'Nos Batailles': S.O.S. papa en détresse

Vu et approuvé par la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, Nos Batailles du Bruxellois Guillaume Senez (Keeper) immerge le spectateur dans le combat de tous les jours d'un père qui s'efforce de surmonter le départ soudain de son épouse. À chacun ses batailles. Celle incarnée par Romain Duris ne vous laissera certainement pas indifférent.

Guillaume Senez, 40 ans, excelle dans l'art de mettre en lumière des combats masculins là où on ne les attend pas. Dans le délicat et sensible Keeper, un premier long-métrage applaudi par la critique à sa sortie en 2016, le réalisateur franco-belge se plaçait du point de vue de Maxime, quinze ans, pour raconter le vertige d'un jeune couple face au dilemme de l'avortement. Après avoir foulé le tapis rouge cannois en mai dernier, Nos Batailles débarque enfin dans nos salles pour nous conter la bataille, sur fond de précarisation du travail et d'inégalités sociales, d'un père, Olivier (un Romain Duris convaincant, comme à son habitude), dont l'épouse quitte le foyer du jour au lendemain, sans laisser d'adresse. L'infinie tendresse que Senez transmet pour chacun de ses personnages embarque le spectateur aux confins des ressources et de la complexité humaines.

Après Keeper, vous revenez avec un second film sur le combat d’un père. C’est visiblement une thématique qui vous travaille ?
Guillaume Senez: Alors oui (rires). Ce n’est pas une ligne éditoriale mais c’est sûr que j’ai encore des choses à dire sur la paternité. Je parle de ce qui me touche et me hante. Étant papa, forcément, ça resurgit dans mon travail créatif.

Olivier, le personnage incarné par Romain Duris, se situe dans votre tranche d’âge et est, comme vous, le père de deux enfants. Un pas supplémentaire dans la dimension personnelle de votre cinéma?
Senez: Je me suis séparé de la mère de mes enfants juste avant le tournage de Keeper. J’ai donc commencé à me demander comment j’allais réussir à faire un film si, un jour, je me retrouvais seul à éduquer mes enfants. Comment combiner l’engouement professionnel et la responsabilité familiale?

Nos Batailles montre à quel point il est difficile de mener deux batailles de front.
Senez: C’est difficile de laisser les problèmes du boulot sur le pas de la porte quand on rentre chez soi, parfois on s’énerve sur les enfants sans raison. En tant que chef d'équipe dans une usine, Olivier fait un travail où il aide les gens. Je voulais montrer à quel point c’est frustrant de ne pas réussir à aider ceux qu’on aime. Dès que ça touche à l’intime, on n’a plus de recul.

On sent dans votre film qu’il n’y a pas de combat plus légitime qu’un autre. Même si c'est celui d’une mère qui abandonne sa famille.
Senez: Il y a quelque chose d’extrêmement tabou dans l’abandon par une mère du cocon familial. Si c’est un homme qui quitte le foyer, on dira que c’est malheureux mais que c’est comme ça. Si c’est une femme, elle devient un monstre et son acte est abominable. On a beaucoup travaillé sur cette idée de liberté de la femme afin que le spectateur ne condamne pas le personnage de Laura, mais puisse l’aimer et la comprendre, même s’il ne sait pas pourquoi elle est partie.

Pourquoi avoir choisi le monde ouvrier comme décor de ce drame des temps modernes? Parce qu’il est, par essence, en lutte?
Senez: Déjà, je n’avais pas envie de raconter l’histoire d’un réalisateur (rires). Ensuite, j’avais des choses à dire sur le monde du travail aujourd’hui, cette uberisation de la société, ce capitalisme 2.0. Je voulais faire un film non par sur le monde du travail mais sur ses répercussions sur l’intime et la famille. Mais tant qu’à faire, j’en ai profité pour montrer qu’on vit dans une société où les gens sont moins syndiqués et protégés qu’auparavant. Même si, n’ayons pas peur des mots, je propose un cinéma naturaliste, réaliste, et certainement social, j’essaie de faire primer le ressenti et les émotions. Ce qui compte, c’est que le spectateur soit touché. De là naîtra, je l’espère, la réflexion.

Le personnage d’Olivier évolue dans des univers très solidaires - la famille, le syndicat, … - mais vous laissez aussi entendre qu’il est plus facile d’être solidaire quand on n’a pas de pouvoir.
Senez: Je n’ai jamais été très à l’aise avec le pouvoir et c’est l’un des gros problèmes de notre société. Dans la démocratie représentative, dès qu’on place des gens au pouvoir, ils veulent y rester et ils ne nous représentent plus beaucoup.

Pourtant, en tant que réalisateur, le pouvoir est entre vos mains.
Senez: C’est vrai, mais si vous avez l’occasion de passer sur un de mes plateaux de tournage, vous verrez qu’on travaille dans la collectivité, on se serre les coudes, on cherche des solutions ensemble. Par exemple, le script est écrit mais les comédiens ne le reçoivent pas. Ils font des propositions, je les accompagne. Ça confère une spontanéité supplémentaire au film.

Romain Duris s’est-il bien adapté à votre méthode ?
Senez: Oui. Il avait adoré Keeper, il voulait vraiment savoir comment on en était arrivés à un tel résultat. Il était séduit par l’histoire et excité à l’idée de travailler avec cette méthodologie-là, parce qu’il aime se renouveler. Romain est très professionnel, créatif et à l’écoute de son partenaire de jeu. On a adoré travailler ensemble et on parle même de renouveler l’expérience.

Nos Batailles est un film franco-belge, aux têtes d’affiche françaises, qui se déroule en France. Un choix dès le départ ?
Senez: Dans le scénario, il n’y a aucune indication géographique. Ça pourrait se passer n’importe où. On a tourné à Lyon parce qu’on n’a pas reçu de financement de la région bruxelloise. Ça ne va pas plus loin que ça. Mais faire un film belge m’importe peu. La politique actuelle veut qu’on estampille les films avec un logo, c’est la mode du nationalisme. Alors qu’on sait très bien que le manque d’argent mène à des coproductions. Quand je vais au cinéma, je ne commence pas à regarder la nationalité du film. C’est l’histoire qui compte.

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