La réalisatrice Elsa Maury revient à nos moutons

Alors que les festivals de cinéma se décommandent les uns après les autres, Visions du Réel a choisi de mettre en ligne gratuitement l'entièreté de sa programmation. L'occasion de découvrir en primeur le merveilleux documentaire de la Bruxelloise Elsa Maury.

Le trailer de "Nous la mangerons"

S'il est vrai que plusieurs festivals du cinéma documentaire chouchoutent leur public confiné avec un best-of des éditions précédentes à streamer gratuitement, l'incontournable Visions du Réel (basé en Suisse) ose le pari de mettre l'entièreté de sa programmation 2020 en ligne pendant la durée de la compétition, soit du 17 avril au 2 mai. L'occasion unique de voyager à travers ce que le genre a de meilleur à offrir et de voir, avant sa sortie en salles, Nous la mangerons, c'est la moindre des choses, le premier documentaire d'Elsa Maury.

Dans ce petit joyau de 67 minutes, l'artiste et chercheuse (au FNRS) s'invite pendant plus de trois ans dans le quotidien de Nathalie Savalois, éleveuse en devenir. Au milieu de la nature brute d'un massif des Cévennes, Nathalie a passé un pacte avec ses bêtes. Celui de leur offrir la plus belle vie possible. Celui de donner un sens à leur mort. Un pacte reposant sur une relation fragile entre l'éleveuse et ses moutons que la caméra empathique d'Elsa Maury observe sans poser de questions.

Pas de grands discours dans Nous la mangerons. Surtout des doutes et des émotions émanant d'une femme soucieuse de bien faire, déterminée à tenir son engagement pour une pratique d'élevage alternative. Celle d'accompagner ses bêtes depuis la mise au monde jusqu'à la mise à mort et au-delà, puisque Nathalie apprend aussi à découper ses moutons pour en faire une viande dont elle sera elle-même consommatrice.

Elsa MAury

À l'abattoir ou à la ferme (l'abattage à la ferme n'est autorisé que pour consommation personnelle ou en cas d'urgence), l'éleveuse incise le ventre de la bête, ouvrant grand le rideau sur la mécanique de la vie, son assemblage visqueux d'organes et de boyaux. Un jour, Nathalie est forcée d'achever une chèvre agonisante dans les broussailles. Sa carcasse, percée au niveau des entrailles à l'Opinel, est laissée en pâture aux vautours. La mort d'un organisme assure le maintien en vie d'un autre. Ainsi va le cycle de la nature. Sur les chemins sauvages traversés par Nathalie et ses moutons, la mort n'est pas un tabou, elle se croise à chaque tournant.

Allez, les filles
Cette mort, l'éleveuse en a le pouvoir sur ses bêtes. Et c'est sans doute là qu'on la sent la plus seule. Elle sait cependant que lorsqu'elle sort sa faucheuse, c'est pour mettre fin à une vie active menée au grand air et en pleine nature, sous la protection de l'humain plutôt qu'à sa merci. Cela rend-il la mise à mort plus acceptable? Le film n'offre pas de réponse. Nathalie non plus, qui cherche encore sa voie au milieu de ses brebis qu'elle caresse avec tendresse et qu'elle appelle "les filles", ayant même octroyé à certaines un prénom.

"Je voulais montrer que ce n'est pas simple. Dès le départ, j'ai cherché à observer à quelle brebis Nathalie était attachée et pour laquelle la mort allait être plus difficile", explique la réalisatrice dont le film accorde autant d'attention à l'éleveuse qu'à ses bêtes: "Notre regard est trop anthropocentré, dès qu'il y a l'humain, on perd la relation avec les animaux." Qu'il s'agisse de la pratique d'élevage de Nathalie Savalois ou de la pratique cinématographique d'Elsa Maury, toutes deux ont le mérite d'ouvrir la voie d'une réconciliation entre l'humain, ayant abusé de sa condition, et les animaux.


Infos: www.visionsdureel.ch

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