Bas les masques: Françoise Bloch se dévoile sur le coronavirus

© Saskia Vanderstichele

Chaque semaine, BRUZZ sonde un(e) artiste bruxellois(e) sur les nouvelles vérités qui se sont formées derrière son masque buccal. L’autrice et metteure en scène Françoise Bloch (63 ans) croit aux capacités d’organisation dans la société face au rouleau compresseur du profit.

Qui est Françoise Bloch?

• Naissance en 1957
• 1989 diplômée de l'INSAS
• 1992 crée son premier spectacle sur Karl Valentin
• 1997 fondation du Zoo Théâtre
• 2005 entame une recherche théâtrale à partir d'une matière prélevée dans le réel
• 2017 spectacle Études / The elephant in the room
• septembre 2020: Points de Rupture au Théâtre National
• Chargée de cours dans plusieurs écoles (France et Belgique)

Comment avez-vous vécu le confinement?
De façon extrêmement chaotique dans un mélange de réflexion sociétale intense, d'anxiété, comme de moments de joie et de redécouverte. C'était la révélation brutale que face à une pandémie nos sociétés, dites civilisées, dites à la pointe du progrès, se sont résolues à adopter des solutions de confinement moyenâgeuses. J'étais aussi dans une très grande colère en observant le sacrifice des citoyens les plus fragiles physiquement, psychiquement et socialement. Quand on en arrive à sacrifier les personnes âgées pour sauver les jeunes, on est très proche de l'eugénisme. C'était étrange parce qu'en même temps que cette colère bouillonnait, j'entendais à nouveau le chant des oiseaux, je parlais aux voisins et le ciel était bleu, libéré du passage continuel des avions.

Cette crise sanitaire a-t-elle révélé de nouvelles vérités ?
Ça a surtout confirmé des choses que je pressentais, du délabrement des services publics à la soumission aux diktats de la finance. Ça a aussi révélé des questions sociétales essentielles, à savoir la nécessité du contact réel, le besoin de toucher du vivant. La suppression des rites funéraires collectifs a été révélatrice de l'importance accordée à la question humaine. Les sociétés les plus primitives s'appuient sur des rites funéraires collectifs. Je ne comprends pas que chez nous, on n'ait pas trouvé les moyens de les préserver. C'est seulement une question d'imagination. On a pu réfléchir à comment ouvrir un fast-food, pas comment honorer les morts.

Votre nouvelle création, Points de rupture, a-t-elle été affectée par l'esprit de cette période ?
Ce n'est pas un spectacle sur l'actualité, quoi que le titre puisse laisser penser. Il est le reflet d'un état d'esprit qui est le nôtre depuis que l'urgence climatique s'est imposée à nous. L'actualité a eu forcément un impact parce que le spectacle s'écrit sur le plateau et il y aura des choses qui vont entrer par la petite porte. De mon point de vue, on n'a pas encore assez de recul sur ces événements. Je suis partagée entre une grande envie de rester dans une forme de légèreté et la colère qui m'habite, mais je sais aussi que la colère ne fait pas de bons spectacles.

Comment appréhendez-vous l'avenir et ce fameux "monde d'après"?
Je crains que ce soit pire qu'avant en termes de contrôle social et de soumission au profit. En même temps, je suis convaincue qu'en nous organisant, on peut arriver à enrayer le rouleau compresseur du désordre humain, climatique et nucléaire. Dans certains secteurs de la société, cette crise du corona a renforcé les capacités de petits groupes à s'organiser pour transformer le quotidien. On est dans un mouvement qui doit prendre de l'ampleur et pour ça, il faut bifurquer et s'organiser collectivement.

Chansons (avec Greg Houben) à l'occasion de la tournée estivale du Théâtre National
Points de rupture 29/9 > 10/10, Théâtre National, www.theatrenational.be

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