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'Empreintes': Banksy avant la lettre

© Ernest Pignon-Ernest - Courtesy Galerie Lelong Co
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La première grande exposition bruxelloise d’Ernest Pignon-Ernest présente une copieuse sélection de photos et dessins originaux de cet artiste que Banksy cite comme source d’inspiration.

Ernest Pignon-Ernest collait ses dessins dans la rue, longtemps avant que quelqu’un ait vaporisé le mot street art. L’artiste français était parti d’un constat tout simple, ce n’est pas en laissant ses peintures dans les galeries qu’il pouvait espérer aller à la rencontre des gens, les émouvoir, ou les déstabiliser.

On était à la fin des années soixante. Choqué d’apprendre qu’un centre de commandement de la force nucléaire française s’était installé à proximité du village du Vaucluse où il avait son atelier, il a voulu réagir avec ses armes, un crayon, des bâtons de fusain. Et depuis, il n’a pas arrêté de dessiner.

En fonction du lieu

La grande rétrospective présentée au Botanique revient sur ce parcours atypique d’une étonnante cohérence. Les dessins qu’il colle sur un mur pour accrocher le regard des passants sont chaque fois réalisés en fonction du lieu, de son histoire et surtout des gens qui y ont vécu ou souffert.

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© Ernest Pignon-Ernest - Courtesy Galerie Lelong Co

À même les pavés de Paris, il a étendu les corps des victimes des massacres de la Commune. Lors du jumelage de sa ville de Nice avec la ville du Cap, à l’époque de l’apartheid, il avait couvert les murs empruntés par le cortège officiel de dessins de familles sud-africaines derrière des barbelés. Sur les murs d’un immeuble en démolition à Paris, il a plaqué les images d’un couple d’expulsés, un matelas roulé et une valise sous les bras.

Disparaître pour s'imprimer dans les mémoires

Ses dessins sont toujours grandeur nature, ce qui accentue l’effet de réel qui aspire le regard, même si le noir et blanc du dessin crée un effet de fiction et de sublimation artistique inattendue dans ces lieux souvent anonymes.

Si la technique a peu évolué, les pochoirs du début ont vite laissé la place à la sérigraphie qui rend mieux justice à la finesse et à l’expressivité du dessin de cet artiste autodidacte. Imprimés sur des chutes de papier journal, ses œuvres in situ sont fragiles et éphémères. Elles vivent la vie de la rue, la pluie, la lumière et les caresses de passants. Puis, elles finissent par disparaître pour s’imprimer durablement dans les mémoires.

ERNEST PIGNON-ERNEST: EMPREINTES > 10/2, Botanique

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