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Rétrospective: Les territoires étranges de l'artiste visuel Assaf Shoshan

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Entre le réel et l'allégorie, le photographe et vidéaste Assaf Shoshan sonde des visages, des silhouettes et des paysages croisés au Moyen-Orient et en Europe. Home, sa première rétrospective au Musée juif dessine une carte intime et poétique de l'exil et de l'appartenance.

L'appartenance a-t-elle des couleurs, l'identité se définit-elle par des lumières et le territoire par une durée ? C'est un peu tout cela qui se dégage des photos et vidéos qu'Assaf Shoshan expose au Musée Juif de Bruxelles. C'est en revenant en Israël, et dans la région du Sinaï dont il est originaire, que l'artiste, désormais installé en France, a eu l'impression de retrouver un autre pays. Mais c'est son regard qui a changé, comme déformé par la lentille de l'éloignement géographique et temporel.

Un paysage n'a rien de neutre, il peut raconter beaucoup de choses en fonction de la façon dont on le regarde et dont on le photographie. Une maison dans la nuit, comme un décor de train miniature éclairé par une lune fantomatique, un terrain d'exercice militaire photographié comme la maquette d'un jeu, les ruines d'un village palestinien abandonné depuis 1948, autant de paysages en trompe-l'œil qui deviennent des espaces métaphoriques d'un monde où les frontières sont des cicatrices intérieures autant que des bornes kilométriques.

1726 HOME Assaf Shoshan

Par son travail de cadrage et de lumière, Shoshan fait émerger de ses images une impalpable étrangeté qui nimbe les gens et les paysages. Comme dans cette superbe photo issue de la série No Lifeguard on Duty, prise de nuit sur la plage qui s'étend entre Tel Aviv, la juive, et Jaffa, l'arabe. Deux jeunes femmes apparaissent dans l'obscurité tremblotante, comme deux sirènes de la nuit qui ont conquis un espace de liberté.
héros ordinaires

Héros ordinaires
à Paris, à deux pas de la station de métro Simplon, l'artiste a installé un studio de fortune pour prendre en portrait des migrants africains. Les images pleines d'humanité, tirées grand format, se démultiplient pour démentir le froid détachement des photos d'identité.

Standing at the Front rassemble une série de portraits de membres de sa famille, de gens rencontrés au cours de ses multiples voyages. Des hommes, des femmes qu'il appelle des héros ordinaires car derrière chaque trajet de vie, il y a des moments de tension, de crise qui reflètent l'histoire de son pays. Des moments qu'il met subtilement en scène dans des portraits composés en extérieur. Des portraits qui s'éclairent sous un angle nouveau quand on lit les quelques phrases qui racontent ce qui les habite. Trois hommes qui discutent dans la nuit, assis sur un énorme pneu de camion, évoquent les abus sexuels dont ils ont été victimes dans leur enfance. Un vieil homme qui laisse échapper une liasse de papiers est un écrivain condamné par la maladie qui jette à la mer son dernier roman refusé par son éditeur.

L'exposition se conclut par Territories of Waiting, un triptyque de films vidéo en plan fixe, où l'impasse sociale et politique vécue par les minorités – bédouins, falashas ou clandestins africains – se mue en d'absurdes boucles allégoriques. Marchant en funambule sur les frontières invisibles entre les pays, le passé et le présent et l'intime et le politique, Assaf Shoshan se façonne un territoire dans le regard. Sans limites.

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