Silio Durt, l'architecte bordélique

Dans O.B.I.M., le développeur de projets Silio Durt présente sa vision des gens et du monde telle que déroulée de son système digestif. 

SILIO DURT: O.B.I.M. ••••
Büyük Yumruk, 36 p., €25

«L’architecture devrait parler de son époque et de son espace, mais aspirer à l’intemporalité ». De cette intemporalité dans les mots du légendaire Frank Gehry il ne reste pas grand-chose dans les pages sombres de O.B.I.M. –  abréviation d’Organisation Bordélique d’Incohérences Maladives. Même si la situation en dépérissement des corps qui y sont mis à nu pourrait facilement être considérée comme un état intemporel de décomposition. Comme l’extériorisation de ce qui se trouve, de mémoire d’homme, en train de pourrir à l’intérieur. Rien de nouveau sous le soleil, pourrait-on dire, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Cette fois, ce ne sont en tout cas pas des figures humaines qui dégringolent de la tête bordélique de Silio Durt et il laisse de côté ses couleurs violentes addictives. En lieu et place de cela, il fait apparaître sur 36 magnifiques pages sérigraphiées en argenté sur papier noir des corps de béton, d’acier et de verre, que les hommes rêvent comme un signe de civilisation, de culture et de faisabilité, pour ensuite mettre sans pitié cette vision d’un monde meilleur devant le miroir de la réalité : les voici, les hommes faillibles, la société faillible. 

Des tours, des immeubles à appartements, des aqueducs, des usines, un Atomium... tout se retrouve dans un état extrême de décomposition, sur le point de s’écrouler sous la pression d’une matière organique envahissante, une profusion de pus, de saleté, de morceaux puants de viande incontrôlable et d’infections bactériennes dans des proportions monstrueuses. Comme il se doit pour un adepte du mouvement esthétique du Mongol Jovial, qui en essence – et avec un clin-d’œil gaillard qui rend vivable cette vie pouilleuse – plaide pour un art à la fois conflictuel, incontrôlable, jovial et violent. Sur une échelle de 1 sur 1 avec son sujet : comme une extériorisation d’un combat éternel que nous menons les uns envers les autres et avec nous-mêmes.

Le tout est compris dans une poésie langagière (« Télangiectasie sicklémique arc-boutantune armature de toxidermes bulleux » !) et visuelle pseudo-scientifique qui ne voit rien d’autre que des incohérences dans ce contrôle via l’ordre et la censure. Les points de repère architecturaux deviennent ici des corps étrangers apocalyptiques, des contaminations de bâtiments sans vie et d’organismes fulminants, qui sont tellement malades qu’ils suent par tous les pores. O.B.I.M. est impitoyable avec compassion : on est tous maître et victime de sa propre chute. Mais la chute, ça, c’est une promesse.

EXPO O.B.I.M. 
> 6/6 (16/5, 14.00: dédicace; 18.00: vernissage), Peinture Fraîche, www.peinture-fraiche.be

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