Brussels Videonline Festival: la relève du cinéma bruxellois est assurée

"Lieve"

Quid des réalisateurs fraîchement sortis des écoles de cinéma en temps de corona ? Afin de faire vivre la création émergente, la CENTRALE et les écoles supérieures d'art bruxelloises s'unissent pour une seconde édition du Brussels Videonline Festival. BRUZZ s'est entretenu avec trois des dix-huit talents prometteurs dont le court-métrage a été retenu.

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Bruno Oliveira ©Herman Henriques

BRUNO OLIVEIRA

Du haut de ses 27 ans, le Luxembourgeois Bruno Oliveira, tout juste sorti de La Cambre, s'est déjà fait un nom dans le monde de la photographie contemporaine. Remarqué par Lens Culture, gagnant d'une édition de Generation Art sur la télévision luxembourgeoise, exposé en ce moment dans la GalerieDuSoir du Musée de la Photographie de Charleroi, le jeune artiste se distingue par des portraits générationnels tout en fraîcheur dont il extrait le potentiel narratif. Entre réalité et fiction, documentaire et imaginaire. "J'envisage mon travail comme des petits poèmes que je raconte", dit Bruno Oliveira.

Pour son jury à La Cambre, il a choisi de présenter son premier travail vidéo: Sanfins. Un portrait sensible du petit village portugais où il est né alors que sa mère avait seulement quatorze ans, pour en conserver une trace avant qu'il ne sombre dans l'oubli. "Prononcé en français, 'Sanfins' prend tout son sens", dit Oliveira. "Ce village d'une cinquantaine d'habitants est peuplé essentiellement de membres de ma famille. Je l'ai filmé alors que ma grand-mère était gravement malade en me demandant ce qu'il adviendrait du village lorsqu'elle ne serait plus là."

Pensé comme une installation, Sanfins se décline sous la forme de linge, offert par sa grand-mère, sur lequel sont projetées des vidéos des intervenants et leur environnement. "Ainsi le village prend vie," sourit Oliveira. "J'ai laissé parler les membres de ma famille devant la caméra sans jamais poser de questions."
Pour le Videonline Festival, Sanfins s'adapte au format en ligne via un astucieux jeu de mosaïques, tout aussi immersif. " Mon jury à La Cambre m'a fait savoir que j'avais un avenir dans la vidéo. Je n'y avais jamais vraiment pensé", dit Oliveira. "J'ai choisi La Cambre parce que l'école donnait l'impression d'une grande liberté. Et ils ont toujours respecté mes choix."

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© Ivan Put
| Charlotte Cristin

CHARLOTTE CRISTIN

Passionnée d'écriture et formée au scénario, la Suisse Charlotte Cristin (27 ans) comprend que c'est par la mise en scène qu'elle parviendra à exploiter tout le potentiel de l'histoire qu'elle cherche à raconter. Après avoir passé au rayon X toutes les grandes écoles de cinéma européennes, son choix se porte sur l'Insas. Direction Bruxelles, qu'elle n'a pas quittée depuis.

Pour son film de fin d'études, le premier réalisé dans des conditions quasi professionnelles, la jeune cinéaste choisit d'explorer une thématique qui lui tient à cœur: la pression sociale qui gravite autour du désir sexuel, et les effets toxiques des injonctions qui en découlent. "Il y a tant d'attentes au sujet de la sexualité", dit Charlotte Cristin.

Accords Perdus s'invite sans tabou dans un des endroits du large spectre de la sexualité dont on parle très peu, pour ne pas dire jamais: l'asexualité – "J'avais en tête des films dans les tons pastel comme Tomboy de Céline Sciamma ou Girl de Lukas Dhont." Pendant une vingtaine de minutes, le spectateur est embarqué dans l'intimité d'une étudiante au Conservatoire de Bruxelles, confrontée à son absence de désir sexuel.

"On vit dans une société où tout fonctionne sur le désir. Pourtant, le non-désir est autant une réponse qu'un désir sexuel quel qu'il soit." Accords Perdus n'est pas une histoire triste, au contraire. "Je n'avais pas envie que le film ait une morale quelconque sur la question de l'asexualité. Car personne n'a le droit d'émettre un jugement. Je voulais faire passer un message d'ouverture et d'acceptation de soi. On ne doit rien à personne, si ce n'est à nous-même."

Malgré la crise covid qui s'abat sur le secteur – "le marché du travail est assez bouché en ce moment" – Charlotte Cristin profite du confinement pour se concentrer sur l'écriture d'un prochain court-métrage de fiction. "En espérant qu'il soit produit."

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© Ivan Put
| Vincent Groos

VINCENT GROOS

Si Vincent Groos (31 ans) quittait les Pays-Bas il y a dix ans pour commencer une nouvelle vie d'étudiant en cinéma au RITCS, il ne tirait pas pour autant un trait sur son passé. Du moins pas en matière de cinéma. Son court-métrage Lieve (un prénom qui veut dire "gentille" en néerlandais) est une dédicace à la petite amie qu'il a laissée derrière lui en s'installant à Bruxelles. "J'étais amoureux d'une infirmière. Aujourd'hui, nous sommes séparés mais je voulais lui rendre hommage parce qu'elle est exceptionnelle et ce qu'elle fait l'est tout autant", dit Vincent Groos.

Lieve, dont on salue la puissance de la photographie, nous embarque cheveux au vent sur la motocyclette d'une jeune infirmière à la carrure et au cœur larges, sillonnant les routes d'une zone rurale flamande pour prodiguer ses soins à des personnes âgées isolées, certaines abandonnées à leur solitude sur le seuil de la mort. "La plupart de ces seniors n'ont plus de famille et plus d'amis, ils sont en demande d'un contact social, sans parler de la situation engendrée par le corona", dit Groos.

"Les infirmières choisissent ce métier pour le contact humain, mais dans la réalité des faits, elles n'ont que quinze minutes par patient.e.s, trajet compris." Trop gentille, Lieve ne parvient pas à mettre la distance requise avec ses patient.e.s. Elle va pourtant devoir s'y résoudre. "Il faut pouvoir prendre soin de soi afin de pouvoir prendre soin des autres. C'est ce dont il est question dans ce film. C'est ce que j'ai dû aussi apprendre avec le temps", dit Groos.

Toujours animé par l'envie d'utiliser le cinéma comme une fenêtre sur des situations sociales douloureuses, Vincent Groos, installé depuis à Anvers, prépare un prochain film sur des jeunes dont le climat insécurisant de leur foyer les empêche de vivre chez eux. "Je veux mettre les projecteurs sur les personnes en situation de fragilité."

Tous les films du Brussels Videonline Festival sont à regarder ici en streaming du 22 > 28/2

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