Cirque A 2 Mètres: ‘Je voulais me réconcilier avec ma maladie’

1765 Rocio Grantate en Jesse Hyugh
© Saskia Vanderstichele
| 1765 Rocio Grantate en Jesse Huygh

Imaginé sur un lit d'hôpital, le spectacle de cirque A 2 Mètres raconte la détermination de deux acrobates à se propulser au-delà de la fatalité. À découvrir en format court lors des Aperçus de cirque du Wolubilis et en version intégrale à l'occasion des Fêtes Romanes.

Dans A 2 Mètres, Jesse Huygh et Rocio Garrote éprouvent leur dépendance, leur confiance et leur entraide autour d'un mât chinois. C'est aussi le récit d'une lutte contre un ennemi invisible qui pèse sur le quotidien et c'est, à travers les regards et les gestes de l'autre, une quête pour se retrouver et trouver les moyens de dépasser ses limites. Sportif et acrobate, adepte du mât chinois, Jesse souffre aussi de mucoviscidose, une maladie incapacitante tapie au cœur de ce spectacle intime et physique. Avec Rocio, venue d'Argentine, qui a,''' comme lui, étudié le mât chinois à l'ESAC à Bruxelles, ils ont créé ce duo libérateur. Un spectacle porteur d'espoir qui l'année prochaine se hissera sur le toit d'un camion spécialement préparé pour être joué devant les fenêtres des hôpitaux et maisons de retraite.

Ce spectacle est né dans votre chambre d'hôpital ?
Jesse Huygh : C'est venu d'un besoin en tant patient plutôt que comme artiste. À l'hôpital, on s'ennuie, on a le temps et on aimerait bien voir d'autres choses. En parlant avec Rocio de ce que j'avais envie de voir pour me changer les idées, ça a évolué vers un duo et un récit qui parle aussi de la maladie et de l'envie de repousser ses limites et de tenir bon pour amener de la force dans un moment où on en a besoin.

Y avait-il aussi un challenge corporel en tant qu'artiste ?
Huygh : Quand on a commencé à le créer, ma santé n'allait vraiment pas bien, j'étais à 38 % de capacité pulmonaire. On ne savait pas quand je pourrais sortir, ni ce que je serais capable de faire physiquement sur scène. Rocio a réagi de manière plutôt réaliste en suggérant que faire un solo n'était peut-être pas la meilleure option et que quand je réussirais à sortir de l'hôpital, il est possible que ce concentrateur d'oxygène que je portais depuis une moment fasse partie de mes accessoires indispensables.

C'est un spectacle où la maladie est centrale sans être explicite ?
Huygh : Elle est visible parce qu'on est relié avec le tuyau du concentrateur d'oxygène qui part de son dos à mes narines. Ça nous connecte et ça nous rend dépendants en nous poussant à nous en libérer parfois. D'un autre côté, ça raconte l'histoire d'une lutte, d'une confrontation, d'un désaccord avec cette réalité. Mais au-delà de ces perspectives assez sombres, on arrive, grâce à toute l'aide et la réconciliation, à une nouvelle démarche et un nouveau fonctionnement qui sera peut-être différent mais qui peut être beau aussi. Je peux apprendre à bouger autrement et apprendre à accepter plutôt que de m'y opposer. Et du coup, retrouver sur scène et dans la vie une sorte de paix et de réconciliation avec la réalité de ma maladie.
Rocio Garrote  : En tant qu'acrobates, on est habitués à se reposer sur nos capacités techniques et à être tout le temps en mouvement. Tout à coup, on a intégré des pauses parce que c'était nécessaire. On ne pouvait pas prévoir ces pauses à l'avance parce que ça dépendait de son état d'oxygène et ça nous a appris beaucoup de choses en tant qu'artiste et en tant qu'être humain.

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© Saskia Vanderstichele
| Rocio Grantate et Jesse Huygh.

Avec le convertisseur d'oxygène, vous amenez une partie de votre intimité sur scène dans un spectacle de cirque. Comment percevez-vous le regard du public ?
Huygh : Ça fait entièrement partie de ce qu'on raconte. Au tout début du spectacle, le public se demande un peu ce qui se passe parce qu'il n'y a pas encore l'oxygène, mais à chaque fois que je fais des figures, je donne ma saturation et puis quand Rocio arrive, c'est avec l'oxygène. Certain.e.s comprennent, d'autres pas. Ensuite dans le monologue au cœur du spectacle, les choses prennent du sens. Et les gens perçoivent ce qu'on montre sous un autre œil. Avec les retours qu'on a reçus, on s'est aperçu que le public est fortement touché, et ça à n'importe quel âge.

Finalement, c'est aussi la métaphore des tracas et du fardeau que chacun a à porter avec soi.
Huygh : Je ne considère pas qu'on est uniques dans cette situation même si, à travers, moi ça parle de mucoviscidose. On s'en sert pour parler d'une confrontation à quelque chose qu'on refuse et qui nous pousse dans nos limites. Et on se rend compte que c'est aussi par l'entraide et la coopération entre deux personnes, qu'on arrive à gérer cette situation.

D'où vient ce titre A 2 Mètres ?
Huygh : D'un côté, avec la mucoviscidose, je suis tenu depuis toujours de maintenir une distance de deux mètres pour éviter toute transmission bactérienne, ce que tout le monde applique maintenant avec le covid. Deux mètres, c'est aussi la longueur du câble d'oxygène qui me sépare du convertisseur. C'est donc à la fois une protection et une limite.
Garrote  : On en a fait aussi le nom de la compagnie en reprenant les lettres A.D.M. qui, en néerlandais, s'entend aussi "hadem", la respiration.

L'attrait du cirque et des acrobaties joue aussi sur la peur du risque. Ici, on y ajoute un autre risque, plus diffus.
Huygh : On joue aussi avec le risque mais d'une manière complètement différente. Dès le début, les gens voient bien qu'on cherche à repousser les limites et ils se demandent jusqu'à quel point c'est dangereux. Dans le monologue, ça se recadre un peu mais ça touche à cette sensation de risque qu'on connaît dans le cirque.
Garrote  : On s'est aussi demandé comment traiter le risque de la maladie sur scène. Comme public, je n'aimerais pas voir quelqu'un souffrir sur scène. C'est pour ça qu'on a imaginé un fil rouge et qu'on a instauré ce rythme particulier. Il faut respecter les pauses et attendre. On ne veut pas que Jesse soit mis en danger.

C'est un rythme qui n'est pas habituel dans un spectacle.
Huygh : C'est justement ce qu'on reçoit comme retour. Ça fait du bien au public de profiter d'une pause et d'avoir du temps, pendant le spectacle, pour digérer un peu ce qu'ils ont déjà vu. J'ai entendu plusieurs fois qu'on devrait faire ça plus souvent, pas seulement dans des expériences concrètes mais dans le quotidien.

ADM: A 2 MÈTRES 2/9, 20.30, version courte aux Aperçus de Cirque, 25 & 26/9, version longue aux Fêtes Romanes, Wolubilis, www.wolubilis.be

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