions de la fin du monde, où les gens peuvent déjà acheter une relique ‘précieuse’ du présent comme souvenir de l'humanité disparue de demain. Tel un labyrinthe claustrophobique de paradoxes, en expansion grâce à des vidéos projetées çà et là.

« Dans ces vidéos, je fais un reportage, comme une journaliste. Mais qui aurait un manque total de respect pour la déontologie », dit Clara Thomine en riant. Tout doit disparaître recadre un monde qui ne se rend pas compte qu’il est piégé. « C’est comme ça que j’ai commencé à filmer aux Serres de Laeken. Ces milliers de personnes qui font la file, avec une lueur dans les yeux comme si elles n’avaient jamais vu une fleur auparavant... Eh bien, la fiction que je présente – des rescapés qui se sont réfugiés sous la terre pour y reconstruire leur monde – ne semble alors pas si farfelue. Et les gens jouent le rôle parfaitement bien (rires). »

« Mais je suis toujours moi-même la plus ridicule. Mon personnage se montre heureux et enthousiasmé par ce qu’il voit, et c’est justement ça qui est gênant. Bien que cette ironie échappe complètement à beaucoup de gens. Alors que je proclame ma ‘vérité’ bête et frontale, des gens se tiennent à l’arrière-plan et font des selfies avec des fleurs. C’est ça, la vérité du mensonge. Et je considère qu’il est de mon devoir de la proclamer, de la mettre en évidence, d’utiliser ma caméra comme une loupe grossissante et d’ouvrir ma gueule pour sortir les plus grosses conneries possible. De cette manière, au moins c’est gênant. »

DISCONTINUITÉ IRONIQUE
« Moi, je ne détiens aucune vérité, je regarde le monde et j’essaie de réfléchir avec les gens. Si c’est ça l’engagement, alors je suis une artiste hyper-engagée ! En même temps, j’ai un propos anticapitaliste et pourtant j’ouvre un magasin. C’est ce paradoxe, cette discontinuité ironique qui fait tout. Car où mène l’engagement artistique ? Au mieux, nous sommes des témoins intelligents du présent, qui révélons quelque chose sur l’avenir. Mais nous n’avons pas une influence immédiate. Alors il vaut mieux soulager son engagement dans la vraie vie, ce qui me permet peut-être de pouvoir continuer à faire les choses ‘inutiles’ que je fais. »

Indirecte, paradoxale. « J’annonce la fin du monde pour essayer de l’éviter. En parlant de la fin du monde, je parle des limites de la planète, de la société de croissance, d’ultralibéralisme et de capitalisme dans laquelle on vit. En regardant la réalité en face, on peut peut-être avoir une chance de la changer. Dans Tout doit disparaître, cette confrontation n’est pas un discours. Le public la ‘vit’ de manière performative. C’est peut-être comme ça que l’art peut faire bouger un peu les lignes. »

CLARA THOMINE : TOUT DOIT DISPARAÎTRE
9/10 > 7/11, MAAC, www.maac.be

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