interview

Les garçons sauvages: L'épopée transgenre de Bertrand Mandico

Heureusement que des réalisateurs audacieux et inspirés comme le Français Bertrand Mandico sont là pour nous rappeler qu’au cinéma tout est possible. Dans l’épopée fantastico-érotique Les Garçons sauvages, « les garçons sont joués par des filles, se métamorphosent en filles mais sont, dans le fond, toujours des garçons ». Il faut (vraiment) le voir pour le croire.

Un vent nouveau souffle sur le cinéma et il s’appelle Bertrand Mandico. Après avoir longtemps agité les eaux du court et du moyen-métrage, le cinéaste français s’engouffre dans le format long avec Les Garçons sauvages, un conte fantastico-érotique qui respire l’audace et la liberté. Dans un passé fantasmé en noir et blanc entrecoupé de flashs colorés, cinq garnements ayant de la testostérone à revendre se rendent coupables d’un crime atroce. En désespoir de cause, leurs parents s’en remettent à un vieux loup de mer hollandais surnommé Le Capitaine (un Sam Louwyck surprenant), se vantant de pouvoir « transformer n’importe quel garçon violent en être docile et civilisé ». Commence pour la bande sauvage une traversée en haute mer aux allures de rite de passage, sous les ordres d’un capitaine bourru, sadique et irrésistiblement viril. Jusqu’à ce que la mer déchaînée finisse par recracher les rejetons sur la plage d’une île enchantée qui sera le lieu de leur délivrance… sexuelle.
 

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Dans le poème surréaliste et sensuel que Mandico adresse au cinéma, les références et l’imagination débridée du réalisateur se confondent pour nous transporter dans un univers esthétique faussement nostalgique (le film est tourné en partie en studio), tant le film est au service de son temps. Peut-être bien à l’avant-garde. Et si le cinéma Nova n’avait pas cueilli cet irrésistible fruit défendu, le spectateur belge en serait tristement privé. « Le Nova propose un des programmes les plus incroyables d’Europe. Je suis hyper flatté que le film sorte chez eux », dit Mandico qui nous a accordé une interview téléphonique depuis son appartement à Paris.
 

Les garçons sauvages

Les garçons sauvages sont interprétés par des filles. L'idée était-elle présente dès le départ ?
Bertrand Mandico: Dès que j’ai su que le film allait tourner autour de la métamorphose de garçons violents, c’était évident que c’était des actrices qui devaient jouer ces garçons. Je voulais avoir des personnages androgynes sans les différencier par des spécificités physiques marquantes, je voulais qu’elles aient toutes la même silhouette. J’adore travailler avec des actrices. J’aime les entraîner dans des rôles qu’on n’a pas l’habitude de leur donner pour développer leur talent en sortant des clichés.

Comment avez-vous travaillé avec vos actrices pour faire surgir le masculin en elles ?
Mandico: Je leur ai montré mes films car il fallait vraiment qu’elles puissent adhérer à l’univers dans lequel je voulais les transporter. Je les ai ensuite interrogées sur leur part masculine et féminine et on a travaillé pour chacune avec des personnages de référence. Par exemple, pour Vimala Ponce, c’était Patrick Dewaer dans Série Noire et Alain Delon dans Plein Soleil. Pour Anaël Snoek, Peter O’Toole dans Lord Jim et David Bowie dans Furio, etc. Elles ont travaillé sur ces tandems en s’inspirant aussi de garçons qu’elles ont connus. On a beaucoup répété. La coupe de cheveux a été très importante. Pour les silhouettes, on a plaqué les poitrines, on a renforcé les hanches et on leur a donné des chaussures trop grandes. On a travaillé comme ça jusqu’à obtenir les personnages.

 

Les garçons sauvages
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On sent chez vous une grande attention pour la photographie, le cadrage et la composition. À quel point intervenez-vous dans ce processus ?
Mandico: Ma chef opératrice Pascale Granel et moi nous connaissons depuis très longtemps. Je lui fournis des exemples issus de la photographie ou du cinéma et elle se charge de sculpter la lumière en fonction des atmosphères. Mais le cadre, c’est moi qui m’en occupe. Quand je cadre, je n’ai personne entre moi et les acteurs, je suis en osmose totale avec eux. Quand je vois des cadres impersonnels chez un cinéaste, je trouve ça un peu triste. Je me demande ce qui fait qu’il existe vraiment.

Dans Les garçons sauvages, le fait de se transformer en femme est présenté comme un accomplissement. « L’avenir est femme », dit le personnage Séverin. Une proposition cinématographique ou un point de vue assumé ?
Mandico: Je ne suis pas dans une utopie naïve par rapport à ça. Mais je pense que la féminisation ne peut pas faire de mal. Ce qui m’intéresse, c’est cette idée de transgenre. Je voulais montrer des filles qui jouent des garçons et qui après redeviennent des filles mais qui, dans le fond, sont toujours des garçons. Je voulais travailler sur l’utopie d’un monde où le changement de sexe est quelque chose de possible et de plus facile que les chirurgies actuelles. L’idée qu’on puisse changer de sexe à volonté me plaît beaucoup. Le monde a évolué, on est en 2018 et je trouve important de reprendre des trames du récit d’aventure qui rappellent des classiques du cinéma mais en y injectant des problématiques actuelles, notamment sur le transgenre.

 

Les garçons sauvages

Avant leur mue, les garçons sont des êtres sauvages capables de violences sexuelles. Difficile de ne pas penser à la vague #BalanceTonPorc.
Mandico: L’actualité m’a rattrapé, c’est un film que j’ai écrit il y a plus de deux ans. Après, moi je montre la pulsion masculine dans ce qu’elle a de plus bas. Et le groupe, la bande, fait que cette pulsion est désinhibée. Il y a forcément un écho avec la vague #MeToo mais je ne suis pas un commentateur de l’actualité, je ne veux pas délivrer de message sur la société. Je veux juste faire du cinéma libre avec des préoccupations de mon époque et ouvrir vers une rêverie. J’ai fait le film que j’avais envie de voir et si ça peut ouvrir l’esprit des gens, c’est l’essentiel.

Votre film est déjà sorti en France et connaît un succès critique et en salles peu habituel pour un film de genre. Peut-on y voir une réaction à un certain cinéma figé et puritain?
Mandico: C’était super comme constat parce que les exploitants de salle sont si résignés. Alors quand vous faites des premières dans certaines villes et que, d’un coup, vous avez la salle qui est pleine et que le public est jeune, ça donne de l’espoir. J’ai l’impression que le succès du film répond à une soif de cinéma, le plaisir de voir un cinéma libre et non pas politiquement correct. Les gens me disent qu’ils ont un ras-le-bol du cinéma social réaliste. De mon côté, en tant que spectateur, j’en ai un peu assez d’un certain cinéma d’auteur nordique extrêmement cynique et froid. Même si c’est bien que ce cinéma existe, c’est important aussi d’élargir l’éventail, ouvrir une porte au romantisme surréel qui était condamnée dans le cinéma.

 

LES GARÇONS SAUVAGES (+ COURTS ET MOYENS MÉTRAGES DE BERTRAND MANDICO). 4 > 29/4, Cinéma Nova, www.nova-cinema.org

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