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Under The Skin: Qu'est-ce qui remue l'âme artistique de Joëlle Sambi?

© Sophie Soukias

Poétesse, slameuse et activiste, Joëlle Sambi vit des combats innervés par la poésie et par ses multiples appartenances. Elle dompte et elle apaise les mots balancés dans le micro et sur le papier pour briser les normes imposées et pour que les autres ne parlent plus à sa place et à celle de ses sœurs.

Joëlle Sambi Nzeba en quelques dates

  • 1978, naissance à Bruxelles
  • 1983, suit sa famille à Kinshasa
  • 2001, revient en Belgique pour continuer des études de journalisme à l’ULB
  • 2006, publie la nouvelle Religion ya kitendi
  • 2007, publie le roman Le monde est gueule de chèvre
  • 2018, co-écrit le spectacle Congo Eza pour Lézarts Urbains avec Lisette Lombé et le rappeur Badi
  • 2021, est désignée artiste associée au Théâtre National

Elle est colère, Joëlle Sambi. Une colère rayonnante, solaire, qui déborde de ses mots et nourrit ses engagements. Si sa colère était un animal, ce serait la panthère. « Forcément parce que je suis congolaise et c’est puissant, rapide et vif. Mais ce serait aussi le serpent. J’ai extrêmement peur de tout ce qui rampe. La colère incite aussi à la prudence comme devant le serpent. La colère n’est pas un feu de paille qui s’allume d’un coup et embrase tout sans réfléchir. » Née à Bruxelles, elle a grandi à Kinshasa où elle a appris le pouvoir des mots par la lecture et par les petits poèmes qu’elle écrivait gamine, pour les réciter devant sa mère et ses tantes.

Femme de mots qui écrit de la poésie comme on pousse un cri de ralliement, elle vient de publier Caillasses, un recueil de poèmes incandescents et jubilatoires. Femme noire, Belgo-Congolaise, lesbienne, Joëlle Sambi n’a jamais dissocié son écriture de ses engagements. Un engagement qu’elle fait remonter à la ségrégation sociale dans la ville de son enfance. « Quand on grandit à Kinshasa, on a conscience de la violence de classe en fonction du quartier où on habite. Ceux qui habitent le haut de la ville sont au sec parce que toute l’eau, elle coule vers le bas. »

Et sa conscience politique s’est encore aiguisée lors de son retour à Bruxelles. « Je ne dis pas que c’est en faisant mes études que je me suis rendue compte que j’étais noire, mais c’est tout comme. Très vite, j’ai appris à identifier le racisme et les agressions dans les attitudes et les remarques. » Dans les auditoires aussi parce qu’elle a eu la surprise de découvrir que son cours sur l’Histoire coloniale évoquait largement l’Algérie, sans dire un mot du Congo.

1767 Joelle Sambi
© Sophie Soukias
| « La ligne rouge qui traverse tout mon travail artistique et mon écriture, c’est la recherche de la maison, du lieu de l’apaisement », dit Joëlle Sambi.

C’est avec la rythmique et les mouvements du slam qu’elle s’est lancée en poésie, avec une écriture qu’elle jette sur sa feuille parce que ça bouillonne en elle. Une écriture viscérale où elle passe souvent du « je » au «  nous ». Parce que l’engagement individuel est indissociable de la force du collectif. « J’écris parce que je ne pourrais pas m’en passer. J’écris aussi parce qu’on a besoin de traces. Je suis persuadée que rien ne se fera et que rien ne bougera si ce n’est pas fait ensemble. Au Congo, on dit qu’on ne lave pas son visage avec un seul doigt. On a besoin de tous ses doigts, de ses deux mains. »

Bruxelles nous appartient
Quand cet hiver en pleine pandémie, Passa Porta a demandé à des auteurs et autrices ce que la notion de courage leur inspirait, Joëlle Sambi a répondu avec Bruxelles, c’est nous, un magnifique texte sur une de ses deux villes de cœur. On y trouve un Bruxelles inclusif qu’habitent « Une horde de volontaires, de brouillons, de désirants qui transforme les cratères en volcan » et où elle nous glisse qu’en argot lingala « en stoemelings » se dit « en kundelupin ». «J’adore Bruxelles pour cette petitesse et cette grandeur, cette arrogance et cette modestie, son absurdité et son swag. La ligne rouge qui traverse tout mon travail artistique et mon écriture, c’est la recherche de la maison, du lieu de l’apaisement. Je pense que ça va traverser toute ma vie. Je ne me sens jamais autant à la maison qu’à Bruxelles et qu’à Kinshasa. »

Les mots à l’écran
Jamais avare de projet, elle s’est lancée en 2019 dans Pinkshasa Diaspora, un film documentaire sur les vécus de gays, lesbiennes, bi, trans de la diaspora congolaise, un sujet qui était un trou noir dans le cinéma congolais. Cela s’est révélé un travail de longue haleine qu’elle a appris sur le tas, accompagnée par une équipe enthousiaste. « C’est abyssal, l’image c’est un autre langage. J’ai l’habitude de faire parler les mots sur scène. Ici, on est avec un matériau étrange qui se retrouve sur l’écran. Il y a de la poésie là-dedans, mais il faut arriver à la trouver. »

La musique est indissociable de la vie de Joëlle Sambi. À Kinshasa, quand elle a grandi et quand elle y retourne, la musique et les chansons emplissent tous les vides. « C’est pour ça que le slam me parle tellement. Il y a une musique dans les mots, dans la manière dont on va les agencer, dont on va les dire. »

Cet été, c’était une autre musique qui rythmait Fusion qu’elle a créé au théâtre des Doms à Avignon, avec la danseuse et chorégraphe Hendrickx Ntela. Un spectacle, parfois dur, autour des violences policières. « Comme elle est chorégraphe, elle a aussi cette oreille attentive à la musique, aux placements du corps sur scène. On s’est bien retrouvées là-dessus. Parfois, il y a de la musique, parfois il n’y en a pas et les mots deviennent la bande-son sur laquelle elle va danser. »

Si la colère infuse l’écriture de Joëlle Sambi, son quotidien s’illumine aussi par le rire qu’elle a généreux. « La révolution, elle va se faire en dansant, la caillasse à la main si il le faut, mais en dansant et en riant. »


CAILLASSES: LANCEMENT DU RECUEIL
17/10, 19.30, Café Congo, Facebook: @cafecongo.be

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