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Lylybeth Merle : ‘Ma barbe est mon ultime féminité’

© Charlie Neuwald / @Palms_On_Fire

Lylybeth Merle s'apprête à présenter aux Tanneurs la version courte et prometteuse de son premier spectacle Hippocampe. L'occasion pour BRUZZ de faire connaissance avec la metteuse en scène et drag queer, et de célébrer la richesse et la puissance de l'art du cabaret.

Chez certain.e.s artistes, la scène est une évidence dès la plus tendre enfance. Ce fut le cas de Lylybeth Merle qui à l'âge de 4 ans déjà régalait son entourage familial de petits spectacles et performances spontanées. Après le Bac, attirée par les lumières de Paris, l'artiste française y suit une licence en cinéma et théâtre, agrémentée d'un Conservatoire en théâtre, avant de mettre les voiles pour Bruxelles en 2014 et rejoindre l'INSAS. "Ma vie a changé ici", dit Lylybeth Merle. "Les choses sont moins figées à Bruxelles"

C'est aussi dans la capitale belge que l'artiste se mêle à une scène cabaret en pleine effervescence. Mais c'est surtout la découverte de l'art drag qui aura chez Lylybeth Merle l'effet d'une révélation. "J'avais le sentiment que l'essence même du théâtre se trouvait dans cet art qui, pourtant, reste relégué à l'underground et qui peine à être reconnu et subventionné comme n'importe quel autre art. Les artistes drag doivent savoir se maquiller, créer leur personnage et leurs tenues, chanter, danser, interpréter, intervenir avec le public et jouer avec l'inattendu. C'est énorme."

Séduite, Lylybeth Merle se lance dans la création de son propre personnage de drag queer – "Être drag queer, c'est mélanger les genres masculin et féminin. C'est une manière de dire que je peux être une femme et avoir une barbe: ma barbe est mon ultime féminité. De nouvelles images deviennent alors possibles." Une puissance visuelle qui donnera naissance à son premier spectacle Hippocampe. "L'hippocampe est un beau symbole parce que c'est à la fois un animal marin où mâle et femelle partagent la gestation, et une région du cerveau qui contrôle la navigation, le voyage, les sens et le souvenir."

Cicatrices magnifiées
Un cheminement poétique dont la première étape fut pour Lylybeth Merle sa propre déconstruction. "J'avais toujours eu envie de mettre des robes et là, j'avais un espace pour le faire sur scène. Je me suis alors rendu compte que ça répondait à un vrai désir de le faire dans la vie de tous les jours. En m'autorisant enfin à envoyer valser les codes et les injonctions, j'ai pu découvrir et accepter ma transidentité."

Mais dans Hippocampe, il n'est pas question de Lylybeth Merle, du moins, pas directement. Ayant choisi de ne pas performer dans son propre spectacle, la metteuse en scène joue un rôle précieux d'"accoucheuse et tisseuse" intervenant pour révéler et faire s'épanouir les alter ego drag queen, king et queer de ses cinq acteur.rice.s.

Entre soin – "le drag, c'est mettre des paillettes sur nos cicatrices pour les magnifier" et célébration – "les performeur.euse.s doivent pouvoir être en pleine puissance d'elles/eux-mêmes", Lylybeth Merle en appelle au rituel pour rompre une fois pour toutes ce quatrième mur qui sépare le public des acteur.rice.s. Cette même paroi rigide qui érige une barrière entre le monde merveilleux du cabaret et celui des institutions artistiques. "Si le public a eu le sentiment de vivre un moment de communauté, alors c'est gagné."

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