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En prévision d’un nouveau livre annoncé pour 2024, Vincent Delbrouck expose dans l’antenne bruxelloise de la galerie qui le représente, Stieglitz 19.

Le photographe Vincent Delbrouck dévoile son paradis perdu

Sophie Soukias
© BRUZZ
27/10/2023

Hypersensible, indomptable, sans filtre. Voici quelques adjectifs qui pourraient qualifier Vincent Delbrouck dont les photographies, à voir en ce moment chez Stieglitz 19, sont à son image.

Exposé au FOMU d’Anvers (2015), au FOAM (2016) et Huis Marseille (2021) d’Amsterdam et bientôt au Concertgebouw de Bruges, le nom de Vincent Delbrouck résonne plus intensément d’un côté de la frontière linguistique que de l’autre. Pourquoi ? Le photographe bruxellois, francophone de surcroît, l’ignore – « Peut-être le côté contemporain de mon travail ? ». Mais avoue, l’âme un peu blessée, s’être « fait une raison ».

Ceux qui connaissent Vincent Delbrouck l’associent sans doute à ce Robinson Crusoé en quête d’authenticité, parti et reparti dès 2014 (après un premier coup de cœur en 1997) se trouver sur l’île de Cuba parce qu’il s’était perdu en Belgique au point de faire un burn-out. Au point de finir par en détester le « côté clean, civilisé, dur, capitaliste ».

Digne d’un roman
À La Havane et aux alentours, le quarantenaire réalise des photographies et collages aux couleurs et lumières intenses, parfois traversés d’épais traits de peinture voire de dessins. Des images obsessionnelles sorties de ses tripes, habitées de sujets devenus les personnages de son propre roman à la Hemingway.

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Une tête de poisson séparée de son corps, dont l’œil rouge vif s’abandonne au néant.

En 2018, installé dans la banlieue de la capitale, il réalise sa série phare Champú. Des portraits vibrants, colorés et sensuels de lycéens, beaucoup de jeunes femmes, qui se retrouvaient au parc Los Chivos pour zoner et qui avaient fait du photographe l’un des leurs. Leur jeunesse et leur façon de s’abandonner à être eux-mêmes incarnaient pour Vincent Delbrouck cette idée de la liberté qu’il avait tant poursuivie.


Aujourd’hui, en prévision d’un nouveau livre annoncé pour 2024 et alors qu’il expose dans l’antenne bruxelloise de la galerie qui le représente, Stieglitz 19, le photographe, qui ne vit plus à Cuba, pose un regard introspectif sur son corpus de travail réalisé entre 2014 et 2021, à travers l’exposition And Still Lifes.

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Des fleurs rouges baignées de soleil.

« J’y vois une forme de recherche de l’amour », dit Vincent Delbrouck. « Mes images témoignent de la solitude qui m’habite avant ma rencontre avec les jeunes du parc. Je suis sur cette île où tout peut paraître tropical et paradisiaque, et à la fois je suis complètement paumé. »

Un bateau rouillé comme échoué, un paysage solitaire et luxuriant aux airs de paradis perdu, une tête de poisson séparée de son corps, dont l’œil rouge vif, qu’on croirait peint à l’acrylique, s’abandonne au néant, une immense tache de peinture bleue écrasée sur un trottoir fissuré. Le tout sous un soleil aussi lumineux qu’aveuglant.

Dans ses errances, Vincent Delbrouck avance fiévreux, collectionnant des objets rencontrés sur son passage. Comme ces icônes de la Vierge Marie aux allures de reliques d’une civilisation abandonnée. «J’ai aussi des lettres d’amour que j’ai trouvées dans un endroit en ruines et qui résonnent avec une aventure rocambolesque que j’ai vécue sur place, digne de Bukowski.»

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Les collages font aussi partie intégrante de l'oeuvre de Vincent Delbrouck

Alors que l’enfant sauvage a quitté Cuba et qu’il s’apprête à s’installer en Andalousie avec sa nouvelle compagne parmi les chevaux, les images qu’il a rassemblées semblent annoncer son absence, de même que la fin de l’espoir qui faisait vibrer l’île du temps où il s’y était invité. «Le covid a exacerbé la non-gestion. Cuba est désolante aujourd’hui. Elle incarne un monde qui s’écroule. »

L’exposition And Still Lifes est à voir jusqu'au 3 février à la galerie Stieglitz 19, www.stieglitz19.be

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