interview

Nouvelle direction à La Balsamine: 'Nous voulons un théâtre-jardin'

© Hichem Dahes
| Isabelle Bats et Mathias Varenne s’engagent dans un projet de cinq ans centré sur l’ouverture, la transdisciplinarité et l’inclusion.

Après d'autres institutions culturelles bruxelloises, c'est au tour du Théâtre de la Balsamine de renouveler sa direction en nommant à sa tête le duo formé par Isabelle Bats & Mathias Varenne. "On a envie d'inviter des artistes qui veulent prendre des risques."

Les incontournables du festival PIF à La Balsamine

En parallèle de Forêts Paisibles, la nouvelle création de Martine Wijckaert, la Balsamine fête le début de l'été avec le PIF, un festival dédié à la création émergente. Toujours aussi pauvre en ressources et riche en imagination et en actions, le Pauvre et Impromptu Festival accueille pour sa cinquième édition son cocktail de théâtre, danse, performances, vidéo et installations proposés par de jeunes artistes amoureux du risque. Avec Outrage pour Bonne Fortune, Héloïse Ravet se glisse dans la cave d'un monastère où deux moines revisitent leurs souvenirs entre mystique et sacrilège. Avec Jusque dans nos lits, Lucile Saada Choquet invite spectateur.trice.s et personnes racisées à échanger avec elle sur leur rapport au lit, aux corps et à leur représentation. La danseuse et performeuse Marcia Liu a vécu le confinement comme la cohabitation d'une humaine domestique avec un chat domestique. Des pulsions d'empathie entre ces deux êtres est né le spectacle How I Stop Thinking & Fall in Love with A Cat qui, dans un univers de miroirs, explore comment sortir de son conditionnement existentiel. Trois conférences de La Horde Furtive viendront questionner la position de celui "qui sait" avec des exposés pleins de chausse-trappes sur la stupidité humaine, l'art des conclusions et les biais cognitifs. Projet hybride entre les arts plastiques et les arts vivants, Terrain Vague Modèle 2, l'installation de Justine Bougerol et Silvio Palomo est une aire de jeu imaginaire où les spectateur.trice.s viendront habiter le potentiel poétique d'un espace vide et inoccupé.

PIF 5 - PAUVRE ET IMPROMPTU FESTIVAL
> 25/6, La Balsamine, www.balsamine.be

Au moment où le théâtre de la Balsamine fête 40 années d'existence et d'aventures créatives, la maison fondée par Martine Wijckaert accueille une nouvelle direction avec Isabelle Bats et Mathias Varenne. Après Cathy Min Jung au Rideau, Coline Struyf au Varia et Pierre Thys au Théâtre National, c'est un duo, un homme et une femme, de deux générations différentes, qui a été choisi pour succéder à Monica Gomes à la tête de l'incubateur théâtral de la place Dailly. Issus du monde du théâtre et de la performance, iels se sont rencontrés au BRASS où iels ont curaté ensemble les soirées de performance Crash Test.

Leur candidature commune à la Balsamine s'inscrit dans la continuité de cette première collaboration et de leur travail de découverte et de mélange des genres mené au centre culturel forestois. Leur projet s'articule sur le temps long dans un partage des tâches au service des artistes. Isabelle, par ailleurs membre du collectif F.(s) et Mathias se voient comme des militants pluriels, attentifs au genre et à toutes les diversités. Au cours de leur mandat de cinq ans, le duo souhaite développer des échanges avec d'autres petites institutions bruxelloises pour mutualiser les outils et les pratiques culturels mais aussi collaborer avec des institutions néerlandophones. Rendez-vous à la rentrée 2022 pour voir éclore de nouvelles pousses à la Balsamine.

Quels adjectifs définissent le mieux votre projet ?
Mathias Varenne : Rhizomique et intersectionnel. La philosophie qui sous-tend notre projet est celle d'un théâtre-jardin. Notre première action sera de planter des plantes dans notre grand espace d'accueil avec les auteur.ice.s et les spectateur.trice.s. Ces plantes vont pousser, croître et vivre en même temps que notre projet. Après deux ans, les jeunes pousses du début auront pris de la vigueur et du volume.

Qu'est-ce que cela signifie au-delà du symbole ?
Varenne : Le symbole est important. Il y a d'abord le geste de planter ensemble, de devoir s'occuper des plantes. C'est un travail quotidien pour l'équipe qui va prendre régulièrement l'arrosoir, pour les artistes qui vont mettre en terre des plantes que d'autres auront la charge de faire pousser. La plante, c'est un organisme vivant qui pousse et lie l'espace. Avec la création participative de ce jardin, en début de saison, on crée une archive vivante.

Dans le passé, vous avez plusieurs fois plaidé pour un théâtre militant, est-ce toujours le cas dans votre projet ?
Isabelle Bats : Les artistes avec lesquels nous avons envie de travailler sont des créateur.ice.s qui posent un regard sur la société de maintenant. Toute présence sur le plateau est une présence politique. Ça nous semble essentiel à ce moment de basculement de l'histoire de nos sociétés occidentales.
Varenne : Le théâtre peut nous amener à enjamber des barrières. On a envie d'inviter des artistes qui veulent prendre des risques. Le décloisonnement doit se faire tous ensemble, c'est une prise de conscience qui implique les artistes, les spectateur.trice.s, les écoles et les territoires. La Balsamine est une maison publique qui s'est toujours inscrite dans cette ouverture que nous allons poursuivre. Ça fait des années qu'on est dans ce rapport de déplacement et de touche-à-tout. On vient tous deux du théâtre, et dans notre travail scénique nous avons touché à la vidéo ou à la danse. Le décloisonnement des médiums est au centre de nos parcours.
Bats : Cela s'inscrit dans la continuité de notre travail de curateurs au BRASS qui nous a permis d'aller sur des territoires inattendus pour nous et de goûter la force de ces mélanges.

Quelle est la place du public dans ce projet ?
Bats : Elle est forcément centrale, c'est pourquoi on veut d'abord éviter une communication trop obscure sur notre démarche. On veut aussi ouvrir la programmation à des types de spectacles qui pourraient amener un nouveau public comme le slam, le théâtre jeune public ou la danse, c'est-à-dire faire que tous les possibles de l'art vivant puissent se retrouver.
Varenne : On veut, dès le départ, inclure les spectateur.trice.s dans le processus de création. Des événements seront organisés autour de chaque création. Les artistes pourront inviter des artistes tiers pour prolonger le thème, proposer des expositions, des conférences-rencontres ou inviter le public à assister à une répétition. C'est important de ne pas uniquement découvrir un spectacle comme un processus fermé.

Avec les artistes, vous voulez travailler sur le temps long ?
Varenne : Nous mettons en place un dispositif d'accompagnement spécifique à chaque projet. Ce sera le cas avec Sofie Kokaj ou Lorette Moreau dans un projet qui s'appelle Solastalgia qui implique des micro-ateliers ouverts au public.

Vous vous inscrivez dans l'ADN de la Balsamine incarné par Martine Wijckaert.
Varenne : C'est une des raisons pour lesquelles on a candidaté à la Balsamine. La présence de Martine vient renforcer notre démarche. C'est tout de même assez extraordinaire et unique que le travail de Martine se poursuive et se renouvelle depuis quarante ans.

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