Sofiane Chalal: ‘Enfant, la danse était la seule chose que j’avais l’impression de faire bien’

Après un parcours sans faute dans les sphères du hip-hop et de la scène contemporaine, le Français Sofiane Chalal signe sa première création. Dans Ma Part d’Ombre, il retrace en mouvements (mais pas seulement) le fil de sa carrière de danseur au physique XXL.

« Avec le corps que j’ai, je n’y croyais pas une seule seconde. Aujourd’hui, j’ai confiance à 1000 pour cent.» Confiance ou pas confiance, Sofiane Chalal n’a jamais cessé de danser. Dès l’âge de 7 ans, le Maubeugeois danse à la maison avec ses frères avant de rejoindre leur compagnie de danse hip-hop Label Métisse et de se produire sur les scènes du nord de la France à l’occasion de spectacles et de concours chorégraphiques.

Le succès de la compagnie les mène vers des scènes nationales comme le théâtre parisien de La Villette, où ils assurent la première partie du chorégraphe et compositeur Frank II Louise qui joue son spectacle phare Drop It. Pour Sofiane Chalal, qui a une douzaine d’années à l’époque, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à lui, celui de la création contemporaine. « Ça a été une révélation de découvrir que la danse pouvait être au service d’un propos, d’une narration.»

La vie comme un battle
Alors que ses frères abandonnent chacun à leur tour les planches, Sofiane Chalal continue de s’accrocher à sa principale source de bonheur et de réconfort. « Je n’étais pas une lumière à l’école alors je me réfugiais dans la danse, dans ces moments où j’excellais et où j’avais le sentiment de faire quelque chose de bien.» Pour aller au bout de son rêve, il entreprend de se faire un nom dans la scène hip-hop et enchaîne les battles en France et à l’étranger, notamment de l’autre côté de la frontière, en Belgique.

Rapidement, le danseur maubeugeois s’impose grâce à une maîtrise technique combinée à un style bien à lui. En 2008, il est finaliste du prestigieux battle international Juste Debout, dix ans plus tard, il est vainqueur des Red Bull Dance Your Style. En parallèle, Sofiane Chalal intègre les jurys de battles et multiplie les cours de danse en tant que professeur. La reconnaissance est au rendez-vous mais un manque se fait ressentir. « J’en ai eu marre, je n’apprenais plus. Je donnais tout mais personne ne me ‘rendait’.»

Prendre sa place
« Ce que je voulais, c’était être sur scène, raconter des histoires.» Au fil des auditions, il devient interprète pour des noms de la danse contemporaine tels que Farid Berki, Christophe Piret et Brahim Bouchelaghem. Jusqu’à ce que l’envie se dessine de monter sa propre création. Ainsi naissait Ma Part d’Ombre. Un premier solo très personnel, « intime même », où le corps de Sofiane Chalal se raconte et se confie. « C’est l’histoire d’un danseur gros qui avance et qui se défend avec son corps atypique. Je danse et je dis comment je suis arrivé jusqu’ici, mais aussi tous les projets sur lesquels j’ai dû faire une croix à cause de mon physique. Ça ravive des blessures, mais je choisis de les traiter par l’humour. »

Sur scène, la face cachée de Sofiane Chalal, sa part d’ombre, est en constant dialogue avec lui-même. « Au début, mon personnage est un peu renfermé mais au fur et à mesure du spectacle, il s’ouvre, il s’épanouit. Il prend sa place dans la vie, la société, sa famille.»

Laissant galoper ses mains avec l’habileté d’un mime, plaçant au détour quelques clins d’oeil à Chaplin, à de Funès et au cinéma en général (ses courtes mises en scènes, filmées et postées sur Instagram, lui ont valu d’être repéré par Michèle Laroque et de collaborer à la comédie française Alors on Danse, sortie en 2021), Sofiane Chalal honore sa base hip-hop tout en laissant son corps mener la danse. « Je ne dis pas que j’ai inventé des choses, mais je fais ce qui m’est propre. Le fait d’être gros donne une autre dimension à mon mouvement », dit le danseur. « Soit tu rencontres des gens époustouflés par ce que ce que tu fais, soit tu tombes sur des gens qui ne te calculent même pas. Ça a toujours été comme ça. Il faut gérer ces émotions extrêmes, mais on s’y fait et on avance. Tu es obligé d’avancer. »

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