Lisette Lombé déverse sa poésie de feu au festival en ligne Bruxelles/Africapitales

© Saskia Vanderstichele
| La slameuse et artiste pluridisciplinaire Lisette Lombé.

Lisette Lombé ne conçoit pas la poésie sans engagement et pas de vie sans poésie. Dans le slam, elle a trouvé un moteur d'épanouissement et une énergie à partager. Elle est l'invitée de la version virtuelle du festival Bruxelles/Africapitales.

Des rafales de mots, de phrases courtes qui s’emboutissent, entrechoquent leurs syllabes et percutent les sens. Lisette Lombé, enfant de la Meuse et du Kasaï, dompte et caresse les mots qu’elle lance dans un micro ou sur une page. Poétesse, slameuse, animatrice d’ateliers d’écriture, ou encore chroniqueuse à la radio et dans la presse écrite, elle est une des voix afroféministes qui compte aujourd’hui, comme en témoigne une année 2020 fort chargée avec la publication de deux recueils. Brûler, Brûler Brûler fait table rase des injustices, des oppressions et des préjugés dans un feu de joie et un feu de rage, et Venus poetica qui fait parler les corps et le désir dans la libération du sexe.

Transe Poétique avec Lisette Lombé

Romaniste et enseignante, Lisette Lombé est venue sur le tard à l’écriture poétique après un burn-out. Invitée par le collectif Warrior Poets, à présenter un de ses textes, elle découvre l’énergie de la scène et du partage. « à 36 ans, j’ai eu la sensation que j’étais à ma juste place. » Peu après, elle (co-)fonde L-Slam, collectif de poétesses, multiculturel et intergénérationnel avec lequel elle organise des ateliers et des podiums de slam. écrire, c’est pour elle une manière d’être au monde et d’agir sur le monde. « Certains de mes textes sont liés à des expériences de vie, à de l’auto-fiction, alors que d’autres portent d’autres voix et d’autres combats. »

Emotion brute
Son écriture comme son identité sont plurielles. « Avant de me consacrer à l’écriture, j’avais tendance à vivre mon identité comme quelque chose d’écartelant entre l’Afrique et l’Europe, la noire et la blanche. Maintenant je suis plus dans une troisième voie qui s’est reconstruite et enrichie au contact d’autres personnes et qui reflète toute la complexité du monde. » Lisette qui peut s’afficher dans ses textes comme une « Betty Page postcoloniale » n’est pas seulement une militante qui écrit, qui s’indigne et réagit à des sujets qui font mal.

Dans son roman Venus poetica, elle écrit sur un personnage en quête de liberté qui accepte son corps, son âge et ses fantasmes en assumant de ne pas être dans les clous. Parfois, quand l’actualité est trop dure et lui reste dans l’estomac, elle préfère la pratique du collage à celle de l’écriture. « Tout mon imaginaire vient de la photographie et des reporters de guerre. » Ces derniers jours, alors que le procès de l’affaire Mawda battait son plein, un collage réalisé en hommage à la fillette kurde, fauchée par la balle perdue d’un policier, a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. « C’est de l’émotion brute. Je l’ai réalisé quand j’ai appris la nouvelle. Les mots me paraissaient alors indécents »

Au-delà des mots, l’essence du slam, c’est le partage. « C’est surtout un art de l’écoute. C’est une intense circulation de l’énergie où chacun prend la scène avant de redevenir le spectateur ou la spectatrice des autres. En atelier, c’est un outil puissant et simple à la fois qui permet aux gens de nommer ce qu’ils ressentent et de dire aux autres qui ils sont. » Le spectacle diffusé en streaming par les Halles dans le cadre du Programme Bruxelles/Africapitales Goes Live, a été préenregistré, sans public.

Ce qui était une expérience particulière pour Lisette. « En dessous d’une certaine énergie, le slam ne passe pas. Heureusement, on était trois avec de l’énergie à revendre. » Pour se mettre en condition, Lisette, qui n’est pas comédienne, avait son petit secret qu’elle a puisé dans son expérience sportive. « Dans ma jeunesse, j’ai fait du sprint. Avant le top départ d’un 100 mètres, il faut arriver en très peu de temps à se concentrer au maximum tout en relâchant complètement ses muscles. » C’est ce qu’elle a fait pour être prête à balancer une claque de mots.

Entre rap, slam et révoltes: Spitler, Joëlle Sambi et Lisette Lombé
5/12, 20.00, www.halles.be

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