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Under the skin : Qu'est-ce qui remue l'âme artistique de Miet Warlop ?

© Ivan Put

Dans l’étrange monde de Springville, Miet Warlop voit un reflet de ce qui nous manque et de ce qui pourrait nous consoler. Avec la reprise de sa pièce iconique, l’inclassable artiste bruxelloise nous offre des images fortes et surprenantes qui vont remuer la scène des Brigittines.

Miet Warlop en quelques dates

1978, naissance à Thourout.
2005, Sportband/Afgetrainde Klanken, première performance.
2009, première de Springville.
2012, Mystery Magnet présenté au Kunstenfestivaldesarts.
2014, Dragging the Bone, première au Beursschouwburg.
2015, Crumbling Down the Circle of my Iconoclasm, première exposition solo à la KIOSK Gallery Gent.
2018, Ghost Writer and the Broken Hand Break.

Miet Warlop n’est jamais là où on l’attend. Depuis ses débuts en 2005, elle a présenté des performances solo ou des pièces de groupe où des créatures improbables plongées dans des univers hybrides sont confrontées aux imprévisibles réactions de machines et bricolées et d’accessoires gonflés. Diplômée du KASK, l’école des Beaux-Arts de Gand, elle mêle avec gourmandise arts visuels, performance, théâtre sans paroles, chorégraphie et musique. « Ce n’est jamais prémédité. Je ne cherche pas à sortir des cases, c’est comme ça que ça vient. Je ne me considère pas comme une chorégraphe ou comme une danseuse, je ne suis pas musicienne ou metteuse en scène. Au final, si je ne veux pas être catégorisée, c’est parce que je doute beaucoup et que je suis constamment à l’écoute de mes besoins, mais aussi des besoins d’une idée, d’une couleur ou d’un matériau. »

SPECTACLE RENVERSANT

Près de 15 ans après sa création, elle reprend Springville, sa première et très visuelle pièce de groupe qu’elle accouple avec la reprise d’Amusement Park, une pièce où d’étranges tuyaux gonflés, qui semblent hors de contrôle, prennent possession de la salle. Springville est une suite de tableaux vivants et de sculptures vivantes où l’on voit des tables qui marchent, des maisons qui fument et des tableaux électriques qui pètent un câble. « Springville est pour moi un exercice sur le timing et un jeu avec les mouvements et les trajets nécessaires pour arriver d’un tableau figé à un autre. Comme les interprètes n’ont pas de visages, ils voient avec leurs pieds. Tous leurs déplacements sont réglés très précisément. Si deux sculptures se rentrent dedans, c’est game over. » L’idée du spectacle lui est venue d’un livre sur les ravages de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans. Les vents violents ont complètement retourné la ville. On avait soudain des bateaux sur un toit et des toits dans le fleuve. « C’est un spectacle sur la perte de contrôle, sur l’impuissance, sur les limites de la personne et sur les limites de la parole et des actes. »

DERRIÈRE LES IMAGES

Avec ses tables qui marchent et ses maisons qui fument, on a beaucoup évoqué un certain esprit surréaliste. On peut aussi y voir une interrogation sur la valeur et l’âme que l’on attribue aux grands et petits objets inanimés, ce qui nous entourent et qu’on ne regarde même plus. « Je n’aime pas crier tout haut ce qu’il y a derrière les images. Une table qui marche en bas fumés, est-ce que ça représente la femme au foyer ou, au contraire, une femme forte qui peut tout porter et déposer des objets fragiles sans les casser. C’est à chacun de se faire son idée. » Pour la création de Springville, Miet Warlop a eu le luxe du temps. Elle a pu s’y consacrer pendant 18 mois. « J’avais assez de temps pour ne plus savoir que faire. J’ai passé beaucoup de temps au milieu de mes matériaux et de mes accessoires, je me suis ennuyée avec mes accessoires, j’ai fait la fête avec mes matériaux. Après un certain temps, j’ai réalisé que si on voulait absolument trouver quelque chose, on n’arrivait à rien et qu’il fallait simplement laisser venir les choses. En reprenant cette pièce aujourd’hui, c’est comme une confirmation. Je peux me faire confiance et laisser aller les choses sans chercher à tout contrôler. »

Pendant la pandémie, son atelier bruxellois est devenu le studio de Slamming Doors, une sitcom absurde diffusée sur sa chaîne YouTube. « J’ai depuis longtemps cette envie de réaliser une sitcom, mais je ne suis pas une actrice, pas plus que les gens avec qui je travaille. C’est pour ça que l’expression des dialogues est toujours très forcée. On peut le voir comme un miroir du monde en ligne qui est très criard et psychotique. » Si ce canal est pour l’instant sur pause, Miet Warlop aimerait le développer dans les années qui viennent pour accueillir des artistes invités ou des discussions impromptues sur des sujets d’actualité. En attendant, elle prépare un spectacle pour le KFDA. Plusieurs fois reporté, Delirium est maintenant prévu pour l’édition 2024. « Ce sera une pièce de deux heures très visuelle qui contient toutes mes idées, d’où je pourrai extraire des performances ou des petites formes que je pourrai présenter dans d’autres contextes en leur donnant une signification nouvelle. »

MIET WARLOP : AFTER ALL SPRINGVILLE, DISASTERS AND AMUSEMENT PARKS
8 & 9/6, 21.00, Les Brigittines, www.brigittines.be

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