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'Griffe, Langue, Rose et écailles': un jardin fantasmagorique

Onze score

Pour sa troisième exposition à Bruxelles, Jean-Marie Appriou installe chez C L E A R I N G un jardin fantasmagorique de créatures en fonte d’aluminium nées d’une nature métamorphosée.

Est-ce un jardin d’Eden ou celui de l’apocalypse où nous invite Jean-Marie Appriou ? Il y a les serpents qui ondulent, des arbres en fleurs et des jaguars à l’affût. À un moment, on se dit qu’il y a peut-être quelque chose de déréglé. Le joueur de flûte est suivi par un banc de poissons qui semblent avoir leurs tripes à l’air. La musique qu’on n’entend pas est celle qu’un gracieux éphèbe efflanqué tire de sa lyre.  Des murènes ondoyantes remontées des fonds marins côtoient des roussettes en rase-mottes à quelques centimètres du sol.

Pour sa troisième exposition chez C L E A R I N G, l’artiste français propose une installation de sculptures en fonte d’aluminium. Comme lorsqu’il travaille ses céramiques, Appriou tient à façonner lui-même ses sculptures adaptant ses techniques en fonction des fondeurs. Le travail manuel est revendiqué, parfois approximatif dans ses formes, mais indissociable du geste artistique. La matière qui est le résultat d’expérimentations et de travail en atelier a un rendu de métal poudreux légèrement irisé. À leur extrémité, les pièces sont parfois ourlées d’une fine dentelle métallique aussi translucide que du verre.

Nés de la poussière des volcans

Appriou est comme un magicien qui exhibe l’intérieur de son chapeau sans vraiment ôter le mystère. Il aime montrer l’envers du décor et dévoiler les traces de ses procédés de fabrication dont il fait des éléments constructifs ou décoratifs. Ces animaux et créatures qui occupent l’espace semblent nés de la poussière des volcans qui auraient recouvert la croûte terrestre après le grand feu de joie. Peut-être, est-ce bien une apocalypse après tout.

Mais sous cette poussière d’un gris profond qui recouvre le monde, une autre vie renaît, on joue de la musique, les animaux terrestres et marins rampent côte à côte. Il y a dans les créatures d’Appriou, et il n’en fait pas mystère, quelque chose de l’imaginaire symboliste, surgies du monde opalescent et surnaturel de Gustave Moreau ou Odilon Redon. La belle endormie qui flotte entre deux eaux pourrait se baigner dans une toile de Fernand Khnopff. Mais ici, la matière est plus présente, brute, comme si elle portait la trace de l’argile originel.

Avant le métal, ces sculptures sont nées de la glaise et on voit les traces que les mains de l’artiste ont laissées dans la terre, les rigoles imprimées par les doigts, telle une promesse de la vie à venir. Dans une petite pièce à part se rassemblent quelques pièces en verre soufflé et coloré, caméléons et papillons de nuit y reçoivent l’attention qui souvent leur échappe. Gardiens d’un jardin qui distille un étrange parfum de séduction.

JEAN-MARIE APPRIOU: GRIFFE, LANGUE, ROSE ET ÉCAILLES > 20/10, C L E A R I N G

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